Le clans des mouettes

ainsi est la force.
 
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 Paolina, Saint-Domingue, L'ombre de l'empereur et Y'becca

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yanis la chouette



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MessageSujet: Paolina, Saint-Domingue, L'ombre de l'empereur et Y'becca    Ven 9 Déc à 2:24

La Vénus Victrix de Canova

Pauline accompagne son mari à Saint-Domingue (actuellement Haïti) lorsque celui-ci commande l'expédition destinée à mater la rébellion menée par Toussaint Louverture, dans le but de réintroduire l'esclavage. Elle y retrouve son ex-amant Fréron que Bonaparte a nommé sous-préfet à Saint-Domingue pour se débarrasser de lui1. Mais Fréron meurt de la fièvre jaune, deux mois après son arrivée sur l'île.

En dépit de la position de son frère, et du fait des absences fréquentes de son mari en campagne, Pauline se voit attribuer de nombreuses aventures à Saint-Domingue, avec des soldats du rang ou des officiers. Épouse infidèle, elle s'occupe néanmoins avec courage de son mari, qui avait également contracté la fièvre jaune. Charles Leclerc meurt le 1er novembre 1802. Le désespoir de Pauline est spectaculaire, elle se coupe les cheveux et les place dans son cercueil. Elle fait mettre le cœur de son époux dans une urne et rapatrie en France la dépouille funèbre pour l'enterrer dans le parc de leur château à Montgobert.

On connaît très peu de choses sur les premières années de sa vie. En 1793, alors qu'elle n'a que treize ans, elle suivit sa mère, frères et sœurs, dans la fuite vers le Continent alors que la Corse est tombée aux mains des Anglais, et que le choix familial s'est porté sur la Révolution. Elle sera vite courtisée d'abord, au château Salé à Antibes où habite la famille après le siège de Toulon, par Junot dont Bonaparte ne veut pas entendre parler (bien qu'il soit devenu par la suite son aide de camp), puis par l'ancien conventionnel Fréron avec lequel il envisage de la marier. Mais ayant appris que Fréron avait précédemment promis le mariage à une autre femme, Napoléon fit mettre un terme à la relation (la nombreuse correspondance entre les deux amants sera plus tard publiée dans la Revue rétrospective en 18341).

Pour couper court à ces idylles, Bonaparte fait venir Pauline au château de Mombello, près de Milan, où il règne déjà comme un proconsul. Napoléon francise son prénom en Pauline et lui fait épouser en 1797 Charles Victoire Emmanuel Leclerc, l'un des meilleurs généraux de la République, après avoir refusé sa main à Duphot, celui qui trouva la mort à Rome en 1797 lors d'une émeute (Les jeunes sœurs de Charles Leclerc épouseront, l'une, le futur maréchal Davout et l'autre, le général de division Louis Friant).

Le mariage est célébré à Milan le 14 juin 1797. L'année suivante, en avril, ils ont un fils prénommé Dermide Louis Napoléon. C'est Napoléon, en tant que parrain, qui choisit le prénom Dermide, issu de la poésie d'Ossian alors en vogue.

Apprenant que le général Jean Joseph Amable Humbert, l'un des chefs de l'expédition de Saint-Domingue, a une intrigue avec sa sœur Pauline, Bonaparte le fait rentrer en France et démettre de tous ses titres2. Jean Joseph Amable Humbert devient alors l'un des chefs de la piraterie des années 1800 dans la Caraïbe.

La situation de disponibilité de Pauline fait alors l'objet d'une recherche d'un nouveau mari par le Premier Consul et son frère aîné Joseph. Le mari qui est retenu est Camille Borghèse, un prince romain possédant un riche palais, de vastes domaines et une belle rente. Après le mariage en 1803 à Mortefontaine dans la propriété de leur frère aîné Joseph, Napoléon achète la collection d'art des Borghèse qu'il destine au musée du Louvre. Pauline se lasse vite de Rome et vient habiter le château de Neuilly, où elle tient une espèce de cour, tandis que Camille Borghèse part pour l'armée.

La perte de son fils
En 1804, Pauline habite rue du Faubourg-Saint-Honoré dans l'hôtel Charost (devenue ensuite l'ambassade britannique). Elle perd son jeune fils Dermide âgé de six ans, qui avait toujours été de faible constitution. Mais, le 2 décembre, elle se doit d'assister à Notre-Dame de Paris, en présence du pape Pie VII, au couronnement de son frère devenu Napoléon Ier mais aussi de sa belle-sœur Joséphine, qu'avec ses sœurs elle surnomme « la vieille ». Princesse Borghèse et princesse impériale, elle doit porter avec ses sœurs, la lourde traîne de la nouvelle impératrice. Les ex-demoiselles Bonaparte accompliront leur devoir sans grâce et avec une mauvaise volonté visible, nous dit André Castelot dans la biographie qu'il a consacrée à la célèbre impératrice.

En 1805, Camille Borghèse, chef d'escadron part pour le camp de Boulogne puis est affecté à l'armée d'Allemagne, comme colonel de carabiniers et nommé général en 1807.

Napoléon devenu roi d'Italie, en 1806, Pauline est élevée au rang de duchesse de Guastalla. Elle s'installe au Petit Trianon, ancien hameau de Versailles que fