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  十六國, Annales du pays de Lu et les Cinq Classiques.

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yanis la chouette



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MessageSujet: 十六國, Annales du pays de Lu et les Cinq Classiques.   Sam 6 Jan à 8:58

Les Annales des Printemps et Automnes (春秋 Chūn Qiū), ou Annales du pays de Lu, est une chronique des règnes des douze princes de l'État de Lu, de 722 à 481 av. J.-C. Elles décrivent, de manière extrêmement succincte et dans un style dépouillé, les principaux évènements politiques, diplomatiques et militaires, intervenus à Lu et chez ses voisins, notamment les États de Qi, Jin, Qin et Chu, ainsi que quelques phénomènes naturels (éclipses, inondations, tremblements de terre). Ces évènements sont classés par ordre chronologique, par année de règne, puis par saison, et mois, précisant parfois le jour.

L'ouvrage est l'œuvre de plusieurs générations de scribes, dont les travaux auraient été, selon la tradition, compilés par Confucius au début du Ve siècle av. J.-C..

Cet ouvrage est considéré comme l'un des Cinq Classiques chinois.

Son titre vient de l'expression « printemps et automnes », courante dans la Chine antique pour désigner par métonymie l'année entière, marquée par la succession des saisons. Il a par la suite servi à désigner la période qu'il couvre, c'est-à-dire la première moitié de l'époque des Zhou Orientaux. D'autres annales appelées Printemps et Automnes existaient pour d'autres États en dehors de Lu, mais ont été perdues : le Mozi en évoque pour Yan, Qi, Song, et même la dynastie Zhou.

Commentaires

Difficiles d'interprétation, et rendus célèbres par leur association traditionnelle à Confucius, les Printemps et Automnes ont fait l'objet de trois commentaires traditionnels (春秋三傳 Chunqiu Sanzhuan, les Trois Commentaires des Printemps et Automnes) : le Zuo Zhuan, le Gongyang Zhuan et le Guliang Zhuan.

Le premier commentaire, le Zuo Zhuan, Commentaire de Maître Zuo, est traditionnellement attribué à Zuo Qiuming, et fut probablement écrit au cours du IVe siècle av. J.-C. Il couvre une période plus longue que les Printemps et Automnes (jusqu'en 463 av. J.-C.), mentionne parfois des évènements différents, et est écrit dans un style plus narratif. Il s'agit d'une œuvre composite, qui comprend à la fois :

une chronique de l'État de Lu, très voisine de celle des Printemps et Automnes (avec néanmoins de légères différences, ce qui semble indiquer un autre compilateur) ;
une compilation d'annales provenant vraisemblablement d'autres États, et mentionnant des faits absents des Printemps et Automnes ;
des anecdotes supplémentaires, généralement sous forme de dialogues ou de discours, qui précisent les évènements racontés dans les annales ;
des commentaires du texte des Printemps et Automnes, de nature moral ou rituelle.

Le second commentaire, le Gongyang Zhuan, Commentaire de Gongyang, fournit une interprétation morale des évènements des Annales à la lumière de la philosophie de Confucius. Il a été rédigé, sous sa forme définitive par Maître Gongyang, sous le règne de l'empereur Jing des Han (-157--141). Mais la tradition en attribue l'origine à Zixia (子夏), un disciple de Confucius. L'historiographie moderne considère que le texte actuel est fondé sur une version antérieure, datant de l'époque des Royaumes Combattants ou de la dynastie des Qin.

Enfin, le Guliang Zhuan, Commentaire de Guliang, est un autre commentaire moral, probablement plus tardif que le précédent : il daterait du premier siècle av. J.-C..

Le Han Shu mentionne deux autres commentaires anciens, le commentaire de Zou et le commentaire de Jia, perdus tous les deux.

Parmi les commentaires modernes, citons celui de Wang Fuzhi.
Autres Annales des Printemps et Automnes

Le succès des Annales des Printemps et Automnes fit que ce nom fut donné, par la suite à d'autres œuvres, romans historiques ou encyclopédies.

Les Printemps et Automnes de Lü ou Lüshi Chunqiu, texte de nature encyclopédique, commanditée par Lü Buwei, premier ministre de Qin, vers -239, et rédigée par un groupe d'érudits de la fin des Royaumes Combattants.
Les Annales des Printemps et Automnes de Chu et de Han, roman historique du IIe siècle av. J.-C., aujourd'hui perdu, qui racontait la guerre civile qui suivit la chute de la dynastie des Qin. Il fut l'une des principales sources de Sima Qian sur cette période.
Les Annales des Printemps et Automnes des Royaumes de Wu et de Yue Wu Yue Chunqiu, roman historique racontant la guerre qui opposa les États de Wu et de Yue à la fin de la Période des Printemps et des Automnes. Il extrapole les évènements racontés dans le Zuo Zhuan, et est attribué à Zhao Ye (IIe siècle av. J.-C.).
Les Annales des Printemps et Automnes des Seize Royaumes, ou Shiliuguo Chunqiu,est un récit historiques des Seize Royaumes, perdu aujourd'hui.

Bibliographie

(en) Anne Cheng, « Ch'un ch'iu, Kung yang, Ku liang and Tso chuan », dans Michael Loewe (dir.), Early Chinese Texts: A Bibliographical Guide, Berkeley, Society for the Study of Early China and The Institute of East Asian Studies, University of California, Berkeley, 1993, p. 67-76

Voir aussi

Période des Printemps et Automnes

AINSI,

La période des Printemps et Automnes ou période Chunqiu (pinyin Chūnqiū sin. 春秋) désigne, dans l'histoire de Chine, la première partie de la dynastie des Zhou orientaux (Dong Zhou 东周, 771-256 av. J.-C.), c'est-à-dire une période allant d'environ 771 à 481/453 av. J.-C. Elle tire son nom des Annales des Printemps et Automnes, une chronique des événements survenus entre 722 et 481 av. J.-C. issue des scribes de l'État de Lu mais concernant aussi les autres États.

Durant la période des Zhou de l'Ouest (c. 1045-771 av. J.-C.), les nombreux petits États qui s'étendent dans la vallée du fleuve Jaune et ses alentours jusqu'au cours du fleuve Bleu connaissent sous l'égide des rois Zhou un régime qui a pu être qualifié de « féodal », reposant sur les liens de parenté et d'allégeance entre lignages aristocratiques, dont les pratiques rituelles sont dominées par le culte des ancêtres. Mais après la prise de leur capitale en 771 av. J.-C. et son déplacement plus à l'est, les nouveaux rois Zhou « orientaux » n'exercent plus qu'une autorité symbolique, et s'affirment alors des princes puissants qui exercent temporairement la fonction d'« hégémon », leur assurant la direction de coalitions militaires regroupant plusieurs principautés. Mais aucune des grandes puissances (Qi, Jin, Chu, Qin, Wu, Yue) n'arrive jamais à exercer une hégémonie durable et à regrouper tous les pays Zhou sous sa coupe, entraînant progressivement la Chine dans une phase de conflits de plus en plus aigus.

Cette évolution politique s'accompagne d'évolutions sociales et culturelles, surtout évidentes à partir de la seconde moitié du VIIe siècle av. J.-C. : d'abord fidèles aux traditions héritées de la période des Zhou occidentaux, avec une culture relativement homogène, les principautés dégagées de l'autorité et l'influence dominante de l'ancien centre politique et culturel affirment leur autonomie. Cette période voit donc des cultures régionales émerger, visibles notamment dans l'art et les pratiques funéraires, tandis qu'un nouvel ordre politique se met lentement en place, substituant à l'ancien ordre fondé sur des rapports personnels et les lignages, une nouvelle organisation politique et sociale plus abstraite et systématique, qui est consacrée par la suite sous les Royaumes combattants. Les modes de pensée évoluent aussi à la fin de la période, avec notamment la figure de Confucius qui, tout en se voulant un restaurateur de l'ancienne tradition Zhou, pose les bases d'une nouvelle façon de penser l'homme et l'action politique.

Les sources principales sur la période des Printemps et Automnes sont les écrits historiographiques traditionnels rédigés durant la Chine antique. Les Annales des Printemps et Automnes du pays de Lu, qui ont donné leur nom à la période, sont une chronique historique décrivant de façon sèche des événements survenus entre 722 et 4811. Ce texte a joui d'un grand prestige dans l'histoire ultérieure de la Chine, la tradition confucéenne considérant qu'il avait été remanié par Confucius et qu'il fallait y rechercher des interprétations moralisantes derrière les faits décrits. Il a donc fait l'objet de nombreux commentaires (et c'est par leur biais qu'il s'est conservé)2. Le Commentaire de Zuo (Zuo Zhuan) constitue la meilleure source pour reconstruire les événements et pratiques politiques de la période allant de 722 à 468. Il s'agit d'un texte de forme narrative, qui rapporte notamment les discours des protagonistes1. Compilé vers le milieu du IVe siècle, il a longtemps été présenté comme un commentaire des Annales des Printemps et Automnes, mais le commentaire couvre une période légèrement plus longue et la relation entre les deux textes n'est pas aussi claire que le veut la tradition. C'est un texte à finalité moralisatrice, dont la rédaction tardive pose problème pour savoir dans quelle mesure il permet de bien saisir le climat intellectuel de la période3. Il en va de même pour les autres textes de la tradition historiographique chinoise couvrant la période, le Mémoires historiques de Sima Qian (145-86)4 ou les Adages des Royaumes (Guo Yu) qui fournissent quelques informations complémentaires5. Les Annales de Bambou (Zhushu Jinian), chronique historique essentiellement factuelle, couvre également la période6.

Les fouilles archéologiques ont permis de faire progresser considérablement les connaissances sur la période des Printemps et Automnes. Depuis la découverte de la tombe princière de Lijialou dans le Henan en 1923 et de ses magnifiques vases en bronze, des milliers de sépultures des VIIIe – Ve siècles ont été mises au jour dans les différentes parties du territoire chinois couvert par les États de cette période7. Parmi le matériel exhumé, les nombreux vases rituels en bronze sont les sources majeures : ils intéressent évidemment l'histoire des techniques et l'histoire de l'art, mais aussi l'histoire religieuse par leur utilisation rituelle, l'histoire sociale en tant que marqueurs du rang de leurs détenteurs, tandis que les inscriptions que comportent plusieurs d'entre eux apportent des compléments d'information très utiles sur ces aspects8. Aux côtés des tombes, quelques sites urbains ont été fouillés. Dans tous les cas, ce sont essentiellement les restes matériels laissés par les élites qui sont connus, ne contrebalançant pas le biais des sources écrites qui sont déjà le produit de ce milieu.
Cadre géopolitique et culturel
Localisation des principaux États de la période des Printemps et des Automnes.

La Chine du début de la période des Printemps et Automnes est composée d'un nombre difficilement quantifiable de principautés (peut-être jusqu'à 200) se répartissant en gros autour des bassins du fleuve jaune et du fleuve bleu. Le premier est à proprement parler le foyer de la civilisation chinoise telle qu'elle s'est construite sous la domination de la dynastie Shang et de la dynastie Zhou depuis le milieu du IIe millénaire. Cette partie « centrale », qui exerce une forme de primauté culturelle, souffre d'une faiblesse politique en raison de son extrême fragmentation territoriale, et subit de plus en plus la loi des puissances qui émergent à sa périphérie, dont la culture mélange les traits de celle de la Plaine centrale à des traditions spécifiques et une influence des peuples « barbares ». Ces derniers sont moins intégrés dans le jeu politique de la période, sans pour autant en être absents. Les principaux acteurs politiques se revendiquent d'une communauté similaire, issue de l'ancien système dominé par les Zhou, nombre de dynasties régnantes aux ancêtres fondateurs (réels ou imaginaires) ayant été établis par les rois Zhou, et conservent une forme d'allégeance symbolique envers ceux-ci en dépit de leur déclin politique. Cela constitue l'élément majeur de la cohésion des « pays Zhou », qui forment une communauté politique et culturelle liée par des relations permanentes.
Les États de la Plaine centrale

La Plaine centrale correspond à la plaine alluviale du fleuve Jaune à l'est de sa « boucle » et à sa confluence avec la rivière Wei. Ces pays se voient comme les gardiens des plus anciennes traditions, ceux où s'établit la maison royale Zhou après qu'elle eut été chassée de son foyer, le bassin de la Wei. S'y trouvent de nombreuses principautés, qui perdent peu à peu leur puissance politique. Parmi les plus importantes, on compte Zheng qui exerce un grand rôle au début de la période, Song dont la famille régnante est issue de l'ancienne dynastie Shang, Wei, ainsi que le pays de Lu, d'où est originaire Confucius9.
Les puissances « périphériques »

Les grandes puissances politiques et militaires des Printemps et Automnes et des Royaumes combattants s'affirment dans des pays situés en périphérie de la Plaine centrale. Certains (en particulier Qin et Chu) sont parfois considérés par les gens de cette dernière comme des semi-barbares en raison de certaines spécificités culturelles qui détonent avec les traditions héritées de la période des Zhou occidentaux, même s'ils partagent les principaux aspects de la culture Zhou, qui font que leur originalités sont plutôt à interpréter comme des régionalismes10.

Les principales puissances de ces régions sont :

Qi au nord-est dans la basse vallée du fleuve Jaune (l'actuel Shandong) ;
Jin dont le centre est dans la vallée de la Fen, qui s'étend entre le plateau de Lœss et la plaine alluviale du fleuve Jaune ;
Qin dans la vallée de la Wei (l'ancien fief des Zhou occidentaux) ;
Chu au sud, autour du cours moyen du Yangzi.

Le dernier a la particularité d'exercer une hégémonie sur plusieurs principautés, constituant une sorte de pendant méridional des hégémons de la plaine du fleuve Jaune, et de ne jamais reconnaître l'autorité du roi Zhou auquel il n'a jamais été soumis. Il est plus tard concurrencé par les puissances émergeant dans le Bas-Yangzi, Wu puis Yue. Un autre État important des régions excentrées est Yan au nord-est, qui est peu actif dans la vie politique des pays Zhou9.

Ces royaumes situés en périphérie du monde des Zhou avaient plusieurs avantages qui leur ont permis de devenir dominants militairement : ils bénéficiaient souvent de la protection de barrières naturelles (rivières, montagnes), et pouvaient s'étendre en direction des espaces situés à l'extérieur de la communauté Zhou, où les entités politiques « barbares » étaient souvent des proies plus aisées que les royaumes de la plaine Centrale, ces conquêtes leur offrant des moyens économiques et humains supplémentaires pour affirmer leur puissance11.
Les « Barbares » et l'expansion de la culture Zhou

Les pays Zhou situés dans les régions périphériques voisinent plusieurs peuples jugés comme « Barbares », qui vivent aux marges de leurs territoires. Les textes leur attribuent des traits qui rejoignent ceux des Barbares des auteurs Grecs et Latins antiques : vice, lâcheté, absence d'organisation sociale (mais qui peuvent être moralisés). Cela reflète une évolution de la conception de l'identité « chinoise », communauté désignée notamment par l'expression Hua Xia dans les textes de l'époque, caractérisée par l'origine et la culture communes des royaumes issus de la période des Zhou de l'Ouest, qui renforçaient leur cohésion en se définissant par l'exclusion de cet « autre » de leur communauté12.

Ces peuples jouent cependant un rôle important dans la vie des pays Zhou, pas seulement par les conflits (en sachant qu'ils pouvaient aussi s'allier avec les princes chinois), mais également par des relations diplomatiques régulières, des influences culturelles, ou tout simplement parce que des gens de ces peuples (paysans notamment) vivent sur le territoire de certains États Zhou. Les textes indiquent d'ailleurs que l'on pouvait trouver de ces groupes dans la plaine Centrale. Quatre groupes importants, eux-mêmes subdivisés en plusieurs tribus, sont distingués : les Di au nord, les Rong à l'ouest (parfois groupés avec les précédents aux yeux des Zhou, qui parlent de « Rong-Di »), les Yi à l'est et les Man au sud ; mais Wu et Yue peuvent aussi être considérés comme barbares parfois13. L'étude archéologique des régions occupées par ces Barbares, en particulier au nord14 et au sud-est15, permet de faire de ces peuples des objets d'étude à part entière, hors du biais des sources.

Ces peuples font face à l'expansion des puissances comme Jin, Qin et Chu de la même manière que les pays de la Plaine centrale, et c'est sans doute à leur contact que ces principautés conquérantes acquièrent des moyens militaires considérables, notamment en s'étendant sur leurs domaines16. Ces États, en particulier Chu, sont des passeurs de la culture Zhou par leur politique de conquête/colonisation et leur influence culturelle, qui s'exerce notamment vers Wu et Yue dont la culture matérielle est en revanche bien différente mais prend de plus en plus des traits Zhou, surtout dans le milieu des élites17. Cette expansion culturelle vers ces pays accompagne leur intégration dans le concert politique, notamment parce qu'ils accueillent des ministres Zhou.
Histoire politique
La migration de la maison Zhou vers l'est et son déclin
Localisation des capitales de la dynastie Zhou.

En 771, le roi You de Zhou est vaincu et tué par une coalition montée par le comte de Shen et d'autres seigneurs alliés aux barbares Quanrong venus de l'ouest, qui pillent sa capitale Hao, située dans la vallée de la Wei. Un fils du roi You, Ping (770-720), finit par s'imposer à la tête de la dynastie et s'installe avec sa cour plus à l'est, à Chengzhou (l'actuelle Luoyang) : c'est le début de la période des « Zhou orientaux »18,19.

Désormais, le souverain n'est plus en mesure d'exercer de façon effective son autorité nominale sur les grands seigneurs de la Plaine centrale. Cette incapacité se révèle dans les tensions qui l'opposent à ses plus puissants vassaux, les ducs de Zheng, qui sont de proches parents de la dynastie royale et exercent la fonction de Premier ministre sous les règnes de Ping et son successeur Huan (719-696). Le duc Zhuang de Zheng (743-701) est un chef de guerre redoutable, qui combat les vassaux récalcitrants et les Barbares au nom du roi Zhou. Mais sa puissance inquiète Ping et Huan, qui lèvent à plusieurs reprises des troupes pour le combattre, sans jamais arriver à l'affaiblir20. Cet échec entérine le déclin de la dynastie Zhou, qui n'est désormais plus en mesure de faire face à ses plus puissants « vassaux », sans que ceux-ci remettent pour autant en cause sa domination symbolique.
L'âge des hégémons

Le déclin de la famille royale offre aux principautés les plus puissantes l'opportunité d’exercer le rôle d'« hégémon » (ba), qui est progressivement institutionnalisé. Il n'y a cependant pas de puissance suffisamment stable pour exercer une hégémonie durable, les renversements incessants d’alliances et l’apparition de nouvelles puissances militaires créant une situation politique instable. Après l'échec de Zheng, les principautés de la Plaine centrale se voient progressivement supplantées par les puissances périphériques dont la domination s’étend à partir de la première moitié du VIIe siècle, et qui exercent le rôle d'hégémon (Qi, Jin, Qin et Chu), posant les bases des grandes puissances militaires de la période des Royaumes combattants.
L'hégémonie du duc Huan de Qi

La mort du duc Zhuang en 701 plonge Zheng dans une crise successorale dont profitent ses voisins (notamment Wey et Song) pour rabaisser sa suprématie21. Le mérite de poser les bases du système des hégémons revient alors au duc Huan de Qi (685-643) et à son Premier ministre Guan Zhong. Ce dernier est passé à la postérité comme le précurseur des grands réformateurs mettant en place une organisation novatrice permettant à leur royaume de gagner en puissance. Grâce à ses moyens militaires, Qi intervient dans différents conflits à la demande d’autres princes, qui se retrouvent alors liés et doivent reconnaître sa suprématie. En 667, Huan réunit les comtes de Lu, Song, Zheng et Chen, les plus puissants de la Plaine centrale, qui le proclament chef des pays Zhou. Le roi Hui (676-652) lui confère alors le titre d'hégémon, en échange du soutien de Huan dans la querelle successorale qui l'oppose à son frère, qu'appuie le duc de Wey. Les « rebelles » sont châtiés, et la suprématie de Qi est entérinée22.

Durant les années de son hégémonie, Qi tire sa légitimité de sa capacité à lutter contre les menaces extérieures pesant sur ses alliés les cités-États Zhou. Les premières sont les tribus barbares qui s’étendent sur les principautés du Nord : il aide Yan face aux tribus Rong, puis Xing et Wey contre les Di. L'autre grande menace pesant sur le monde Zhou est Chu au sud. Son souverain avait adopté le titre de « roi » (wang) en 706, alors qu'il était réservé au monarque de la lignée Zhou ; il marque ainsi son ambition hégémonique, et menace les principautés méridionales (Sui, Zheng, Cai). Ici le succès de Huan est moins évident : Chu est conduit à négocier la paix en 657 après avoir réussi à dresser Cai contre Qi et ses alliés, mais par la suite il continue à s’étendre sur ses voisins23. Cela n'empêche pas le prestige de Huan d'être à son sommet, au point qu'il aurait envisagé de rompre avec le roi Zhou pour prendre le même statut que lui.
L'hégémonie de Jin

La mort de Guan Zhong puis celle de Huan en 643 sonnent le glas de l'hégémonie de Qi : le royaume plonge dans une crise successorale qui est l'occasion pour d'autres princes de tenter d'affirmer leur prééminence. Le duc Xiang de Song (651-637) cherche ainsi à former une alliance à son profit et se voit reconnaître de façon éphémère comme hégémon, sans succès en raison de l'opposition de Zheng et de l'influence de Chu. Le nouveau duc de Qi, Xiao, n'a guère plus de réussite24. Le vide profite alors à Jin, État situé aux franges occidentales de la Plaine centrale, qui s’était étendu et réorganisé depuis le VIIIe siècle sous l'égide d'une nouvelle dynastie. Le duc Xian (676-651) avait renforcé sa puissance, et s'était tenu à l'écart de la ligue dirigée par Qi. Par la suite, le duc Wen de Jin (636-628) se présente comme un appui potentiel au duc de Song pour contrecarrer les ambitions de ses adversaires, Zheng et Chu. C'est aussi à ce moment que le roi Xiang des Zhou s'adresse à Wen pour l'aider après avoir été forcé à l'exil par son frère : le duc de Jin le rétablit et obtient en échange des terres proches du domaine Zhou, s'implantant directement dans la Plaine centrale25. Puis il affirme sa puissance face à Chu : en 633 il vient en aide à Song assiégé par le royaume du Sud et ses alliés, puis l'année suivante il mène une coalition à laquelle se joignent son beau-père le duc Mu de Qin (parfois reconnu comme un hégémon) et les ducs de Qi et Song, qui inflige sa première grande défaite à Chu à Chengpu. Nombre de vassaux du vaincu se rallient alors au duc de Jin, qui se voit octroyer le titre d'hégémon à la conférence suivante des princes des grands États Zhou26.

Après avoir établi la prééminence de Jin, le duc Wen meurt en 628. Chu conserve sa puissance militaire et ses ambitions d'extension sur les faibles principautés du sud de la Plaine centrale, et son roi Zhuang (613-591), assisté par son ministre Sunshu Ao, réussit même un temps à se faire reconnaître comme hégémon après avoir vaincu Jin lors de la bataille de Bi (597). Parallèlement, Qi et Qin disposent toujours d'une grande puissance et peuvent menacer les deux autres grands États. En dépit de cette situation difficile, Jin réussit à conserver sa position centrale dans le jeu diplomatique et militaire27. Pour affaiblir Chu qui reste son principal adversaire, le duc Jing de Jin envoie un ancien ministre de Chu rallié à lui, Wuzhen, dans les pays de Wu situés à l'embouchure du Yangzi Jiang, où il organise les tribus barbares pour envahir plusieurs territoires soumis à Chu. Ce dernier est alors incité à privilégier des rapports pacifiques avec son rival pour les années qui suivent28.

Mais les conflits se font plus aigus dans les premières décennies du VIe siècle, au point que le duc de Song, constamment pris entre les rivalités des grandes puissances, convoque en 579 une conférence à laquelle participent les quatre grands, qui acceptent un principe de limitation de leur puissance militaire. Cela n'empêche pas la reprise des conflits peu après, et Jin doit lever une nouvelle coalition pour battre Chu à Yanling en 575. Peu après, un coup d'État survient à Jin, qui conduit au pouvoir le duc Dao (572-558). Celui-ci réussit à être reconnu comme hégémon malgré la rivalité des autres grandes puissances, après avoir soumis les tribus Rong qui sont à nouveau menaçantes au nord. Mais c'est aussi à ce moment que les chefs des lignages nobles de Jin renforcent leur position dans le royaume, affaiblissant la dynastie régnante29. Le fils et successeur de Dao, le duc Ping, réussit encore à mener une expédition victorieuse contre Qi, dont la capitale Linzi est prise en 555. Mais il doit faire face à une révolte d’un de ses ministres qui est sur le point de le faire tomber, et ne doit son salut qu'à l'appui d’autres grandes familles de son royaume. La puissance de Jin à l'extérieur ne peut alors que pâtir de ces troubles internes, et Chu réussit à former autour de lui une ligue rivale de celle dont Jin était l'hégémon, avant de s'étendre contre plusieurs des membres de cette dernière. L'incapacité de Jin à réagir marque le basculement définitif dans une période d’« équilibre des puissances » dans laquelle la prétention à la détention de l'hégémonie perd sa signification30.
Équilibre des puissances et guerres aristocratiques
États principaux à la fin de la période des Printemps et Automnes, avant la chute de Wu et l'éclatement de Jin. Le tracé des frontières est discuté et approximatif.
Les échecs de Jin et de Chu

Le VIe siècle voit la consécration d'un système sans puissance hégémonique durable, dans lequel Jin, Chu, Qi, Qin, puis les principautés méridionales Wu et Yue gagnent encore plus en force, continuant leur expansion face aux principautés les plus faibles et aux peuples barbares. Le roi Ling de Chu (540-529) fait reconnaître sa puissance durant la dernière décennie du VIe siècle, en réunissant autour de lui plusieurs principautés que l'expansion de Wu menaçait (Lu, Qi, Wey, etc.) et en faisant main basse sur Cai et Chen, deux vieilles principautés importantes de la Plaine centrale. Mais les troubles politiques internes à son royaume (où l’autorité du pouvoir central est en général faible) l'empêchent de réussir. C'est alors à nouveau Jin qui peut présider aux réunions interétatiques, d'autant plus que son allié le roi Helü de Wu (qui bénéficie notamment des conseils du fameux stratège Sun Tzu) remporte plusieurs succès militaires face à Chu, dont il prend la capitale Ying. Cependant, alors que ce dernier est sur le point de s'effondrer, Jin n'est pas en mesure de mener l'expédition qui lui porterait le coup de grâce en raison de ses propres tensions internes. Il plonge même dans la guerre civile durant les premières années du Ve siècle31.
Les hégémonies éphémères de Wu et de Yue

En 482, le roi Fuchai de Wu (495-473), poursuivant les succès de son prédécesseur contre Chu, Yue (son voisin méridional dont Chu avait cherché l'appui contre lui) et Qi, réussit à prendre la direction des assemblées interétatiques, devenant hégémon aux dépens de son vieil allié Jin dont il se détache pour exercer une politique plus autonome. Mais au moment même où le roi de Wu cherche à se faire reconnaître dans la Plaine centrale, le roi Goujian de Yue (496-465) réussit une première incursion contre lui, aboutissant à la prise de sa capitale. Trop affaibli par les guerres déjà menées, Wu ne peut résister à une seconde offensive en 473, qui se solde par son annexion pure et simple par Yue. Ce dernier, bien que reconnu comme hégémon, ne peut alors pas faire mieux que son prédécesseur et ne parvient pas à s'imposer durablement32.
L'apogée des conflits entre lignages aristocratiques

Si la période des Printemps et Automnes est constamment marquée par des rivalités internes aux États, opposant les lignages aristocratiques entre eux et aux chefs d'État, celles-ci se font plus aiguës aux VIe – Ve siècles. Elles culminent dans des conflits internes violents qui bouleversent plusieurs États majeurs. Ainsi, les troubles à Jin se prolongent jusqu'à aboutir à l'élimination de plusieurs de ses grandes familles et sa partition entre les trois plus puissantes, les princes de Wei, de Zhao et de Han, consacrée par le roi Zhou en 453. Un peu plus tôt, en 481, le lignage Tian avait réussi à assurer sa suprématie à Qi en éliminant tous ses rivaux et en réduisant considérablement l'autorité de la famille ducale, qui n'a plus qu'une position de fantoche33,34,35. C'est du reste le dernier événement mentionné dans les Annales des Printemps et Automnes, donc le point final de la période des Printemps et Automnes suivant l'historiographie classique. Au regard des critères des historiens modernes, il s'agirait plutôt d'un fait reflétant l'essor de l'aristocratie et la constitution d'un nouvel ordre étatique, qui n'aboutit qu'au siècle suivant.

Il n'y a donc pas de date qui fasse consensus pour marquer la fin de la période des Printemps et Automnes36, les évolutions politiques et sociales ne plaidant pas en faveur d’une rupture importante dans le courant du Ve siècle. Quoi qu'il en soit, la période des Royaumes combattants s'ouvre sur un paysage politique dominé par sept ou huit grandes puissances qui reconnaissent de moins en moins l'autorité symbolique du roi Zhou, et quelques dizaines de principautés vassales qui ne sont pour la plupart plus en mesure de jouer un rôle politique significatif et sont vouées à être soumises voire annexées par leurs puissants voisins, dans un contexte de croissance des effectifs militaires et de centralisation étatique marqué par l'émergence d’une nouvelle classe politique et souvent de nouvelles dynasties.
Modalités des relations entre États

La persistance de la dynastie Zhou et de son autorité morale alors qu'elle n'a plus d'autorité politique ainsi que l'absence d'une puissance capable de se substituer durablement aux anciens maîtres font que la période des Printemps et Automnes aboutit à la constitution d'un espace diplomatique et militaire très animé et relativement homogène. Des principes et des pratiques sont mis en place pour assurer un semblant de stabilité : des rencontres entre princes sont organisées régulièrement, des envois de représentants et des mariages entre dynasties raffermissent les liens, des ligues sont formées autour des plus puissants, les pratiques militaires sont guidées par des principes visant à éviter les violences inutiles. Mais cela n'empêche pas l'instabilité croissante des relations et l'escalade de la violence et des pratiques se souciant peu d'honorabilité, qui sont des caractéristiques majeures de la période des Royaumes combattants.
Le roi Zhou, les hégémons et les autres princes
« Le Roi offrit un festin et une boisson douce au prince de Jin, lui conféra un nouveau titre et lui donna des présents. Il ordonna à Yin Zhi, au prince impérial Hu et à l’annaliste de l’intérieur Shu Xingfu de donner au prince de Jin le diplôme de chef des princes. De plus, il lui donna les vêtements que le prince de Jin devait porter dans sa grande voiture et ceux qu’il devait porter dans son char de guerre. Il lui donna aussi un arc rouge avec cent flèches rouges, dix arcs noirs avec mille flèches noires, une jarre de vin extrait du millet noir et aromatisé. Il lui permit d’avoir trois cent gardes du corps semblables à ceux du Roi. Le diplôme portait ces mots : « Le Roi recommande à son oncle (le prince de Jin) de se conformer avec respect aux ordres du Roi, afin de maintenir la paix dans les principautés des quatre points cardinaux, de réprimer et d’écarter les ennemis du Roi. »

Le Roi de Zhou reconnaît l'hégémonie du Duc Wen de Jin (631 av. J.-C.), d'après le Commentaire de Zuo37.

La communauté des États de la période des Printemps et Automnes reconnaît la suprématie symbolique du roi Zhou, établi à Chengzhou (Luoyang) depuis 771, et ce en dépit du fait qu'il n'arrive plus à exercer de rôle politique significatif après les dernières tentatives de reprise en main face à Zheng. La primauté dans le jeu politique appartient de fait aux grandes puissances, les « hégémons »38. Ce terme est la traduction courante du mot ba, distinction attribuée pour la première fois au duc Huan de Qi, qui cependant n'a pas pu ou voulu aller jusqu'au bout de sa domination militaire en prenant pour lui le rang de roi. La tradition chinoise a reconnu au moins cinq souverains hégémons : Huan, puis le duc Wen de Jin, Xiang de Song, Mu de Qin, Zhuang de Chu, auxquels peuvent être ajoutés Fuchai de Wu et Goujian de Yue.

Mais ces hégémons n'ont en fait jamais dirigé que des « ligues » d'États couvrant une partie plus ou moins vaste des pays Zhou, et jamais leur totalité. En général les États majeurs (Qi, Jin, Chu, Qin, puis Wu et Yue) ne reconnaissent jamais durablement la domination d'un autre. Durant la période de la longue hégémonie de Jin, Chu se constitue ainsi sa propre zone d'influence, au point qu'on peut considérer qu'il y a à ce moment-là un hégémon au Nord et un autre au Sud. Finalement, le roi Zhou, en dépit de son absence de rôle politique, garde la première place sur le plan symbolique, s'appuyant sur le prestige de ses ancêtres fondateurs (le Seigneur Millet, les rois Wen et Wen des Zhou). Il est visité régulièrement par les princes qui lui rendent hommage, lui font des présents qui ont valeur symbolique de tribut ; en retour il leur offre une caution renforçant leur légitimité, en premier lieu celle de l'hégémon qui reçoit son assentiment pour occuper ce poste, souvent en échange d'une aide dans les nombreux troubles affectant le domaine royal (invasions de barbares, disettes, conflits dynastiques)39. Son rôle est important dans l'unité symbolique des pays Zhou, et de façon significative aucun autre souverain de cet espace culturel n'ose reprendre à son compte le titre de « roi » (wang), qui ne se retrouve que chez les souverains des pays périphériques comme Chu, Yue, Wu, ou les « barbares » Rong, le premier contestant manifestement la suprématie du roi Zhou et cherchant à se constituer sa propre sphère d'autorité à l'image de celle des Zhou, et pas seulement en tant qu'hégémon40.

La stabilité symbolique de l'institution royale contraste avec l'instabilité politique des hégémonies, qui est due à la combinaison de plusieurs facteurs : grande volatilité des alliances, qui ont tendance à se retourner contre les plus forts, les empêchant ainsi d'asseoir leur puissance durablement ; incapacité des grandes puissances à se départager militairement, empêchant l'émergence d'un hégémon incontesté ; faiblesses internes des grandes principautés, où le pouvoir central est souvent affaibli et menacé par des lignées nobles41. Ainsi se crée un jeu politique très instable, marqué par d'éternels revirements d'alliances, des avantages jamais durablement acquis, et d'éternelles querelles de préséance reposant sur des facteurs de puissance militaire, mais aussi sur des considérations symboliques jamais évacuées, comme l'ancienneté des lignages42.
De nombreux conflits

La fréquence des guerres durant la période des Printemps et Automnes est impressionnante : les Annales des Printemps et Automnes mentionnent 540 conflits entre États et 130 guerres civiles sur 259 années, et cette liste est sans doute incomplète43. Ces guerres incessantes s'expliquent par les nombreux revirements d'alliances et la fragmentation territoriale qui génère de nombreux litiges, rapidement généralisés par le jeu des accords diplomatiques et intérêts politiques. De fait, les récits historiographiques évoquent des conflits pouvant éclater pour des raisons très variables, souvent d'apparence anodine : des manquements au savoir-vivre dans les relations entre cours, des querelles de préséance lors d'une rencontre, ou dans un cas extrême la remontée au niveau des princes de Wu et de Chu d'une querelle entre deux femmes de deux villages frontaliers dépendant de l'un et de l'autre, autour de la possession de mûriers44.
Lame de hache-poignard (ge) en bronze, arme courante sur les champs de batailles de la période des Zhou orientaux.

Ces conflits restent peu violents. Les troupes mobilisées en campagne sont assez limitées en nombre, même chez les plus grandes puissances : durant son hégémonie, le duc Huan de Qi peut ainsi disposer d'environ 30 000 fantassins organisés en armées de 10 000 soldats composées de cinq régiments de 2 000, eux-mêmes divisés en unités de 200 puis 50 et 10 soldats. Il est peu probable que ces troupes aient toutes été mobilisées en même temps lors d'une même campagne45. L'arme des fantassins la plus courante est la hache-poignard (ge), constituée d'une lame disposée sur une hampe d'environ un mètre, utilisée pour le corps à corps ; l'épée se répand lentement, notamment à partir des principautés du Sud qui sont connues pour avoir forgé des épées de qualité (Yue, Wu puis Chu). Les troupes de choc des armées de cette époque sont les chars de combat, que les plus grandes puissances peuvent mobiliser par centaines, et qui sont l'arme par excellence des aristocrates. Les combattants montés sur les chars sont armés d'arcs mais aussi de longues hallebardes à plusieurs lames (ji) utilisées pour crocheter leurs adversaires46. Les lignages nobles forment l'ossature des troupes, puisqu'ils mobilisent eux-mêmes les unités de base de l'armée dans leurs fiefs. Ils se constituent ainsi des troupes personnelles qui sont souvent mobilisées pour leurs propres besoins, et pas forcément pour celui de leur suzerain. Durant la campagne, le prince discute avec les aristocrates qui l'ont rejoint pour décider des opérations à entreprendre, et parfois un ministre de la guerre influent choisi parmi les grands lignages de l'État peut prendre en personne la direction des troupes47.

La principale raison de la faible violence des guerres est le fait que les princes aient peu d'appétence pour les combats acharnés, et cherchent souvent à éviter l'affrontement, se contentant de faire étalage de leur puissance, de leur capacité à mobiliser des alliés, dans le but de forcer leur rival à faire la paix si possible sans combat ou à la suite d'une simple escarmouche48. Quand l'affrontement a effectivement lieu, c'est généralement l'occasion pour les nobles montés sur les chars de combat de faire preuve de bravoure et d'attitude chevaleresque, en refusant les comportements immoraux pour faire éclater leur prestige. Ainsi, le duc Xiang de Song refusa par principe d'attaquer les troupes de Chu tant qu'elles n'avaient pas toutes franchi la rivière qui les séparait et qu'elles ne s'étaient pas mises en ordre de bataille, ce qui lui coûta la victoire. Ces attitudes sont mises en avant dans les textes (en particulier le Commentaire de Zuo), présentant le combat comme étant une ordalie au cours de laquelle les dieux décident du vainqueur, le meilleur moyen de s'attirer leur faveur étant de respecter la morale, de ne pas pousser trop loin la victoire en massacrant ses adversaires, d'autant plus que la clémence permettait d'éviter de futures vengeances. Il convenait également d'accomplir des rituels à différents moments de la campagne, et de consulter les auspices avant de prendre une décision49.

Dans les faits, les guerres de cette époque sont peut-être moins courtoises. Plusieurs exemples (dénoncés par les textes antiques) montrent que les règles éthiques ne sont pas toujours respectées, et plusieurs conflits se soldent par l'annexion des pays vaincus par les vainqueurs, expliquant la diminution du nombre d'entités politiques au cours de la période. On ressent une évolution vers des conflits plus âpres après 500, qui se rapprochent de la violence et de l'amoralité des batailles de la période des Royaumes combattants (au IVe siècle), quand le déclin de la charrerie de combat dirigée par les nobles laisse la place aux dizaines de milliers de troupes de fantassins servant de chair à canon au cours de combats dans lesquels les stratèges cherchent à affirmer leur supériorité par tous les moyens50.

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MessageSujet: Re: 十六國, Annales du pays de Lu et les Cinq Classiques.   Sam 6 Jan à 9:00

« Song et Chu étant en paix, le prince de Song le Duc Cheng alla à Chu. En revenant, il entra dans la capitale de Zheng. Le prince de Zheng, voulant lui offrir un festin, interrogea Huang Wuzi sur le cérémonial à suivre. Wuzi répondit : « Les princes de Song sont les descendants des souverains des premières dynasties (les Shang). Ils sont reçus comme hôtes à la cour royale. Quand le Fils du Ciel offre un sacrifice, il envoie une partie de la viande au prince de Song. En cas de deuil, quand le prince de Song présente ses condoléances, le Roi le salue pour le remercier. Au festin, il doit y avoir abondance et générosité. » Le prince de Zheng suivit ce conseil. Il fit au prince de Song un festin d’un apparat plus qu’ordinaire ; cela convenait. »

L'importance de l'étiquette lors des rencontres entre princes, d'après le Commentaire de Zuo51.

Les rencontres entre princes et ministres sont monnaie courante durant la période des Printemps et Automnes, jouant un rôle déterminant dans le jeu diplomatique52. Les princes et/ou leurs ministres effectuent ainsi de nombreux voyages dans les autres principautés, où ils sont souvent reçus au cours de banquets très formalisés dans lesquels il ne faut surtout pas faire de faute de protocole et de manque de respect, au risque de graves conséquences. La réciprocité est ainsi une règle majeure dans ces contacts. Ces rencontres sont l'occasion de confidences permettant à l'information de circuler, mais aussi d'échanger des présents prestigieux (objets rituels, spécialistes comme des musiciens, serviteurs, etc.) ou de participer à des chasses, complément à l'exercice de l'art militaire. Tout cela renforce l'unité des pays « chinois »53.

De façon moins régulière mais avec des conséquences plus importantes, de véritables « conférences » réunissent souvent une dizaine de princes alliés (formant une « ligue ») pour discuter de sujets majeurs. Ces réunions sont formalisées à partir de l'hégémonie de Huan de Qi : elles doivent décider d'un hégémon qui dirigera les discussions, généralement relatives à l'organisation d'expéditions militaires et au versement du tribut à l'hégémon54. Les réunions les plus importantes réunissent les princes, leur entourage et leur garde, qui se disposent dans des grands campements. L'ordre de préséance, très important, est discuté55.

Les grandes assemblées sont marquées par la prestation d'un serment d'alliance (盟, meng), pratiqué également entre les lignages d'une même principauté et dans la sphère privée. Il s'agit en règle générale d'un rituel sanglant qui débute par le creusement d'un trou, dans lequel un animal est sacrifié, souvent un bœuf ; son sang sert à symboliser l'accord, mais on ne sait pas s'il est bu par les contractants ou bien étalé sur leur bouche. Alors le serment est prononcé et couché sur un texte qui est enterré avec la victime ou son sang dans le trou. C'est ainsi que de nombreuses tablettes de traités ont pu être exhumées à Houma, l'ancienne Xintian, capitale de Jin (concernant surtout les maisons aristocratiques de cet État). Des dieux ou ancêtres sont invoqués en tant que garants de l'accord, et des menaces terribles pèsent sur celui qui l'enfreindrait. Le texte du traité est donc divisé en deux parties : stipulations de l'accord, et invocation des garants divins ou ancestraux56.

En dehors des alliances à but militaire, la solidarité entre les principautés est affirmée en plusieurs occasions, même entre des pays non alliés. Il est ainsi convenu qu'il ne faut pas accabler un pays subissant une calamité naturelle (inondation, sécheresse) ou une menace barbare, mais au contraire le secourir. Il est également bien vu d'extrader des fuyards d'un autre État57.
Circulation des personnes entre les États : mariages, otages et fuites

La cohésion des États de la période des Printemps et Automnes est également assurée par la circulation de divers types de personnes entre les principautés, pour des motifs très variés52.

Les cours sont souvent liées par des mariages interdynastiques, qui donnent lieu à des négociations, des échanges de présents, puis au voyage des fiancées dans de longs cortèges vers la cour de leur promis, où est célébrée une union fastueuse censée assurer la bonne entente entre les deux cours. Il est souvent attendu qu'une princesse mariée à un prince étranger plaide en faveur de son pays d'origine, même s'il arrive que la situation se dégrade et que la malheureuse se retrouve alors à devoir choisir entre les deux États. Cette pratique se recoupe parfois avec celle de l'envoi de princes en tant qu'otages dans une cour étrangère (souvent à la suite d'une défaite) pour assurer la bonne foi de leur pays d'origine, les princes-otages étant souvent mariés avec une princesse de leur pays d'accueil58.

Les déplacements d'un État vers un autre concernent aussi des serviteurs des princes, qui peuvent se déplacer par la volonté de leur maître (musiciens pour divertir une autre cour, servantes accompagnant les princesses promises à un prince étranger, ministres venus aider un allié), ou bien parce qu'ils ont pris la fuite. De nombreux ministres se retrouvent ainsi à servir des pays dont ils ne sont pas originaires, pour des motifs variés : disgrâce, rivalités de lignages, crime. Ils doivent souvent se réfugier dans une cour lointaine pour être hors d'atteinte de leur pays d'origine et de ses alliés qui doivent extrader les fugitifs. Cela aboutit à la constitution d'une classe dirigeante très mobile et finalement homogène, les ministres ayant souvent des relations (bonnes ou mauvaises) dans diverses cours, contribuant à l'intégration de l'espace politique48.

L'organisation des États des Printemps et Automnes
Localisation des principaux sites archéologiques de la période des Printemps et Automnes.

La Chine de la période des Printemps et Automnes est divisée en plusieurs entités politiques de taille diverse qui peuvent être caractérisées d’États, parfois de cités-États, disposant d'une administration structurée autour du lignage dirigeant. Celle-ci a généralement été établie durant la période des Zhou de l'Ouest autour du modèle offert par les institutions du domaine royal. Durant la période des Zhou de l'Est cette organisation se complexifie, en particulier dans les États qui connaissent une expansion territoriale importante, souvent sous l'impulsion de réformateurs. Parallèlement, la structure sociale devient plus diverse et hiérarchisée, plus mouvante également.
Peuplement et administration : le renforcement de l'autorité des États
Plan général du site de Houma, l'antique Xintian, capitale de Jin, aujourd'hui au Shanxi : l'agglomération principale est constituée par un complexe palatial (au nord) jouxté par d'autres complexes au sud ; à l'est se trouvent d'autres unités protégées par des murailles.

Les États de la période des Printemps et Automnes sont organisés autour d'une ville-centre (guo, ou cheng) qui donne généralement son nom à l'entité politique (elle aussi désignée par le terme guo)59. Ils ont d'ailleurs pu être caractérisés de « cités-États ». Le reste du territoire est désigné comme « champ » (ye). Le peuplement est en général discontinu, laissant des hameaux isolés et des zones non mises en valeur, en particulier aux marges des principautés60. Les quelques villes de cette période qui ont été dégagées au cours de fouilles archéologiques sont entourées de fortifications en terre damée, et comprennent une partie officielle abritant le palais du dirigeant, qui semble souvent entourée de sa propre muraille et surélevée sur une terrasse, suivant une formule qui est consacrée à la période des Royaumes combattants. La dernière capitale de Jin, Xintian (aujourd'hui Houma), est ainsi organisée autour de quatre enceintes rectangulaires accolées, une disposant d'une grande terrasse qui devait supporter la résidence du souverain et les autres étant sans doute des dépendances d'autres membres de la famille régnante, tandis que d'autres espaces entourés de murailles étaient bâtis plus loin, dont la fonction est mal déterminée (résidentielle, administrative, rituelle ou militaire). Des espaces artisanaux (notamment les fonderies) ont été mis au jour dans la périphérie du site, ainsi que des espaces rituels, funéraires et sacrificiels plus à l'est (notamment le lieu de trouvaille des textes de serments). L'habitat populaire devait également s'étendre hors des enceintes. Les villes comprennent ainsi des zones résidentielles et des espaces artisanaux gravitant autour du pouvoir local. Certaines cités couvrent de vastes espaces : Yongcheng, la capitale de Qin, a ainsi une enceinte grossièrement quadrangulaire mesurant 3 330 mètres dans le sens est-ouest et 3 200 mètres dans le sens nord-sud61.

Les dirigeants des États sont souvent désignés par le titre gong, traduit couramment par « duc » ou « prince », ou parfois hou, « marquis ». Le titre de wang, « roi », est en principe réservé au souverain Zhou, mais d'autres monarques l'ont porté dans les régions méridionales (Chu, Wu et Yue) et chez les « Barbares »40. Suivant l'idéologie royale forgée sous les Zhou occidentaux, le roi est le détenteur du « Mandat céleste » (tianming) qui lui est octroyé par la divinité suprême, le Seigneur d'En-haut (shangdi), ce qui lui assurait la domination sur les « quatre parties » du monde (si fang). À la suite du déclin du pouvoir des rois Zhou, les princes les plus puissants reprennent à leur compte cette idéologie, comme l'attestent des inscriptions retrouvées à Qin et à Chu62. La puissance des souverains des principaux États ressort en particulier dans les monuments qui leur sont dédiés, notamment le complexe de Majiazhuang à Qin constitué de plusieurs unités, dont le site no 1 qui est probablement le temple ancestral de la maison ducale, tandis que le no 5 semble être un palais63, et les complexes funéraires royaux, qui sont de plus en plus monumentaux, à l'image de celui de Nanzhihui à Qin64. Cela reflète le fait que l'écart entre les princes et les grands lignages des élites aristocratiques a tendance à s'élargir, alors que les différences entre les tombes des deux groupes n'étaient pas autant marquées sous les Zhou occidentaux65.

Les souverains sont entourés par des hauts dignitaires occupant les fonctions majeures de l'appareil administratif, inspirées de celles de la cour des Zhou. Un Premier ministre (lingyin) a souvent la charge de la direction courante de l'administration, et peut être assisté par d'autres ministres, notamment ceux chargés de la guerre et de la sécurité, des rituels, du Trésor, des travaux, de la surveillance des artisans, etc.66 La puissance de l'administration centrale est cependant limitée au début de la période, face à l'autonomie des fiefs dirigés par les grands lignages nobles qui y reproduisent à leur échelle une organisation administrative locale, organisée également autour d'une ville. Mais les rapports de force ont tendance à s'inverser. Au début du VIIe siècle, les rois de Chu sont les premiers à constituer des districts (xian, titre désignant encore la circonscription de base de la République populaire de Chine) à partir de terres conquises, confiés à des gouverneurs (yin) choisis par le pouvoir central et responsable devant lui seul, et non plus à un de ses proches qui pouvait le transmettre ensuite à ses héritiers. Ce modèle, en rupture avec la tradition des institutions des Zhou, est ensuite repris par d'autres États majeurs (Jin, Qin), contribuant à la mise en place d'un système administratif à base territoriale qui à terme supplante l'ancien ordre des « fiefs » des aristocrates, qui allait avec la prédominance des rapports personnels67.

Parallèlement, les premières lois pénales écrites datent du milieu du VIe siècle, le cas le plus célèbre étant celles rédigées sur un chaudron à l'instigation de Zi Chan, Premier ministre de Zheng. Cela préfigure là aussi l'apparition d'un État à velléités centralisatrices : avec le déclin du pouvoir politique des lignages dominant des apanages de façon héréditaire, le pouvoir central en vient à exercer directement la justice dans ses provinces, ce qui nécessite une approche plus abstraite et systématique de l'exercice de la justice68,69. C'est aussi cette tendance à l'effacement de la justice coutumière exercée par les chefs de lignage qui est indiquée par les serments d'alliance mis par écrit et retrouvés à Houma (l'antique Xintian) vers 440-420, période des conflits entre lignages aristocratiques dans cet État. Le chef du puissant lignage des Zhao reçoit des serments d'allégeance (meng) de plusieurs autres lignages, cherchant ainsi à obtenir un appui reposant sur des liens formalisés et non plus sur la solidarité lignagère coutumière (d'autant plus que ces alliances semblent conclues contre un autre membre des Zhao)70.
Structures et dynamiques sociales

Les tombes et le mobilier qu'elles livrent sont le meilleur révélateur des hiérarchies sociales de la période des Printemps et Automnes, la taille des sépultures et le dépôt de certains objets de prestige à l'intérieur de celles-ci répondant en principe à des lois somptuaires manifestant le statut du défunt ; par exemple, le nombre de vases ding et gui entreposés dans la tombe d'un aristocrate est dans bien des cas un révélateur du rang du défunt dans les pays où la tradition Zhou est la plus vivace71. L'étude des cimetières permet donc de distinguer plusieurs groupes sociaux qui peuvent être reliés à ceux attestés dans les textes. Ainsi, la nécropole de Zhaojiahu (Hubei) dans l'ancien Chu présente les couches sociales inférieures à la haute aristocratie. Si on suit l'analyse de L. von Falkenhausen, viennent d'abord les membres du groupe des shi, appartenant aux lignages nobles subalternes : en premier lieu un groupe plus riche, les shangshi, correspondant à la couche inférieure de l'aristocratie terrienne qui dispose de fonctions administratives secondaires, puis deux autres groupes de ces « gentilshommes », les zhongshi et ziashi, ne disposant pas de domaines ou de fonctions officielles, sorte de couche moyenne. Viennent ensuite les gens du commun (shumin), puis les pauvres (pinmin)72. De façon plus fine, les groupes sociaux « roturiers » peuvent également être définis en fonction de leur activité : artisans et marchands des établissements urbains, paysans de l'arrière-pays, eux-mêmes divisés en plusieurs groupes (jardiniers, pasteurs, forestiers, meuniers, etc.)73.
Vase rituel dou en bronze incrusté de cuivre représentant des scènes liées à la vie aristocratique : détail d'une scène de chasse. Première moitié du Ve siècle av. J.-C.. Exhumé à Liyucun, xian de Hunyuan, Shanxi, exposé au musée de Shanghai74.

Les plus hautes charges de l'administration centrale et locale sont traditionnellement aux mains des lignages aristocratiques les plus puissants des différents États, qui disposent de charges souvent héréditaires dans l'un comme dans l'autre des niveaux administratifs. Ils portent des titres honorifiques hérités de la tradition Zhou traduits approximativement par des termes issus de la féodalité européenne : « marquis » (hou), « comte » (bo), « vicomte » (zi), ou « barons » (nan). Ils reçoivent de la part des souverains des titres ainsi que des objets de prestige (vases rituels, instruments de musique, musiciens, armures) et des serviteurs manifestant leur rang social47. Leurs fonctions sont essentiellement tournées vers la guerre et les rituels, qui leur garantissent le plus de prestige. L'idéal des activités nobiliaires apparaît sur quelques vases en bronze à incrustations en cuivre datés des dernières décennies de la période et représentant plusieurs scènes caractéristiques de la vie aristocratique : scènes de chasse à l'arc, d'une ville assiégée, des danses guerrières exécutées lance à la main, des rituels marqués par des libations et de la musique jouée avec des cloches et des pierres sonores74,75. L'assise locale des aristocrates, reposant autour d'une véritable cour locale, leur permet de disposer de leurs propres richesses, donc de mobiliser des troupes, d'organiser le culte ancestral de leur famille au niveau local, autour de vastes nécropoles qui, sans rivaliser avec celles des plus puissants dynastes, pouvaient être impressionnantes. Par exemple, la nécropole de Xiasi (Henan, milieu du VIe siècle), appartenait au lignage Yuan, branche collatérale de la dynastie royale de Chu qui dirigeait alors la vallée de la rivière Danjiang. Ce site est dominé par la sépulture du vicomte Peng (ou Yuan Zi Feng, tombe no 2), qui exerce la fonction de Premier ministre du royaume, entourée par celle de ses épouses et de plusieurs serviteurs76.

Au fil du temps, l'aristocratie traditionnelle dominée par les personnages appartenant à des lignages issus de celui des souverains (souvent ses frères ou ses fils) est supplantée par des nouveaux lignages qui n'ont à l'origine aucun lien familial avec le souverain77. La coexistence de ces lignages puissants avec ceux des dynasties régnant sur les États est souvent chaotique, et les guerres civiles sont monnaie courante33. Les conflits entre grandes familles sont récurrents à Jin, et contribuent à l'affaiblir et à lui faire perdre son rang d'hégémon, avant de finalement causer l'éclatement du royaume durant la première moitié du Ve siècle. Les différents accords retrouvés à Houma, déjà évoqués témoignent des alliances qui se nouent entre les différents lignages aristocratiques de ce royaume pour acquérir une plus grande puissance. Se construisent ainsi de nouvelles entités politiques, reposant sur la montée en puissance des armées aux mains des plus puissants lignages, qui sont souvent en mesure de renverser les dynasties régnantes, comme le fait le lignage Tian qui dirige Qi à partir de 481. À Chu, l'affaiblissement de la lignée royale à la suite des défaites infligées par Wu permet aux branches collatérales d'exercer leur tutelle sur les souverains34. À Qin en revanche l'aristocratie semble avoir été moins puissante et turbulente78.

L'évolution institutionnelle vers un renforcement de l'autorité de l’État et le déclin des liens traditionnels profite également au groupe des « gentilshommes » (shi). Leurs origines semblent diverses : des membres de lignages aristocratiques déclassés, ou bien à l'inverse des personnes issues des couches moyennes ou basses de la société qui ont réussi une ascension sociale et intégré cette couche inférieure des élites. Disposant souvent d'une éducation intellectuelle et militaire, ils peuvent se démarquer dans l'exercice de fonctions officielles et connaître une ascension sociale grâce à leurs mérites, préfigurant la classe des lettrés-fonctionnaires qui s'affirme à la fin de la période pré-impériale79. De fait, les membres des classes aisées des villes jouent un rôle de plus en plus important dans les conflits internes des États des Printemps et Automnes, et les grands lignages sont obligés de les prendre en compte dans leur marche vers la conquête du pouvoir. Certains brillants ministres sont issus de cette classe moyenne, tel Guan Zhong, Premier ministre du duc Huan de Qi, venant de la communauté marchande, ou Zi Chan, petit noble de Zheng qui parvient à gouverner cet État80. Le rôle politique des shi est finalement consacré durant la période des Royaumes combattants81.

La majeure partie de la société, la paysannerie, est mal connue. Marcel Granet a tenté de restituer plus précisément sa vie en se livrant à une analyse anthropologique des « Chants des pays » (Guo feng) du Livre des Odes, que la critique moderne date pour la plupart du début de la période des Zhou de l'Est82. Ces textes font référence à des fêtes paysannes ou plus largement leur vie quotidienne. Il en ressortirait l'image d'une société rurale organisée en familles élargies de type classificatoire (on ne distingue pas le père des oncles et les mères des tantes), des unions matrimoniales endogamiques (avec la préférence pour le mariage entre cousins) et patrilocales (l'épouse rejoint la maisonnée de l'époux). La période des travaux agricoles est marquée par de nombreuses fêtes, qui ont un caractère sexuel prononcé au printemps, période de retour de la fertilité. Les différents éléments marquants du paysage rural (rivières, monts, forêts) sont investis d'un caractère sacré, recevant parfois un culte83.

Culte des ancêtres et cultes territoriaux

Les anciens Chinois vénèrent une foule de dieux liés aux forces de la nature ou bien à divers aspects de la vie quotidienne, ainsi que les ancêtres familiaux, des esprits avec lesquels il fallait compter après leur mort. Le culte officiel des Zhou prend en compte des divinités liées à la royauté : le dieu du Ciel (Tian), assimilé à une autre divinité souveraine, le Seigneur d'En-haut (Shangdi), et secondairement le Souverain de la Terre, dieu du Sol, et les ancêtres dynastiques qui ont un rôle éminent, notamment le Souverain Millet (Houji), fondateur légendaire de la dynastie, et les rois Wen et Wu. Ce panthéon officiel inspire celui des princes qui reprennent à leur compte ses principes. Les serments qu'ils prononcent lors de leurs accords politiques invoquent donc différentes divinités de la nature (par exemple les collines et les rivières divinisées) et surtout les ancêtres des différents dynastes impliqués92. Mais les chancelleries des principautés donnent à leur panthéon des éléments propres qui leur permettent de gagner une autonomie symbolique et donc une plus grande légitimité politique. L'ancienneté des ancêtres dynastiques des lignages est de plus déterminante dans les débats sur la préséance lors des rencontres entre princes, et constitue donc un moyen de prestige non négligeable. Les nouvelles puissances ne descendant pas du lignage du clan des Zhou cherchent donc à se forger une généalogie remarquable93.

Cela accompagne une tendance générale à la relativisation du culte des ancêtres par les nouvelles dynasties dominantes qui n'y trouvent pas une légitimité politique aussi grande que les lignages plus anciens de la Plaine centrale pouvant faire remonter leur lignée aux premiers temps de la dynastie Zhou. Se développe alors l'habitude de prendre en compte les ancêtres du lignage en tant que groupe, et non plus de façon individuelle comme par le passé. L'essor des principautés dégagées de la tutelle des Zhou et de sa suprématie religieuse aboutit aussi à l'essor de cultes territoriaux, dans lesquels les ancêtres perdent peu à peu de leur importance face aux divinités de la nature incarnant les monts, les rivières ou les astres. Cette « territorialisation » des cultes officiels vise à asseoir l'émergence de puissances politiques territoriales. Cela se voit dans la plus grande importance des rituels aux divinités du Sol et du Grain, qui ont aussi pour fonction de mobiliser la population locale. On tend à penser que le souverain, s'il ne sait s'attacher le peuple, ne peut pas avoir l'aide des esprits94.
Pratiques et espaces rituels
Vase rituel ding de la période des Printemps et Automnes.

Le culte des ancêtres est un élément majeur de la religion de la période des Printemps et Automnes, marqué par les traditions mises en place à la cour royale des Zhou, notamment à la suite d'une « réforme » rituelle au IXe siècle. Il a lieu dans des temples, où se déroulent à diverses occasions des sacrifices mais aussi d'autres cérémonies à caractère politique95. C'est là qu'est préservé le mobilier cultuel, qui a été mis au jour dans les tombes où il accompagne les grands personnages. Il s'agit avant tout de vases destinés à différents actes sacrificiels, les formes indiquant une fonction. Suivant la typologie héritée des « archéologues » de la dynastie Song qui ont étudié ces objets anciens, on distingue les vases destinés à la cuisson de la viande des animaux sacrifiés (tripodes ding et li), des céréales (coupes dui et du, vase gui), à la présentation des mets (vases fermés fu), aux boissons fermentées à base de céréales (bassins jian servent à les chauffer, jarres fanghu), et aux ablutions d'eau (saucière yi, bassins pan)96. Parmi les instruments utilisés, les cloches sont bien connues par plusieurs trouvailles archéologiques.

L. von Falkenhausen a proposé de distinguer dans les tombes à partir de la période moyenne des Printemps et Automnes un assemblage de vases dit « ordinaire », commun à toutes les élites sociales et suivant les principes de l'époque des Zhou occidentaux, et un assemblage « spécial » réservé aux plus hauts personnages (vases sheng, gui, fanghu et li, présence plus courante de cloches), avec des objets plus richement ornés et de facture plus originale, attesté surtout à Chu (notamment Xiasi), qui semble renvoyer à des pratiques rituelles différentes entre la haute strate des élites et le reste de ce groupe et donc à l'écart croissant entre ces deux catégories sociales97.

Les rituels de sacrifice prennent souvent la forme d'un repas communautaire symbolisant l'unité des lignages qui les organisent, et sont accompagnés de danses et de musique. Une tendance de la période des Printemps et Automnes semble être la volonté de rendre les rituels plus divertissants pour les ancêtres et les esprits qui y participent en portant un intérêt plus marqué à cet aspect des cérémonies98. Des temples ancestraux fouillés pour cette période, le mieux connu est celui de la dynastie des ducs de Qin dégagé à Majiazhuang, dans leur ancienne capitale Yongsheng. L'espace principal de ce complexe est une vaste cour comprenant trois bâtiments et un petit édicule. 188 fosses sacrificielles y ont été dégagées, comprenant surtout des animaux offerts lors de cérémonies qui s'y déroulaient (bœufs, moutons), mais aussi dans certains cas des humains et des chars99.

Avec le temple des ancêtres dont il est le complément, l'autel (sheji) élevé pour les sacrifices destinés au Sol (ou la Terre) et au Grain divinisés est l'autre élément marquant du paysage de la religion officielle des Printemps et Automnes. Ce lieu de culte à ancrage territorial fort (les rituels qui y ont lieu servant à manifester la souveraineté sur le territoire et sa population), qui devient de plus en plus important au cours de la période des Zhou orientaux, est pris en charge par des préposés à leur entretien (fengren), qui s'occupent également du culte aux frontières des principautés100. Les autres rituels connus de la période, qui n'ont pas forcément un aspect politique et font eux aussi appel aux esprits des ancêtres et de la nature (sans forcément sacrifier à leur intention), présentent une grande diversité : en plus des serments sanglants (meng) déjà évoqués, sont attestés différents rituels agraires et saisonniers, des rituels plus individualisés comme les rites de guérison et exorcismes, ou encore des rituels pour assurer de bons voyages, ainsi que les rituels de divination et les rites funéraires qui sont abordés plus bas101.

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MessageSujet: Re: 十六國, Annales du pays de Lu et les Cinq Classiques.   Sam 6 Jan à 9:02

Activités économiques
Agriculture
Vase zun en forme de bovin.

L'agriculture de la Chine des Printemps et Automnes est dominée par la culture du millet, à laquelle il faut ajouter celle du blé au Nord et celle du riz au Sud. Les paysans cultivent également divers fruits et légumes en complément. La culture du mûrier pour l'élevage des vers à soie se développe et a sans doute un caractère spéculatif. L'outillage agricole est depuis plusieurs millénaires avant tout composé de bois et de pierre, mais les lames en bronze (et peut-être en fer à la fin de la période) se diffusent pour la réalisation de houes, faux et socs d'araires. Les bœufs sont de plus en plus utilisés en tant qu'animaux de trait pour les araires au cours de la période des Zhou orientaux, contribuant à la lente amélioration de la productivité agricole. Mais la croissance de la production agricole repose alors surtout sur l'extension des zones de culture par les défrichements, et dans quelques cas par l'irrigation84.

Les structures agraires sont caractérisées par les droits des élites sur les terres travaillées par les paysans. Si ceux-ci doivent accomplir des corvées sur les propriétés directes des premiers au début de la période, il semble que progressivement ces travaux soient remplacés par le versement de redevances en nature consistant en une portion de la récolte, généralement 1/10e (mais dans certains cas 1/5e). Ce changement a pu avoir des conséquences sociales importantes sur le long terme, notamment parce que les paysans sont plus attachés à leur terre qu'ils ne l'étaient dans le système « féodal » antérieur dans lequel les liens personnels avec le seigneur local primaient. Cela se poursuit durant la période des Royaumes combattants et les paysans gagnent peu à peu une plus grande autonomie85.
Artisanat métallurgique

Les artisans de la période des Printemps et Automnes travaillent une grande variété de matières : les fouilles de Houma (Shanxi) ont mis au jour des fonderies, des ateliers de travail de la pierre, du jade, d'os, et de céramique86. L'artisanat métallurgique est le mieux connu par les recherches archéologiques. Le travail du fer connaît un certain essor à cette époque, mais le bronze reste le métal le plus forgé. Les États de Jin et de Chu disposent de mines de cuivre importantes leur donnant un avantage évident. Une telle mine avec des installations servant à une première fonte du minerai a été fouillée à Tonglüshan (Hubei), dans une région méridionale dont on ignore la principauté tutélaire (Chu ?)87. Les deux grands ateliers de la fonderie de Houma, l'un spécialisé dans la fabrication de vases rituels et autres objets de prestige, l'autre dans celle d'outils, montrent que les États les plus puissants sont en mesure de mettre au point une organisation complexe faisant sans doute appel à une division du travail poussée sous la supervision d'administrateurs88. Ce site est remarquable en cela que la production à grande échelle ne se fait pas au détriment de la qualité des objets. De nombreux mystères demeurent : l'organisation de la production, le statut des artisans et des commanditaires ne peuvent qu'être supposés, même s'il semble évident que dans les deux cas il y a progression quantitative et qualitative. Quoi qu'il en soit, les développements techniques de cette période favorisent le choix d'une production massive avec une division du travail, car ils privilégient l'élaboration d'objets de grande qualité artistique en plusieurs étapes.
Échanges

Les biens circulent avant tout par le biais d'échanges non marchands, notamment dans les circuits d'accumulation et de redistribution des richesses dirigés par les institutions officielles : présents à des serviteurs méritants ou des seigneurs amis, tributs, rations des travailleurs. Néanmoins, les échanges marchands prennent de plus en plus d'importance avec les modifications des structures politiques et sociales, sans néanmoins être majoritaires. Le développement des centres urbains permet l'émergence de lieux d'échange plus importants, mais ce sont les conférences politiques périodiques qui, en attirant des personnes de lointains horizons avec leurs produits, dont des marchands, constituent les moments privilégiés du commerce à longue distance. Les autorités politiques font en sorte d'assurer l'entretien des voies de communication (terrestres et fluviales) et leur sécurité, en disposant régulièrement des garnisons. Dans la principauté de Lu, on débat même pour savoir s'il faut conserver les postes douaniers89.

Une classe de riches marchands émerge peu à peu90. Fan Li (plus tard connu sous le nom de Tao Zhu Gong), qui a vécu à la fin de cette période et dont la biographie a été traitée par Sima Qian, est un des représentants les plus illustres de la catégorie des hommes d'affaires de la Chine antique. Il est ministre de Wu avant de connaître un enrichissement insolent par ses affaires. La postérité en a fait un des archétypes de la personne capable de s'enrichir considérablement, se voyant attribué bien après sa mort la rédaction d'un ouvrage de préceptes sur la conduite des affaires.

Le développement des échanges marchands à cette période se remarque par celui de formes de monnaie dans la seconde partie de la période. Elles reflètent la diversité régionale des pays chinois de cette époque : Jin utilise avant tout des monnaies en bronze en forme de bêche (bu), les pays du Nord (Qi, Yan) des monnaies en forme de couteau (dao), même si les imitations de cauris (en bronze, jade, pierre, os) restent courantes comme elles l'étaient aux périodes antérieures comme moyens de paiement91.

« Alors que le roi de s'apprêtait à attaquer Chu, Yang Gai qui était premier ministre de Chu consulta la tortue sur l’issue de la bataille. Le pronostic fut défavorable. Le chef des armées, Zi Yu, dit : « Nous occupons la partie amont de la rivière, ce qui est plutôt de bon augure. De plus, les usages de Chu exigent qu'en de telles occasions ce soit le chef des armées qui interroge la tortue. Je demande donc une nouvelle consultation avec l'injonction suivante : « Si Zi Yu et sa garde perdent leur vie dans les combats et que les armées de Chu poursuivent la bataille, puisse-t-il se faire que nous obtenions la victoire ? » Le pronostic fut cette fois favorable. La bataille s'engagea à Chang'an, Zi Yu tomba en premier, l'armée de Chu poursuivit le combat et infligea une défaite sévère aux armées de Wu. »

Un exemple de procédure divinatoire par la carapace de tortue, d'après le Commentaire de Zuo102.

La pratique divinatoire recouvre un ensemble de pratiques qui permet la mise en communication du monde des humains avec celui des esprits sur tout un ensemble de sujets : opportunité d'un rituel, d'une décision politique, d'une bataille, d'un voyage, révélation d'une malédiction (qu'il faut ensuite combattre par un exorcisme), etc. Le Commentaire de Zuo mentionne 132 cas de recours à la divination, avant tout dans un contexte politique et militaire. Les plus communs voient les hommes être à l'initiative : ils soumettent une question aux esprits, qui répondent par le biais d'un médium. Dans la majorité de cas celui-ci est une carapace de tortue qui est passée sous le feu, ce qui provoque des craquelures dont la forme est ensuite interprétée pour lire la réponse. La même démarche préside à la divination par les bâtonnets d'achillée millefeuille, qui sont jetés au sol de façon répétée pour former des hexagrammes qu'il faut ensuite expliquer. Dans les autres cas, ce sont les esprits qui ont l'initiative du message. Ils peuvent susciter des rêves révélant un présage, ou bien intervenir par des mouvements astraux (éclipses surtout), voire par divers événements sortant de l'ordinaire (désastres naturels, prodiges divers) auxquels est accordée une origine surnaturelle. L'interprétation des signes délivrés par le monde des esprits incombe à des spécialistes qui peuvent avoir une fonction importante dans les cours princières en raison de l'importance politique de la divination, dont des devins professionnels, des scribes ou des conseillers proches des dirigeants. Cette discipline est très technique, et nécessite des compétences reconnues. Le Commentaire de Zuo mentionne à plusieurs reprises des débats entre conseillers et devins, les premiers remettant souvent en question le bien-fondé de la divination pour diriger l'action politique, et cherchant à en relativiser l'usage pour privilégier l'observation des situations concrètes du présent et ce qu'on peut en déduire pour le futur103.
Pratiques funéraires
Fosse sacrificielle comprenant les restes d'environ 600 chevaux à Heyatou (Linzi, Shandong), c. 490 av. J.-C.

Les pratiques funéraires sont une source d'information essentielle sur la période des Printemps et Automnes, grâce aux milliers de tombes exhumées en différents endroits du territoire chinois. Elles révèlent des aspects matériels et symboliques ainsi que les hiérarchies sociales et la diversité culturelle qui existe entre les États de cette époque, mais aussi la présence de référents communs. Les tombes sont généralement groupées dans des nécropoles, appartenant à un lignage et à ses dépendants. Au VIIIe siècle, les tombes restent dans la droite ligne de celles de la période précédente, et sont de dimension modeste, même pour les élites : une fosse renferme un cercueil extérieur en bois (guo), contenant lui-même le cercueil du défunt et son mobilier funéraire. L'aspect et la composition du mobilier de la tombe sont en principe régis par des lois somptuaires établies par les Zhou : le nombre et le type de vases en bronze présents (en particulier les tripodes ding), le nombre de cercueils emboîtés, la présence ou non d'une rampe d'accès sont déterminés en fonction du rang du défunt. Mais assez rapidement les élites outrepassent ces limites symboliques en développant des complexes funéraires de plus en plus extravagants avec un mobilier luxueux, et cela ne fait que s'accentuer avec le temps104. Cela accompagne la complexification sociale, la montée en puissance politique de certains lignages aristocratiques et aussi les évolutions rituelles. Par exemple, au début du VIe siècle, la tombe d'un seigneur de la principauté de Zheng fouillée à Lajialou (Henan) compte 56 vases et 23 cloches en bronze de qualité remarquable, et les fosses sacrificielles comportant des chevaux et des chars sont courantes dans cette région105. Une autre tombe seigneuriale, exhumée à Hougudui dans le Henan (ancien Chu, ou peut-être Wu) pour le début du Ve siècle, a pour défunt principal une femme accompagnée par dix-sept humains sacrifiés et une pléthore d'objets de qualité (vases en bronze, instruments de musique en laque, céramiques, objets en jade, chaises, parties de chars)106. Les sacrifices sont des révélateurs de la grande puissance des princes dans certaines régions : plus de 600 chevaux dans le cas de la tombe du duc Jing de Qi à Heyatou (Shandong)107, et 166 humains pour celle du duc Jing de Qin à Nanzhihui (Shaanxi). Cette dernière sépulture, longue d'environ 300 mètres et profonde de plus de 20 mètres, est d'ailleurs la plus vaste connue pour l'époque pré-impériale, seulement supplantée par le mausolée du Premier empereur108. À l'opposé, plus on descend dans la hiérarchie sociale plus le mobilier rituel se raréfie, les plus pauvres étant enterrés dans une simple fosse, parfois avec de la céramique, mais souvent sans aucun mobilier.

Suivant les tendances caractéristiques de la période, on peut distinguer plusieurs traditions régionales qui s'affirment au cours du temps, en particulier dans les pays périphériques109. Ainsi, les sacrifices humains sont surtout attestés à Qin et dans les pays orientaux (Qi, Lu, Cao). La région la mieux connue est celle de Chu et de ses dépendances. L'une des nécropoles les plus remarquables de la période a été dégagée à Xiasi dans le Henan, dominée par la tombe du vicomte Feng du lignage Yuan, entourée par les sépultures de ses quatre épouses et de plusieurs serviteurs, ainsi que des fosses sacrificielles comprenant les restes de chevaux et de chars. Le mobilier de sa tombe est regroupé de façon fonctionnelle : chars et armes d'un côté, puis vases rituels pour les ablutions, vases pour la viande, les boissons fermentées, objets de musique (cloches et pierres sonores). Les objets rituels restent en effet le meilleur moyen d'affirmer le prestige des défunts, même si avec le temps on trouve de plus en plus d'objets du quotidien dans les tombes (armes, lits, écrits)110. La tombe du marquis Yi de Zeng (à Leigudun, Hubei), datée du tout début des Royaumes combattants (vers 433), reflète l'aboutissement de cette évolution avec l'organisation des tombes en compartiments formant de véritables pièces, les tombes étant alors vues comme de véritables demeures post-mortem111. Une évolution similaire s'accomplit à Qin un peu antérieurement. Dans ce dernier cas, le mobilier funéraire est de moins bonne qualité qu'à Chu, marqué par le développement poussé des mingqi, objets confectionnés uniquement pour être entreposés dans la tombe, qui peuvent être en bronze mais sont souvent des imitations en céramique de vases rituels de bronze, inspirés des formes de la période des Zhou occidentaux112. Les pays du Bas-Yangzi (Wu et Yue) présentent de plus grandes originalités en raison de leur éloignement par rapport à la Plaine centrale : les tombes des élites y sont surmontées par des tumuli, et contiennent surtout des vases d'un style local propre, en bronze mais aussi en grès113.

Ces évolutions et ces différences indiquent des traditions locales diverses, et probablement des croyances variées, mais celles-ci sont mal connues pour la période des Printemps et Automnes en l'absence de textes explicites. L'enterrement s'accompagne de rituels, sans doute fastueux dans le cas des élites. Ils invoquent notamment les divinités infernales114. Des objets protecteurs (surtout en jade) sont disposés sur le corps du défunt, le cercueil étant parfois recouvert d'une couche de cinabre pour le protéger de menaces surnaturelles. Dans les tombes de Chu, des statues gardiennes de tombe (notamment des bois de cerfs) sont déposées pour une fonction protectrice. Le dépôt d'objets ne semble pas avoir d'autre objectif que d'affirmer le prestige du défunt dans la majorité des cas. Mais les développements allant vers une tombe conçue comme une résidence (surtout à Chu) indiquent probablement l'apparition d'une mentalité nouvelle faisant de cette dernière une résidence post-mortem pour le défunt, destiné à aller dans un au-delà dans lequel il aura besoin de ses objets quotidiens disposés à ses côtés. Cela est à relier avec la croyance attestée pour la période suivante selon laquelle une partie de l'âme du défunt (po) reste dans la tombe avec le cadavre, tandis que l'autre (hun) rejoint le monde céleste111.
Courants intellectuels
La littérature

La tradition intellectuelle héritée de la période des Zhou occidentaux est conservée dans des textes qui ont par la suite été considérés comme des « classiques », et qui ont dès la période des Printemps et Automnes un prestige important. Ils ont été compilés progressivement et canonisés sous les Han, mais la date exacte de la rédaction de leurs différents passages reste souvent incertaine : une partie semble dater de la fin de la période des Zhou de l'Ouest, d'autres peuvent être antérieurs, beaucoup sont manifestement des écritures ou remaniements postérieurs, parfois attribuables à la période des Printemps et Automnes (par exemple les Chants des pays du Livre des Odes82). Ces ouvrages sont le Livre des documents (Shangshu ou Shujing) qui reprend des documents historiques anciens des archives royales, le Livre des Odes (Shijing) qui compile des poèmes, ou encore les Mutations de Zhou (Zhou yi), manuel de divination par l'achillée plus couramment désigné comme Livre des mutations (Yijing)115.

Les scribes des principautés des Printemps et Automnes produisent aussi des ouvrages de type historiographique rapportant les événements qui s'étaient produits, en les intégrant dans la continuité d'un passé semi-légendaire remontant aux premiers rois et dynasties (les trois Augustes et les cinq Empereurs, les Xia, les Shang) pour lequel les récits miraculeux ont la part belle. Le seul exemple complet connu est celui des Annales du pays de Lu, ou Annales des Printemps et Automnes (Chunqiu) qui ont donné le nom à la période et ont elles aussi été consacrées comme un classique par la suite1,2. Les Annales de Bambou sont un autre exemple de ce type d’œuvre à caractère historiographique qui doit s'appuyer sur des sources de la période, correspondant à une chronique historique du pays de Wei, et de Jin dont il est l'héritier6. Les autres cours princières et celle des Zhou ont probablement produit des œuvres similaires concernant leur passé, qui ont disparu.

Quant aux écrits que les époques postérieures ont attribué à des lettrés ayant vécu durant la période des Printemps et Automnes, comme Sun Tzu, Guan Zhong et évidemment Confucius (qui aurait remanié les classiques), il semble difficile d'affirmer qu'ils ont bien eu pour origine ces personnages, mais ils leur ont été rattachés en raison de leur prestige. Leur étude révèle souvent une forte empreinte de la période des Royaumes combattants. Seuls les Entretiens de Confucius sont couramment liés à la pensée de la personnalité à laquelle ils sont rattachés (voir ci-dessous)116.
La remise en question de la tradition

Ce sont donc des textes rituels, de poésie et d'histoire, en plus de récits folkloriques-mythologiques connus par des allusions, qui composent la base de la culture des lettrés et penseurs de la période des Printemps et Automnes, issus de la catégorie des shi, gentilshommes de la basse couche de l'aristocratie qui tendent à constituer un groupe de lettrés-intellectuels à part entière occupant une place plus importante dans les appareils politiques de la fin de la période79. Ils animent les débats des cours princières tels qu'ils sont rapportés par le Commentaire de Zuo, dont la datation tardive (milieu du IVe siècle) n'est pas sans poser problème sur sa fiabilité pour permettre de décrire l'état intellectuel de la période qu'il décrit. Mais il reste le principal document pour approcher l'état de la pensée antérieur à Confucius. Si on suit les propositions de Y. Pines, le délitement progressif de l'ordre rituel mis en place par les Zhou de l'Ouest, la violence et le cynisme croissants des rapports entre États et des arts diplomatiques et stratégiques tendraient à mettre en avant une pensée plus réaliste, sceptique face aux croyances et à la morale traditionnelles117. Le questionnement et les débats sur le rapport à la tradition héritée des périodes antérieures semblent constants dans les affaires politiques. La volonté du Premier ministre Zi Chan de faire rédiger les lois pénales à Zheng, autrefois coutumières et orales, est ainsi critiquée par un groupe de « conservateurs »68. Des personnages comme Zi Chan, ou plus tôt Guan Zhong, ont pu être perçus par la suite comme des précurseurs des réformateurs de la période des Royaumes combattants, notamment ceux du courant légiste. Les changements dans la pensée politique se voient aussi dans le fait que certains conseillers des princes relativisent l'intérêt du recours à la divination traditionnelle (par les carapaces de tortue et les bâtonnets d'achillée) pour la prise de décision, privilégiant une approche plus pragmatique reposant sur l'analyse des situations présentes118.

Références

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↑ A. Cheng, Entretiens de Confucius, Paris, 2004, p. 35
↑ A. Cheng, Entretiens de Confucius, Paris, 2004, p. 37
↑ A. Cheng, Histoire de la pensée chinoise, Paris, 2002, p. 61-93 est une très bonne mise au point sur la pensée de Confucius. Sur le personnage et sa postérité : D. Elisseeff, Confucius, Les Mots en Action, Paris, 2003, J. Lévi, Confucius, Paris, 2003 et J.-P. Desroches et al., Confucius, à l'aube de l'humanisme chinois, Paris, 2003.
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↑ A. Thote, « Les bronzes de l'époque des Zhou de l'Est (770-221 av. J.-C.) », dans Rites et festins 1998, p. 134-144 pour une synthèse sur les bronzes rituels de la période.
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↑ Sur les réalisations artistiques exhumées sur ce site, voir (zh) (en) Houma taofan yishu/Art of the Houma Foundry, Princeton, 1996
↑ Elisseeff 2008, p. 162-163
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↑ M. Laureillard dans Chine, la gloire des empereurs, Paris, 2000, p. 182-183

Bibliographie
Généralités sur la Chine ancienne

Flora Blanchon, Arts et histoire de Chine : Volume 1, Paris, Presses Universitaires de Paris-Sorbonne, 1993
Jacques Gernet, La Chine ancienne, Paris, PUF, coll. « Que sais-je ? », 2005, 10e éd.
(en) Michael Loewe et Edward L. Shaughnessy (dir.), The Cambridge History of Ancient China, From the Origins of Civilization to 221 BC, Cambridge, Cambridge University Press, 1999
(en) Li Feng, Early China : A Social and Cultural History, New York, Cambridge University Press, 2013 (ISBN 978-0-521-71981-0)

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MessageSujet: Re: 十六國, Annales du pays de Lu et les Cinq Classiques.   Sam 6 Jan à 9:03

Jing (chinois 經), Classique ou Canon, désigne en Chine les ouvrages dont le contenu est considéré comme « permanent » (littéralement jing signifie « constant ») et orthodoxe du point de vue du confucianisme. Jing a aussi désigné par la suite les sutras bouddhiques1.

L'étude des Quatre Livres (à partir du XIIIe siècle) et des Cinq Classiques (à partir du IIe siècle av. J.-C.) (四書五經, 四书五经, Sìshūwǔjīng) était obligatoire pour les étudiants qui souhaitaient devenir fonctionnaires. La rédaction, la compilation ou le commentaire des Cinq classiques étaient attribués à Confucius. Toute discussion politique était émaillée de références à cette base commune et il n'était pas possible de devenir lettré, ou même officier militaire, sans les connaître à la perfection.

Origine des Classiques

Les plus anciens textes sont issus de la cour royale des Zhou et des différentes cours princières de cette période, et sont l'œuvre des devins, annalistes et scribes attachés à ces différentes cours. Le Classique des documents (Shujing) contient des pièces d'archives et des scénarios de danses rituelles provenant surtout de la cour royale des Zhou, mais aussi de celle des Jin. Seule une moitié de ce classique est tenue pour authentique. De la cour des Zhou proviennent aussi des chansons rituelles, auxquelles on a adjoint aux viiie – vie siècle av. J.-C. des chansons populaires, réunies dans le Classique des vers (Shijing). Le milieu des différentes cours royales a aussi produit des annales notant les événements de façon très précise. Les seules à avoir subsisté sont celles du royaume de Lu, connues sous le nom de Annales des Printemps et Automnes (Chunqiu), ou Annales du royaume de Lu. Elles relatent, dans les parties conservées, des événements allant de 722 à 481. La divination au moyen de tiges d'achillée, ou achilléomancie, est à l'origine du manuel de divination en usage à la cour des Zhou, connu sous le nom de Classique des mutations (Yijing). À ces ouvrages contenant les plus anciennes traditions de l'Antiquité, les lettrés de Lu ont ajouté le Classique des rites (Lijing) et un traité de musique, le Classique de la musique (Yuejing)2.

Entre le ve siècle et le iiie siècle av. J.-C. un certain nombre de textes viennent compléter les œuvres les plus anciennes. S'ils s'inscrivent dans leur continuité, ils portent aussi la marque des théories nouvelles apparues durant cette période. Le Commentaire de Gongyang (en) aux Annales du royaume de Lu par exemple est influencé par les théories du yin, du yang et des cinq éléments. Ce commentaire date sans doute du ive – iiie siècle av. J.-C., comme le Commentaire de Guliang (en). Le Livre des rites de Zhou (en), ainsi que d'autres rituels, le Yili (en), le Liji, le Da dai liji, et le Commentaire de Zuo sont composés durant la même période. Tous ces textes ont été reconstitués et parfois altérés sous les Han et jusqu'au iiie – ive siècle de notre ère3.
Confucius et les Classiques

Confucius se réclamait de la tradition remontant à la dynastie Zhou. L'étude des textes anciens, qui faisait partie de son enseignement, est pour lui une voie menant au ren, la vertu d'humanité4.

Les Entretiens de Confucius font de nombreuses références au Classique des documents (Shu jing) et au Classique des vers (Shi jing). Il fait aussi de nombreuses références aux rites et à la musique, mais il est impossible de savoir dans ce cas s'il s'agit des « rites » (li) et de la « musique » (yue) ou du Classique des rites (Li jing) et du Classique de la musique (Yue jing). Une seule référence est faite au Classique des mutations (Yi jing), mais son authenticité n'est pas assurée, et aucune aux Annales du royaume de Lu, pays d'origine de Confucius. Mencius est le premier, au ive siècle av. J.-C., à attribuer ce dernier ouvrage à Confucius et à y voir un enseignement caché5.
Autodafé de 213 av. J.-C.

Alors que les disciples de Confucius font l'éloge du système féodal antérieur, et contestent la vertu des lois, Qin Shi Huangdi, premier empereur de Chine, décide de mesures radicales pour imposer le légisme, doctrine officielle de son régime : toutes les écoles du passé (les Cent Écoles) autres que le légisme sont interdites. Un édit est promulgué en 213 av. J.-C., ordonnant la destruction de tous les livres, à l'exception du Yi jing, considéré comme un ouvrage technique, et des Mémoires du Qin, ouvrage historique. Tout détenteur d'ouvrages interdits encourt la peine de mort, ainsi que sa famille. C'est la politique résumée dans la formule Fenshu kengru (chinois 焚书坑儒), « brûler les livres et enterrer vivants les lettrés ». Environ quatre cent soixante lettrés sont mis à mort, d'autres rejoignent les condamnés travaillant à la Grande Muraille. Certains lettrés prennent le risque de cacher des livres. Seuls les « lettrés au vaste savoir » (boshi), un groupe de fonctionnaires nommés par le pouvoir, au nombre de soixante-dix, ont accès aux ouvrages interdits. L'édit est révoqué en 191 av. J.-C., sous la dynastie Han6.
Cinq, six, sept, neuf et treize Classiques

Sous la dynastie Han, il existe Cinq Classiques, ou wujing (sinogrammes simpl. 五经, trad. 五經, pinyin : Wǔjīng) : 1. — Le Classique des documents, 2. — Le Classique des vers, 3. — Le Classique des mutations, 4. — Les Annales du royaume de Lu , 5. — Le Classique des rites. Ou bien Six Classiques (liujing) avec le Classique de la musique, ce dernier ouvrage ayant été perdu7.

Sous les Han postérieurs et les Wei et les Jin, on compte Sept Classiques avec les ajouts du Livre de la piété filiale et des Entretiens de Confucius7.

Sous les Tang, les Classiques sont neuf (九經, jiujing) et ne recouvrent pas exactement les Classiques antérieurs : 1. — Le Classique des documents, 2. — Le Classique des vers, 3. — Le Classique des mutations comme précédemment, auxquels s'ajoutent trois ouvrages sur les rites : 4. — Le Zhouli (ou Livre des rites de Zhou (en)), 5. — Le Yili, 6. — Le Liji, et les Annales du royaume de Lu accompagnées de ses trois principaux commentaires : 7. — Le Commentaire de Zuo, 8. — Le Commentaire de Gongyang (en) et 9. — Le Commentaire de Guliang (en)7.

À partir des Song, les Classiques sont treize (shisan jing (en)) : aux Neuf Classiques des Tang s'ajoutent les Entretiens de Confucius, le Livre de la piété filiale, le Mengzi et le Er ya7.
Les Classiques sous les Han

Si les textes servant à l'enseignement de Confucius commencent à être considérés comme canoniques dès la période des Royaumes combattants, ce n'est que sous la dynastie Han qu'ils acquièrent un statut orthodoxe, officiellement fixé8.

En 213 av. J.-C., l'empereur Qin Shi Huang ordonne un autodafé de tous les livres. Grâce à ceux qui connaissaient ces ouvrages par cœur, ils ont pu être reconstitués de mémoire sous les Han antérieurs. La version de ces livres a été appelée jin wen (« en langue contemporaine »). La reconnaissance des Classiques comme fondement de l'idéologie officielle conduit sous l'empereur Wu en 136 av. J.-C. à la création d'un groupe de « lettrés au vaste savoir spécialistes des Cinq Classiques » (wujing boshi), au nombre de cinquante (puis cent sous Zhaodi, deux cents sous Xuandi)9,10. Ces boshi sont l'équivalent de « docteurs d'État » : bien que la constitution de ce corps date des Qin, le fait qu'ils se consacrent exclusivement aux Classiques confucéens à partir de 136 marque la victoire sous cette dynastie du confucianisme sur les autres écoles de pensée8. L'interprétation qui est faite des Classiques sous les Han antérieurs est de nature ésotérique, sous l'influence de la théorie des Cinq Éléments : on cherche dans les Classiques un savoir secret qui ne peut être compris que des spécialistes, au travers de commentaires appelés chenwei. Le principal exégète de cette école d'interprétation est Dong Zhongshu (175-105 environ)9,10.

Des éditions anciennes ont ensuite été retrouvées. La première de ces découvertes est celle faite dans un mur de la maison de Confucius (sous l'empereur Jingdi (156-140), mais seulement en 93 de notre ère selon certaines sources) et comprend les ouvrages suivants : le Classique des documents (Shangshu), le Liji, les Entretiens de Confucius, le Classique de la piété filiale. Cette version des ouvrages a été appelée gu wen (« en langue ancienne »). Les deux versions, gu wen et jin wen, présentaient de nombreuses variantes. Les querelles entre lettrés au sujet des deux versions des Classiques s'accompagnaient d'une divergence d'opinion au sujet de leurs auteurs. Ceux qui soutenaient la version en langue contemporaine pensaient que Confucius était le principal auteur des Classiques. Pour eux, les Annales du royaume de Lu, avec le commentaire de Gongyang, étaient le principal ouvrage exprimant la pensée de Confucius. En revanche, pour les défenseurs de la version en langue ancienne, les Classiques étaient plus anciens, certains avaient pour auteur le duc de Zhou, et les textes les plus importants étaient le Rituel des Zhou et le Commentaire de Zuo. Les partisans de la version gu wen étaient aussi des « rationalistes », opposés aux interprétations ésotériques et prophétiques des Classiques. La version jin wen était reconnue comme la bonne version sous les Han antérieurs, en particulier à la suite d'un débat entre les deux écoles ayant eu lieu en 51 av. J.-C., mais sous les Han postérieurs, ce fut au tour de la version gu wen de l'emporter. Si Liu Xin (en) (32 av. J.-C.? - 23 apr. J.-C.) fait figure de précurseur sous les Han antérieurs, les commentateurs qui s'appuient sur la version en langue ancienne, tels Jia Kui (zh) (30-101), Ma Rong (en) (79-166) ou Zheng Xuan (en) (127-200), sont ensuite majoritaires. Les commentaires sur les versions jin wen sont peu à peu oubliés sous les dynasties postérieures aux Han. Les études sur les Classiques sont à leur apogée sous les Han postérieurs et les Sept Classiques sont gravés sur pierre à l'académie impériale (taixue (en)) de Luoyang, la capitale, en 175, durant l'ère Xiping9,11.
Hui Dong, considéré comme le véritable fondateur au xviiie siècle des « études Han », en opposition aux « études Song ».
Les Classiques des Tang aux Qing

Durant les premiers siècles de notre ère, les lettrés se sont attachés à déterminer le sens des mots ou des phrases, y cherchant parfois un sens caché, conduisant par exemple à interpréter les poèmes d'amour comme des poèmes politiques. Une démarche plus rationnelle se produit sous les Tang, surtout avec Kong Yingda (574-648), permettant de fixer définitivement le texte des Classiques. L'ensemble de cette période est appelée le Han xue (car ayant débuté sous les Han)12.

Le texte étant désormais fixé, et en réaction contre cette lecture des Classiques mot à mot, les lettrés des xie et xiie siècles tentent d'en dégager le sens général. C'est ce qu'on appelle le li xue, ou « étude de la raison ». Des philosophes forment des systèmes. Ce courant est connu sous le nom de néoconfucianisme, qui est l'idéologie officielle à partir de la dynastie Song. Le plus important de ces penseurs est Zhu Xi (1130-1200). C'est aussi lui qui sélectionne les Quatre Livres (四書, 四书, Sìshū) devant servir de base à l'enseignement : les Entretiens de Confucius, le Meng zi, la Grande Étude (大學, 大学, Dàxué) et le Juste Milieu (中庸 Zhōngyōng), ces deux derniers étant des chapitres du Livre des rites12. En 1313, un décret de l'empereur Renzong (en) des Yuan impose les Quatre Livres et les Classiques aux examens impériaux. Ils y resteront jusqu'à la suppression de ces examens en 190513.

Dès le xvie siècle, se manifeste une tendance à en revenir aux études Han (hanxue), par delà l'exégèse faite sous les Song puis les Ming. Mais c'est surtout au xviiie siècle que certains lettrés font une critique des Classiques qui les rapprochent du statut de textes historiques plutôt que canoniques. L'un des principaux points de cette critique philologique consiste à contester l'authenticité des parties en langue ancienne (gu wen) du Livre des documents, un des piliers de l'orthodoxie. C'est d'abord l'œuvre de Yan Ruoqu (en) (1636-1704), puis de son disciple Hui Dong (zh) (1697-1758). C'est alors tous les Classiques en écriture ancienne qui sont contestés. La figure majeure de ces « études Han » est l'érudit Dai Zhen (en) (1724-1777)14. Aucun d'entre aux ne va cependant jusqu'à contester les fondements de la tradition. Cette contestation radicale est l'œuvre de penseurs marginaux, tels Zhang Xuecheng (en) (1738-1801) pour qui « les Six Classiques ne sont qu'histoire », ou Cui Shu (1740-1816). Cui soumet à la critique historique les souverains mythiques de l'antiquité. Son œuvre reste méconnue de son vivant et ce n'est que dans les années 1920-1930 que des historiens antitraditionnalistes, tels Gu Jiegang et Hu Shi, s'en réclament15.
Classiques sur pierre
Fragment des Classiques en pierre de Xiping, les Sept Classiques gravés sur stèles de 175 à 183 apr. J.-C.

Entre 175 et 183 les Sept Classiques sont gravés sur quarante-six stèles. Ce sont les Classiques en pierre de Xiping (du nom de l'ère). Ils sont exposés à l'académie impériale (taixue (en)) de Luoyang afin de servir de référence. Il n'en reste aujourd'hui que des fragments16.

L'empereur Mingdi fait graver en 240 le Classique des documents, les Annales des Printemps et Automnes et le Commentaire de Zuo en version ancienne. Ils ont été gravés en trois styles de calligraphie différents, écriture des Zhou (Zhou wen), écriture sigillaire (xuan) et écriture des scribes (lishu). Ce sont les « Classiques sur pierre en trois formes », dont il ne reste que de rares fragments16.

L'empereur Tang Wenzong a fait graver douze Classiques durant l'ère Kaicheng (836-841), d'où leur nom de Classiques en pierre de Kaicheng (en). Ils étaient exposés à l'académie de Chang'an et se trouvent aujourd'hui au musée de la Forêt de stèles. La première version imprimée des Classiques, sous la direction du ministre Feng Dao (en) en 932, s'est faite d'après leur texte16.

Les Treize Classiques sont encore gravés sur pierre au xviiie siècle sous l'empereur Qianlong. Ils sont aujourd'hui conservés à l'École des fils de l'État de Pékin (Guozijian (en))16.
Autres Classiques

Outre l'école confucéenne, chaque école conduit à la création de ses propres ouvrages de référence.

Le Mo Zi est attribué au philosophe du mohisme.

Les classiques du taoïsme sont le Classique de la voie et de la vertu (道德經, 道德经, Dàodéjīng), attribué à Lao Zi, le Zhuang Zi, attribué au philosophe du même nom, et le Vrai classique du vide parfait, attribué à Lie Yukou. À partir de la fin des Han, chaque école taoïste développe son propre canon aussi fleurissent le canon de Shangqing, le canon de Lingbao, etc. De nombreux textes importants sont rassemblés dans le Canon taoïste dont la version actuelle date pour l'essentiel des Ming.

Les classiques du légisme sont le Guanzi, attribué par la tradition à Guan Zhong, en réalité, probablement une compilation des écrits des pensionnaires de l'académie Jixia et le Han Fei Zi, attribué à Han Fei. Le Shen Zi, attribué à Shen Buhai, a été perdu. Le Shen Zi est attribué à Shen Dao, et probablement perdu. Le Livre des Lois ou Fa Jing est attribué à Li Kui.

Le Classique des Mille Caractères (千字文 qiānzìwén) et le Classique des Trois Caractères (三字經 / 三字经 sānzìjīng) forment également des ouvrages de références.
Les classiques de l'art militaire

L'Art de la guerre, attribué à Sun Zi, est le premier traité de stratégie militaire écrit au monde. C'est un classique de la littérature chinoise autant que mondiale.

Les 36 stratagèmes, découvert en 1939, décrit les ruses et les méthodes qui peuvent être utilisées pour l'emporter sur un adversaire. Il n'est donc pas un classique en tant que tel.
Historiographie classique
Article détaillé : Historiographie chinoise.

Les Vingt-Quatre Histoires est une compilation de références fondées concernant l'histoire de la Chine.

Les Annales des Printemps et des Automnes détaillent la chronique des règnes des douze princes de l'État de Lu, de -722 à -481.

Les Annales des Printemps et des Automnes de Wu et Yue ou Wu Yue Chunqiu sont une compilation d'événements historiques des États de Wu et de Yue durant la Période des Printemps et des Automnes, et attribuée à Zhao Ye.

Les Annales des Printemps et des Automnes des seize royaumes, ou Shiliuguo Chunqiu, une compilation historique des Seize Royaumes, attribuées à Cui Hong, et perdues aujourd'hui.

Les Annales des Printemps et des Automnes de Lü, ou Lüshi Chunqiu, (呂氏春秋), ont été rédigées sous la direction de Lü Buwei vers -239.

Le Guoyu ou Discours des États est une compilation d'événements historiques des nombreux États durant la période des Printemps et des Automnes.

Les Annales de bambou, chronique de l'Antiquité à -299, concernant plus particulièrement l'État de Jin à partir du VIIIe siècle av. J.-C., puis l'État de Wei à partir du Ve siècle av. J.-C..

Les Stratégies des Royaumes Combattants (Zhan Guo Ce) sont attribuées à Liu Xiang.

Le Zizhi Tongjian, chronique de l'histoire chinoise de -403 à -207, est attribué à Sima Guang.

Références

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Voir aussi
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Articles connexes

Littérature chinoise
Philosophie chinoise
Poésie chinoise
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Chinese Text Project [archive] - Classiques chinois
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yanis la chouette



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MessageSujet: Re: 十六國, Annales du pays de Lu et les Cinq Classiques.   Sam 6 Jan à 9:05

Le Zuo Zhuan, ou Commentaire de Zuo (chinois 左傳, nom originel Zuoshi Chunjiu 左氏春秋), est le principal commentaire des Annales des Printemps et des Automnes, une chronique de l'État de Lu de 722 à 480 av. J.-C. La tradition l'attribue à Zuo Qiuming (Ve siècle av. J.-C.), qui l'aurait écrit comme un commentaire explicatif des Annales des Printemps et des Automnes. Il couvre une période plus longue que les Annales des Printemps et des Autommnes (jusqu'en 468 av. J.-C.), et fait référence à des évènements non mentionnés dans celles-ci.

Le Commentaire de Zuo raconte cependant des événements qui ne se limitent pas au royaume de Lu. Il est aussi une œuvre littéraire, restituant les dialogues des personnages ou citant des documents anciens. Les rêves, le surnaturel, les prophéties y ont leur place. L'ouvrage est toutefois soucieux de vérité historique. Ainsi, sur les trente-sept éclipses mentionnées, trente-trois ont été vérifiées par la science moderne. On trouve dans le Commentaire de Zuo la première mention connue du passage de la comète de Halley en 611 av. J.-C.1.

Le Commentaire de Zuo est l'un des ouvrages retrouvés sous les Han dans un mur de la maison de Confucius, après l'autodafé de 213 av. J.-C. Outre sa valeur historique, l'ouvrage atteste, à travers les propos prêtés à certains personnages, de l'existence d'un « confucianisme » antérieur à Confucius. Les descriptions, discours et dialogues et plus généralement le style de l'auteur font du Commentaire de Zuo l'un des chefs-d'œuvre de la littérature chinoise2.

Le Commentaire de Zuo été considéré successivement

Comme un faux tardif du début du Ier siècle apr. J.-C. (Liu Fenglu)
Comme une compilation du IIe siècle av. J.-C. d'un commentaire original des Annales des Printemps et des Automnes, et de documents provenant d'autres royaumes (Hung, Maspero)
Comme une œuvre du milieu de la Période des Royaumes combattants, postérieure à Zuo Qiuming (Karlgren, Yang Bojun).

La majorité des historiens modernes souscrivent à cette dernière théorie, et considèrent que le Zuo Zhuan a été compilé au IVe siècle av. J.-C..

Aujourd'hui publié accompagné des Annales des Printemps et des Automnes, le Zuo Zhuan était à l'origine une œuvre indépendante. Son intercalation dans le texte des Annales est attribuée à Du Yu (222-284). Il comporte des éléments de natures différentes.

Une chronique de l'État de Lu, parfois légèrement différente de celle des Annales des Printemps et des Automnes.
Des entrées supplémentaires, de type « annales », mais portant sur des États ou des évènements étrangers aux Annales des Printemps et des Automnes, qui proviendraient d'annales d'autres pays.
Des commentaires de diverses natures : tantôt explications relatives au texte des annales, tantôt commentaire moralisant de ce texte, tantôt commentaire rituel...
Des fragments supplémentaires, ou des anecdotes relatives aux évènements, généralement présentées sous formes de dialogues ou de discours, parfois de narrations. Ces anecdotes forment la partie la plus importante, et la plus intéressante, de l'œuvre.

Références

↑ Jacques Pimpaneau, Chine. Histoire de la littérature, Philippe Picquier, 1989, rééd. 2004, p. 79-80.
↑ Jacques Pimpaneau, Anthologie de la littérature chinoise classique, Philippe Picquier, 2004, p. 101-102.

Voir aussi

Sur les autres projets Wikimedia :

Commentaire de Zuo (en chinois), sur Wikisource

Bibliographie

Séraphin Couvreur Tch'ouen Ts'iou et Tso Tchouan, La Chronique de la Principauté de Lou, Ho Kien Fou: Mission Catholique, 1914.
(en) Anne Cheng, « Ch'un ch'iu, Kung yang, Ku liang and Tso chuan », dans Michael Loewe (dir.), Early Chinese Texts: A Bibliographical Guide, Berkeley, Society for the Study of Early China and The Institute of East Asian Studies, University of California, Berkeley, 1993, p. 67-76
Marc Kalinowski, « La rhétorique oraculaire dans les chroniques anciennes de la Chine. Une étude des discours prédictifs dans le Zuozhuan », Extrême-Orient, Extrême-Occident, 1999, vol. 21, no 21. [lire en ligne [archive]]


Le Classique des documents, en chinois Shu Jing (Chou King) 書經, Shu 書 ou Shang Shu 尚書, est un recueil de documents (discours, conseils, décrets etc.) concernant la politique et l’administration des souverains de l’antiquité chinoise, depuis Yao, et Shun (IIIe millénaire av. J.-C.?) jusqu’à la fin des Zhou occidentaux (règne du Duc Mu de Qin, ~-627). Ces documents auraient été rédigés par les équipes de greffiers et secrétaires que les rois entretenaient.

Connu du temps de Confucius qui le cite et à qui la tradition a longtemps attribué sa compilation, il a échappé de peu à la destruction totale sous les Qin et pendant la période de division qui suivit la chute de l’empire Han. La version actuelle est incomplète, et la datation de certains chapitres fut mise en doute dès les Song d’après des critères stylistiques. Sous les Qing, après une vingtaine d’années de recherches, Yan Ruoqu 閻若璩 en arriva à la conclusion qu’une moitié des chapitres avait subi de fortes altérations au IVe siècle.

Les textes qui évoquent les périodes les plus anciennes sont rédigées dans la langue de la Période des Royaumes combattants (Ve siècle à 221 av. notre ère). Ces textes proviennent pour la plupart de la cour royale de Zhou1.

Malgré le doute concernant la période exacte de rédaction de tel ou tel passage, les historiens s’accordent à y voir le plus ancien ensemble de prose chinoise. C’est aussi, en dépit du problème de datation déjà évoqué et du peu de clarté de certains textes, une source précieuse pour l’histoire et la culture politique de la Chine ancienne, bien qu’à cet égard les chercheurs chinois semblent plus réservés que leurs homologues étrangers. Il a été inclus dès les Han parmi les Cinq classiques dont la connaissance était indispensables pour poursuivre une carrière de fonctionnaire. Certains de ses textes sont toujours au programme des lycées chinois et taïwanais.

Nom et composition

Shu 書 est le nom originel de l’ouvrage, sous lequel il est le plus souvent cité dans les textes pré-Han. Ce sinogramme, qui de nos jours signifie « livre », se compose d’un caractère désignant l'outil d'écriture au-dessus et d'un autre signifiant "rendre évident ou clair" au-dessous. L'ensemble veut dire rendre les choses évident ou clair par l'écrit (cf. Shuowen Jiezi). L'ouvrage est censé d'être à l’origine les documents rédigés par les secrétaires du roi, mentionnés pour l’époque Zhou dans différents textes comme le Mencius ou le Liji, qui dit que « le greffier de gauche note les paroles et celui de droite les faits [du souverain] ». Pour les dynasties antérieures, le seul témoignage de l’existence d’un secrétariat royal est constitué par les écrits oraculaires des Shang.

Le Shu fut désigné sous les Han comme jing 經, classique, en tant que livre compilé, croyait-on, par Confucius. C’est du moins ce qu’affirmait Kong Anguo 孔安國, descendant du maître (onzième génération). Cette affirmation, contestée dès les Song, a été reprise par Sima Qian dans le Shiji. En Chine le livre est le plus souvent appelé Shangshu (documents des anciens). Le sinogramme shang 尚 est homonyme et synonyme de shang 上, supérieur.

Les chapitres du Shu Jing sont arrangés chronologiquement, bien que le livre de Yu contienne en fait beaucoup d’informations sur Yao. Néanmoins, il ne s’agit pas d’annales et les dates précises (en année de règne du souverain) y sont rares. Les jours sont indiqués dans le système sexagésimal. Les chapitres existant dans la version chinoise actuelle sont : Yao (1), Shun (4), Xia (4), Shang (11), Zhou (38), soit un total de 58.

Traditionnellement on y distingue six catégories de textes : mo 謨 (consultations), xun 訓 (instructions), gao 誥 (annonces), shi 誓 (déclarations), ming 命 (commandements) et dian 典 (éloges et recommandations).
Chapitre Hong fan

Ce chapitre nommé Hong fan, la « grande » ou « sublime règle », est « un monument de la science et de la doctrine des anciens chinois. C'est tout à la fois un Traité de Physique, d'Astrologie, de Divination, de Morale, de Politique et de Religion »2.

Selon Marcel Granet, c'est un « petit traité qui passe communément pour le plus ancien essai de la philosophie chinoise, [et] a pour sujet l’ensemble des recettes qu’un Souverain digne de ce nom doit connaître. (...) Le Hong fan, inséré à titre de chapitre dans le Chou king, a été aussi incorporé par Sseu ma Ts’ien à son œuvre. La tradition y verrait volontiers un ouvrage du troisième ou deuxième millénaire av. J. C. Les critiques modernes l’attribuent les uns au VIIIe, les autres au IIIe siècle av. J. C. La rédaction du Hong fan ne paraît guère pouvoir être placée plus bas que les VIe, Ve siècles av. J. C. Elle [lui] semble dater des premiers débuts de la littérature écrite. »3
Transmission
Han occidentaux
Portrait de Fu Sheng, attribué à Wang Wei
Portrait de Fu Sheng, attribué à Wang Wei.

Le Shu Jing était au nombre des ouvrages dont Qin Shi Huang avait ordonné la destruction en -213. D’éventuels rescapés ont pu également disparaitre dans l’incendie de son palais Afang (阿房宮) par Xiangyu lors de la guerre de succession Chu-Han. Néanmoins, sous Wendi des Han occidentaux (-179~-155), un très vieux lettré nommé Fu Sheng (伏生) produisit 28 documents en 35 fascicules d’après des fragments qu’il aurait dissimulé sous les Qin, complétés par ses souvenirs. Il fut appelé à la cour pour présenter le manuscrit et commença à l’enseigner dans sa région d'origine (Shandong), donnant naissance à trois écoles, Ouyang Gao (欧陽高), Da Xiahou (大夏侯) et Xiao Xiahou (小夏侯), qui seront toutes établies à la cour sous Xuandi (-91~-49). Entre-temps un 29e chapitre (Taishi 泰誓) avait été découvert.

À partir de la fin du IIe siècle av. J.-C., des textes anciens écrits en sigillaire datant d'avant les Qin resurgirent, certains d'emblée visiblement faux. Le plus connu, vraisemblablement authentique, est celui retranscrit en caractères modernes par Kong Anguo, descendant de Confucius (onzième génération), retrouvé semble-t-il par le Prince Gong de Lu (魯恭王) dans l’ancienne maison de la famille Kong. Composé de 46 chapitres, donc plus complet que la première version, il fut présenté à l’empereur en -97. Appelés guwen (古文, « ancienne écriture »), les nouveaux textes, leurs inventeurs et glosateurs firent concurrence aux spécialistes du texte reconstitué par Fusheng, le jinwen (今文, « nouvelle écriture »). Kong Anguo reçut l’ordre de commenter sa nouvelle version mais n’en eut pas le temps. Il rédigea néanmoins une préface. Son édition préfacée est le Baipian shangshu (百篇尚書), les Cent chapitres du Shangshu, d’après le nombre de sections que le live d’origine était censé posséder. Liu Xiang (劉向) en effectua une révision en comparant toutes les versions.
Dynastie Xin et Han orientaux

La querelle entre les anciens et les modernes qui se préparait fut interrompue par l’usurpation de Wang Mang, pendant laquelle le lettré Du Lin (杜林) aurait découvert au cours de ses errances au Gansu un texte sur laque offrant de grandes similitudes avec celui de la maison de Confucius : il contenait neuf documents de moins, mais en offrait cinq de plus). Cette version ne remplaça pas les deux autres, mais servit à les compléter. L'un de ses commentaires subsistera jusque sous les Sui. Les historiens modernes soupçonnent Liu Xin (劉歆), fils de Liu Xiang, bibliothécaire de Wang Mang et partisan du texte ancien, d’avoir réinterprété la découverte à sa guise pour conforter son parti.

La dispute sur les versions reprit sous les Han orientaux. Malgré le soutien apporté au texte ancien (version de Du Lin) par Ma Rong (馬融) et Zheng Xuan (鄭玄), le parti du nouveau texte finit par avoir le dessus. Leur version fut confirmée comme authentique en 79 lors du concile de la Salle du tigre blanc relaté par Ban Gu dans le Baihutong (白虎通). Le nouveau texte fut gravé sur pierre en 175 à l’ère Xiping (Xiping shijing 熹平石經, « Classiques en pierre de Xiping »).
Après les Han

La préservation des classiques n’est pas le souci principal des hégémons qui s’affrontent à la fin des Han. Les commentaires du texte moderne disparaissent tous sous les Jin occidentaux, mais le texte lui-même subsiste. Le texte ancien disparait entre le début des Han orientaux et la fin des Jin occidentaux. Au début des Jin orientaux, Mei Ze (梅賾) remet une copie du Shang Shu qu’il aurait réussi à préserver au premier empereur, Yuandi (317-322). Il s’agit en fait d’une version composite considérée comme partiellement remaniée par les spécialistes chinois modernes, d’où son nom : texte ancien imité (weiguwen, 偽古文). Le contenu du texte moderne et le Taishi (28 chapitres) s’y retrouvent redistribués en 33 chapitres, auxquels sont ajoutés 25 chapitres attribués au texte ancien, mais l'attribution fut contestée dès les Qing. À cette époque le lettré Yan Ruoqu (閻若璩) émet l'avis que les chapitres anciens auraient en fait été réécrits par Mei Ze sans le support du texte d’origine. Quoi qu’il en soit, le Shang Shu de Mei Ze, intégré dans le catalogue impérial, deviendra la version de référence pour les siècles à venir. Il a fait l’objet de 17 gloses importantes, dont celle de Kong Yingda (孔穎達), le Shangshu zhengyi (尚書正義), vers ~654. Il fut gravé sur pierre en 837.
Découvertes récentes

On a pu bénéficier d'un nouvel éclairage sur le Livre des Documents grâce à la récupération entre 1993 et 2008 de caches comptant des textes écrits sur des tiges de bambou provenant des tombes de l'état de Chu à Jingmen, Hubei4 et leur publication5. Il semble que ces textes datent de la fin de la période des Royaumes combattants, vers 300 av. notre ère, et sont donc antérieurs à la destruction par le feu des textes pendant la dynastie Qin. Les textes Chu de Guodian et le corpus du musée de Changhaï incluent des citations de passages précédemment inconnus de l'ouvrage6 Les textes sur bambou de Tsinghua incluent le chapitre « Coffre d'or » du nouveau texte, avec des différences textuelles mineures, ainsi que plusieurs documents du même style qui ne sont pas inclus dans le texte transmis de longue date. Par ailleurs la collection comprend également deux documents qui sont des versions des chapitres du texte ancien "Possession commune de pure vertu" et "Charge à Yue", qui permettent d'affirmer que ces versions soit-disant "redécouvertes" sont des contrefaçons.
Références

↑ Jacques Gernet, Le Monde chinois. 1. De l'âge du bronze au Moyen Âge, Armand Colin, « Pocket », 1972, rééd. 2005, p. 118.
↑ Joseph Henri Prémare et Claude de Visdelou, Le Chou-king : un des livres sacrés des Chinois, qui renferme les fondements de leur ancienne histoire, les principes de leur gouvernement & de leur morale, N. M. Tilliard, 1770 (lire en ligne [archive]), p. 164
↑ Marcel Granet, La pensée chinoise, édition numérique, 1934 (lire en ligne [archive]), p. 99
↑ Liao, Mingchun (2001), A Preliminary Study on the Newly-unearthed Bamboo Inscriptions of the Chu Kingdom: An Investigation of the Materials from and about the Shangshu in the Guodian Chu Slips (in Chinese), Taipei: Taiwan Guji Publishing Co., ISBN 957-0414-59-6.
↑ "First Research Results on Warring States Bamboo Strips Collected by Tsinghua University Released" [archive]. Tsinghua University News. Tsinghua University. May 26, 2011. Archived from the original on 2011-07-25.
↑ Liao, Mingchun (2001), précité, et Shaughnessy, Edward L. (2006), Rewriting early Chinese texts, SUNY Press, ISBN 978-0-7914-6643-8.

Voir aussi

(fr) Texte en ligne [archive] traduit par Séraphin Couvreur, édition de 1897, d'après le fac-simile des éditions You Feng.
(en) Chapitres existants et disparus (chinese litterature-confucian classics) [archive]
Chou King, Les Annales de la Chine ***, avec dessins. Traduction de Séraphin Couvreur (1835-1919), Éditions You Feng, 1999, 464 pages. Fac-simile de l’édition Ho kien Fou, Imprimerie de la Mission Catholique, 1897.
The Shû King, Shih King and Hsiâo King Translated by James Legge Sacred Books of the East (en), Vol. 3
(en) Edward L. Shaugnessy, « Shang shu (Shu ching) », dans Michael Loewe (dir.), Early Chinese Texts: A Bibliographical Guide, Berkeley, Society for the Study of Early China and The Institute of East Asian Studies, University of California, Berkeley, 1993, p. 376-389
(en) Martin Kern, « Early Chinese literature, beginnings through Western Han », dans Kang-i Sun Chang et Stephen Owen (dir.), The Cambridge History of Chinese Literature, Volume 1: To 1375, Cambridge, Cambridge University Press, 2010, p. 1-115

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MessageSujet: Re: 十六國, Annales du pays de Lu et les Cinq Classiques.   Sam 6 Jan à 9:14

Fu Sheng (chinois : 伏胜), né en 268 av. J.-C. et mort en 178 av. J.-C., est un savant confucianiste chinois des dynasties Qin et des Han occidentaux.

Il est célèbre pour avoir sauvé le Classique des documents provenant de « l'Incendie des livres et enterrement des lettrés » de l'empereur Qin Shi Huang1.
Notes et références

   ↑ http://www.chinaknowledge.de/History/Han/personsfusheng.html [archive]

Incendie des livres et enterrement des lettrés (chinois simplifié : 焚书坑儒 ; chinois traditionnel : 焚書坑儒 ; pinyin : fén shū kēng rú) est une expression chinoise faisant référence à l'autodafé (en 213 av. J.-C.) et à l'enterrement vivant de 460 lettrés confucéens (en 210 av. J.-C.), qu'aurait ordonnés en Chine Qin Shi Huang, le premier empereur de la dynastie Qin. Ces évènements auraient causé la perte de nombreux traités philosophiques des « cent écoles de pensée ».

Les historiens contemporains mettent en doute les détails de ces évènements tels qu'ils sont rapportés dans le Shiji, la source originale des informations à leur sujet, dans la mesure où son auteur, Sima Qian, était un officiel de la dynastie Han, succédant à la dynastie Qin, et la montrant systématiquement sous un jour défavorable. S'il est certain que Qin Shi Huang rassembla et détruisit de nombreux ouvrages qu'il jugeait subversifs, deux copies de chaque texte étaient cependant conservés dans les bibliothèques impériales, et ne disparurent que dans les combats marquant la chute de la première dynastie. On pense désormais qu'il fit tuer beaucoup de lettrés, mais que ceux-ci n'étaient pas confucéens en général, et ne furent pas « enterrés vivants ».

Incendie des livres

D'après le Shiji (livre d'annales dû à Sima Qian, un historien de cour de la dynastie Han), après l'unification de la Chine par l'empereur Qin Shi Huang en 221 av. J.-C., son chancelier Li Si lui suggéra de supprimer les discussions intellectuelles pour unifier la pensée et l'opinion politique. On peut lire dans le Shiji (chapitre 6) :

   « Le chancelier Li Si dit : Moi, votre serviteur, vous propose que tous les récits des historiens autres que ceux de l'État de Qin soient brûlés. À l'exception des lettrés dont la charge inclut la possession de livres, si quiconque sous le ciel a des copies du Classique des vers, du Classique des documents, ou des écrits des cent écoles de pensée, il devra les remettre au gouverneur ou au commandant pour être brûlés. Quiconque parlant de ces livres sera exécuté en public. Quiconque utilisera l'histoire pour critiquer le présent verra sa famille exécutée. Tout représentant de l'État ayant connaissance d'une telle violation et ne la rapportant pas en est également coupable. Quiconque n'aura pas brûlé les livres trente jours après ce décret sera tatoué et envoyé à la construction de la Grande Muraille. Seuls sont exceptés les livres de médecine, divination, agriculture, et sylviculture. L'étude des lois ne sera faite qu'à partir des textes officielsN 1. »

D'un point de vue politique, les livres de poésie et d'histoire ancienne étaient jugés dangereux, parce que contenant des portraits de dirigeants vertueux ; quant aux ouvrages de philosophie, ils prônaient souvent des idées incompatibles avec le régime impérial1.
Conséquences

L'étendue des dommages causés à l'héritage culturel chinois est difficile à estimer, faute de rapports détaillés sur ces autodafés. Cependant, outre que les livres de technologie devaient être épargnés, même les livres "interdits" étaient préservés dans les archives impériales et les érudits officiels étaient autorisés à les garder ; c'est seulement par la suite que la diminution du nombre de copies devait augmenter le risque de perte définitive2.

En définitive, ce sont les ouvrages historiques qui ont le plus souffert, probablement à partir de 206 av. J.-C., lorsque les palais impériaux des Qin, où se trouvaient sans doute les archives, furent capturés et brûlés3.
Autres autodafés

À la fin de la dynastie Qin, les archives nationales du palais Epang (en) furent incendiées. Zhang Jie (章碣), poète de la dynastie Tang, écrivit à ce sujet :

   chinois traditionnel : 坑灰未冷山東亂 ; pinyin : kēng huī wèi lĕng shān dōng luàn
   chinois traditionnel : 劉項原來不讀書 ; pinyin : liú xiàng yuán lái bù dú shū

   (traduction : Des cendres de l'incendie, avant qu'elles soient froides, la révolte éclata à l'est du mont Xiao. De là émergea l'inculture de Liu Bang et de Xiang Yu.)

Enterrement des lettrés

La tradition veut qu'ayant été déçu par deux fangshi (alchimistes) en cherchant à prolonger sa vie, Qin Shi Huang aurait ordonné l'enterrement vivant de plus de 460 lettrés de la capitale, deux ans après la proscription des livres. Cette croyance était basée sur un autre passage du Shiji (chapitre 6) :

   « Le premier empereur ordonna alors au censeur impérial d'enquêter sur les lettrés un par un. Les lettrés s'accusèrent mutuellement, et l'empereur décida personnellement de leur châtiment. Plus de 460 d'entre eux furent enterrés vivants à Xianyang, et l'évènement fut annoncé à tous sous le ciel pour avertir leurs disciples ; beaucoup d'autres furent exilés vers les régions frontalières. Fu Su, le fils ainé de l'empereur, le conseilla ainsi : "L'empire vient juste d'aboutir à la paix, et les barbares des frontières ne se sont pas encore rendus. Les lettrés vénèrent Confucius et le prennent comme modèle. Votre serviteur craint, si Votre Majesté les punit si sévèrement, que cela cause de l'agitation dans l'empire. Veuillez prendre cela en compte, Votre Majesté". Cependant, il ne réussit pas à fléchir son père, et fut envoyé garder la frontière en un exil de facto. »

Wei Hong, au IIe siècle, fit un récit des mêmes évènements, en portant à 1200 le nombre de lettrés enfouis.
Les raisons du scepticisme

Michel Nylan, professeur d'histoire de la Chine à Berkeley, fait remarquer que « en dépit de sa signification mythique, la légende de l'Incendie des livres ne résiste pas à un examen approfondi ». Nylan suggère que si les lettrés de la dynastie Han accusèrent les Qin de la destruction des Cinq classiques confucéens, c'était en partie pour diffamer l'État qu'ils venaient de défaire, mais aussi parce qu'ils se trompaient sur la nature de ces textes, qui n'avaient été décrits comme "confucéens" par Sima Quian qu'après la fondation de la dynastie Han. Nylan fait aussi remarquer que la cour des Qin engageait des lettrés spécialistes du Classique des vers et du Classique des documents, ce qui implique que ces textes auraient été épargnés ; de plus, le Classique des rites et le Zuo Zhuan ne contiennent pas d'éloges des états féodaux vaincus, éloges que l'empereur aurait donné comme raison de les détruire4. Martin Kern ajoute que les écrits Qin et ceux du début de la dynastie Han citent fréquemment les Classiques, tout particulièrement le Classique des documents et le Classique des vers, ce qui n'aurait pas été possible s'ils avaient été brûlés comme le rapporte Sima Quian5.

Le récit de l'exécution des lettrés fait par Sima Qian présente des difficultés analogues. Aucun texte antérieur au Shiji ne mentionne ces exécutions, le Shiji ne nomme aucun lettré qui en aurait été victime, et en fait, aucun autre texte ne les mentionne avant le Ier siècle. La célèbre phrase « brûler les livres et exécuter les confucéens » n'apparaît pas avant le début du IVe siècle5, 6,4.
Voir aussi

   Histoire de la Chine (Classique chinois)
   Vingt-Quatre histoires
   Confucianisme
   Autodafé
   Censure (Liberté d'opinion)
   Quatre vieilleries
   Révolution culturelle
   Mao Zedong

Dans la culture populaire

   La série de fantasy de Jane Lindskold, The Land of Smoke and Sacrifice (en), est basée sur cet évènement.

Notes et références
Note

   ↑ Texte chinois : 相李斯曰:「臣請史官非秦記皆燒之。非博士官所職,天下敢有藏���、書、百家語者,悉詣守、尉雜燒之。有敢偶語詩書者棄市。以古非今者族。吏見知不舉者與同罪。令下三十日不燒,黥為城旦。所不去者,醫藥卜筮種樹之書。若欲有學法令,以吏為師

Références

   (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Burning of books and burying of scholars » (voir la liste des auteurs).

   ↑ Chan 1972, p. 105-107.
   ↑ Chan 1972, p. 106.
   ↑ Chan 1972, p. 107.
   ↑ a et b Nylan 2001, p. 29-30.
   ↑ a et b Kern 2010, p. 111-112 [archive].
   ↑ Goldin 2005, p. 151.

Sources et autres textes

   (en) K. C. Wu (en), The Chinese Heritage, New York: Crown Publishers (1982). (ISBN 0-517-54475X).
   (en) Lois Mai Chan, « The Burning of the Books in China, 213 B.C. », The Journal of Library History, vol. 7,‎ 1972, p. 101-108 (JSTOR 25540352)
   (en) Paul R. Goldin, The Hawai'i Reader in Traditional Chinese Culture, University of Hawai'i Press, 2005, 151–160 p. (ISBN 978-0-8248-2785-4), « The rise and fall of the Qin empire »
   (en) Martin Kern, The Cambridge History of Chinese Literature, Cambridge, Cambridge University Press, 2010, 1-114 p. [détail de l’édition] (ISBN 9780521855587, lire en ligne [archive]), « Early Chinese Literature: Beginnings through Western Han »

   (en) Michael Nylan, The five "Confucian" classics, Yale University Press, 2001 [détail de l’édition] (ISBN 978-0-300-08185-5, lire en ligne [archive])
   (en) Jens Østergård Petersen, « Which books did the First Emperor of Ch'in burn? - on the meaning of Pai chia in early Chinese sources », Monumenta Serica, vol. 43,‎ 1995, p. 1–52 (JSTOR 40727062)

Liens externes

   (en) Ulrich Neininger, "Burying the Scholars Alive: On the Origin of a Confucian Martyrs’ Legend" Nation and Mythology (in East Asian Civilizations. New Attempts at Understanding Traditions), vol. 2, 1983, eds. Wolfram Eberhard et al., pp 121-136. [archive]
   (en) Sima Qian: "The First Emperor of Qín" chapitre 25, Burning Books & Burying Scholars [archive], David K. Jordan (en), University of California San Diego.
   (en) Jing Liao, A historical perspective : the root cause for the underdevelopment of user services in Chinese academic libraries [archive], The Journal of Academic Librarianship (en), vol.30, num. 2, pages 109-115, mars 2004.

Destructions de livres dans la Chine ancienne

   213 av. J.-C. : incendie des livres par Qin Shi Huang
   23 : Chang'an (actuellement Xi'an), capitale de Wang Mang, est attaquée, et le palais impérial pillé ; l'empereur meurt dans la bataille et les assaillants brûlent la bibliothèque impériale du palais Weiyang.
   220 : à la fin de la dynastie Han, les guerres des Trois Royaumes provoquent la dispersion de la bibliothèque impériale.
   306 : à la fin de la guerre des huit princes, les soulèvements des Jin occidentaux détruisent la bibliothèque impériale.
   555 : encerclé dans son château par l'armée des Wei de l'Ouest, l'empereur Yuan (en) de la dynastie Liang met le feu à la collection des archives nationales.

Survivre avec les loups (titre original : Misha: A Mémoire of the Holocaust Years) est un récit de Misha Defonseca, écrit en collaboration avec Vera Lee1, qui a mis en forme et rédigé le livre. Il est paru en France en 1997 aux Éditions Robert Laffont, après avoir été publié aux États-Unis, à Boston, par les éditions Mt. Ivy Press. Il raconte l’histoire d’une petite fille pendant la Seconde Guerre mondiale. Il a été traduit en 18 langues et adapté au cinéma en 2007 par Véra Belmont, dans un film également intitulé Survivre avec les loups. Il a été vendu à plus de 200 000 exemplaires dans sa version française2,3. En février 2008, à la suite d’une polémique relayée par Internet et la presse belge, l’auteur a été obligée de reconnaître que son récit n’était pas autobiographique comme elle l’avait longtemps prétendu mais était une histoire inventée.

L’histoire

L’édition utilisée pour analyser l’intrigue de Survivre avec les loups est l’édition Pocket de 2005.

Le livre commence par la quête infructueuse de la narratrice, Mishke, pour retrouver à Bruxelles les traces de sa petite enfance. Elle se rappelle ensuite cette époque où elle vivait quasi cloîtrée dans un appartement sauf pour aller à l’école. Un jour, son père ne vient pas la chercher à la sortie des cours. Elle est emmenée dans une famille d’accueil sans tendresse. Rapidement, une véritable complicité s’installe entre elle et Ernest, le grand-père chez qui elle va régulièrement chercher des provisions. Il lui apprend que ses parents ont été arrêtés et déportés à l’Est par les Allemands.

Quand Mishke apprend à l’automne 1941 qu’elle ne peut plus se rendre à la ferme du grand-père, elle décide de partir chercher ses parents à l’Est. Elle s’enfuit, avec comme seul guide, une boussole qu'Ernest lui a offert. Elle vole dans les fermes pour se nourrir, mange des vers de terre, des baies, de l’herbe, des carcasses d’animaux morts. Elle traverse ainsi l'Allemagne finit par arriver en Pologne. Alors qu’elle vole de la nourriture dans une ferme, elle est blessée par le fermier et s’évanouit dans la forêt. Quand elle se réveille elle se retrouve face à un loup4 ou plutôt une louve.
Reste du mur du ghetto de Varsovie.

L’animal et la petite fille s’adoptent mutuellement mais la louve et son compagnon sont tués par un chasseur. Après avoir assisté au meurtre par « jeu » d'un juif par les Nazis, Mishke multiplie les rencontres, des partisans polonais, une colonne juive avec qui elle entre dans ghetto de Varsovie toujours à la recherche de ses parents. Terrorisée par la violence des Allemands et révoltée par l’indifférence des habitants5 du ghetto devant le sort des enfants faméliques et des morts, elle s’enfuit du ghetto en passant par-dessus le mur. Poursuivant sa route vers l’est, elle trouve un soir refuge dans une caverne avec des louveteaux. Elle parvient à se faire adopter par la meute. Elle se nourrit des restes des loups. Mishke se décide enfin à continuer sa route vers l’Est avec deux des petits, devenus adultes. Un jour, elle assiste au viol et à l’assassinat d’une jeune Russe par un soldat allemand6. Terrifiée, elle le tue à coups de couteau7. Elle est ensuite le témoin impuissant et révolté du massacre par les nazis d'un convoi d'enfants.

Mishke, à nouveau seule, entame le chemin du retour où elle ne rencontre que des charniers, des villages brûlés et abandonnés. Elle traverse la Moldavie, la Roumanie. En train puis à pied elle traverse plaines et montagnes d'Europe centrale jusqu'au littoral yougoslave. Elle s’évanouit et se réveille dans un bateau qui transporte des réfugiés vers l’Italie. Le pays a été libéré. Recueillie par la police belge, elle est reconnue par le grand-père en tant que Monique Valle. Elle est confiée à deux vieilles filles enseignantes qui prennent en charge son éducation.

Le dernier chapitre raconte brièvement la vie d’adulte de la narratrice: un mariage sans amour avec un Juif séfarade qui lui laisse un fils, un second mariage heureux avec Maurice et le retour au judaïsme aux États-Unis…
Les personnages
Conquêtes allemandes (bleu) pendant la Seconde Guerre mondiale.

   La narratrice Mischke se décrit dans le premier chapitre comme un « loup égaré dans la ville »8, une petite fille de 8 ans, blonde, « couverte de plaies et de croûtes », une sauvage rétive aux règles de vie qu’on veut lui imposer. Elle revient ensuite sur son enfance. En 1941, c’est une petite fille de 7 ans, pleine de vie et d’imagination. Après l’arrestation de ses parents, elle devient Monique Valle, 4 ans. Elle explique qu’elle peut passer pour une fillette de 4 ans parce qu’elle est de petite taille9 mais solide10 et intrépide. Dès les premières semaines de son périple, elle acquiert une grande insensibilité à la douleur11 et fait preuve d’une résistance physique hors norme. Peu à peu son apparence se transforme. Elle est tellement sale qu’elle finit par avoir une odeur plus animale qu’humaine. C’est du moins comme cela qu’elle explique le peu de méfiance d’une louve à son égard 12. Lorsqu’elle est le témoin de l’exécution sommaire d’enfants par les nazis, elle prend conscience des dangers qu’elle court et du côté chimérique de son entreprise. De retour en Belgique, elle a le plus grand mal à s’adapter à la vie sociale.

   La mère, Gerusha, est une Juive russe. C’est une belle femme brune, aux yeux sombres, qui a gardé un fort accent russe. Elle est arrêtée en 1941 par les Allemands. Elle est pour la narratrice l’image même de l’amour et de la douceur. C’est elle qui manque le plus à Mishke et que la petite fille veut retrouver.

   La mère d’accueil en 1941, Marguerite : la narratrice la surnomme la « virago » et souligne son âpreté au gain. C’est une femme sèche aux cheveux gris mauve, une bourgeoise catholique. Elle confie un jour à une parente : « Si elle [Mishke] s’en va, ça m’est égal, mais si Janine [la bonne] devait me quitter, j’en pleurerais des larmes de sang. » 13. Elle humilie sans cesse la petite fille. C’est avec elle que Mishke fait l’apprentissage de la haine.

   Le grand-père, Ernest : c’est en fait l’oncle du père. Il a une ferme qui permet à la famille de s’alimenter sans restriction. Lui et sa femme Marthe sont les seuls à être gentils avec Mishke. Il dit à la petite fille : « Les bêtes, c’est mieux que les hommes. Les bêtes ne te veulent pas de mal, elles sont reconnaissantes… Un animal ne tue que pour manger. L’humain tue pour n’importe quoi. »14. La narratrice explique que le grand-père lui a transmis cette « philosophie de vie ».

Analyse

Bernard Fixot, l’éditeur français, Vera Belmont et Gérard Mordillat qui ont adapté Survivre avec les loups pour le cinéma soulignent qu’il s’agit d’une belle histoire, une histoire de quête et de survie dans le chaos de la Seconde Guerre mondiale et de la Shoah.
Une boussole, objet vénéré par Mishke.

Plusieurs thèmes ressortent de ce récit. La quête de la mère traverse tout le roman. La beauté et la douceur de la mère sont idéalisés. La narratrice va même jusqu’à identifier la louve qu’elle rencontre en Pologne, « sa maman Rita »15, à sa mère. La fourrure de la bête lui rappelle la chaleur de la chevelure maternelle. Lors de sa deuxième rencontre avec une meute de loups, elle est tellement heureuse de faire partie de la meute qu’elle arrête de rechercher ses parents. Chez les partisans russes, Malka, une autre figure maternelle, lui fait prendre son premier bain depuis son départ.

Le second moteur est la résistance à toute épreuve de Mishke et sa haine des hommes: haine de Marguerite sa mère d’accueil, haine du soldat allemand qui tue le couple de loups avec qui elle vit en arrivant en Pologne, haine des Allemands encore qui tuent un déporté juif pour « s’amuser »16. Elle préfère la compagnie des animaux. La violence est un compagnon de voyage de la petite fille ; que ce soit sa propre violence, elle casse les jambes de l’Allemand qui a tué maman Rita, elle tue un soldat allemand qui a violé une jeune russe ; la violence des adultes, elle voit quotidiennement des exécutions le peu de temps qu’elle passe avec les partisans polonais, des exécutions sommaires dans le ghetto de Varsovie17.

À partir du moment où la narratrice rencontre la louve grise, le récit s’attache à évoquer l’adaptation de la petite fille aux mœurs des loups. Elle se plaque à terre quand la louve retrousse ses babines, en signe de soumission. Elle se couche sur le dos quand le nouveau compagnon de sa protectrice la menace18. La narratrice prête aussi des sentiments et des pensées humaines aux loups. Lorsqu’elle joue avec les louveteaux qu’elle vient de rencontrer, elle pense que l’attitude de la vieille louve signifie : « Ça va, je ne suis pas inquiète, vous pouvez jouer, je surveille19. » Elle pense qu’elle est adoptée par la meute de loups parce qu’elle n’a pas peur d’eux et qu’elle éprouve pour eux un amour absolu. La mère devient à son tour une mère de substitution. Le mythe de la louve nourricière, qui remonte à Romulus et Rémus, a été repris par Kipling dans Le Livre de la jungle, est encore une fois utilisé20.
Une synagogue américaine.
Critiques et ventes

   « Dans un livre bouleversant, Misha Defonseca livre le secret d’une vie hors du commun. » Elle21
   « Une fabuleuse histoire d’amour et de haine, mais aussi une immense leçon de courage. », Catherine Louquet, France-soir22

En 2005, le livre s’est classé en 18e position des meilleures ventes d’essais et documents. Lors de la révélation de la supercherie, il figurait à la 25e place des meilleures ventes d’essais et documents, tandis que son édition de poche était 6e du palmarès des poches23. Bernard Fixot, va envoyer aux libraires deux textes à glisser dans les exemplaires en circulation. Le premier de Misha Defonseca pour reconnaître son mensonge, le second, rédigé par l’éditeur, explique sa position. Ces deux textes seront intégrés à une réimpression du livre. L’indication « document-histoire vraie » sera remplacée par la mention « roman »24.

Crédulité et empathie
Camp de concentration d’Auschwitz

Au sujet de la crédulité des gens, Véra Belmont déclare dans un entretien publié par le quotidien israélien Haaretz47 : « C’est la même chose que pour les gens qui nient l’existence des camps de concentration. C’est une histoire vraie. Tout ce qui s’est passé pendant l’holocauste est incroyable et difficile à comprendre. C’est pour cela que les gens ont du mal à croire cette histoire. » Karin Bernfeld relève que Serge Aroles avaient dénoncé la supercherie depuis plusieurs années sans être entendu. Elle pense que c’est parce qu’il touchait au sacré, et que par conséquent, on le suspectait immédiatement d’être « antisémite »20.

Après les aveux de Misha Defonseca, Véra Belmont déclare : « C’est difficile d’être juif, alors pas une seconde je n’ai pensé que quelqu’un endosse ce vêtement… Le reste, il y a des choses qui me paraissaient comme chez les enfants, comme dans ma propre mémoire, avec des choses vraies et d’autres au sujet desquelles je suis sûre d’avoir affabulé »48.

Philippe Di Folco, auteur de l’essai Les Grandes Impostures littéraires49 écrit qu'« Un succès de librairie qui assène des inepties sur tel ou tel sujet ne peut exister qu’avec la complicité d’un public disposé à gober une illusion de savoir… Convenons-en, nous, lectrices et lecteurs, aimons parfois nous laisser berner »50.

CONCLUSION, FORCE, HONNEUR ET DIGNITÉ.

PEUPLES.
si quiconque sous le ciel a des copies du Classique des vers, du Classique des documents, ou des écrits des cent écoles de pensée, voudrai détruire par le feu ce qui est nos âmes et nos valeurs alors ce feu se retournera pour éclairer nos espérances et nos croyances afin de faire vivre la liberté et la conscience.

TAY
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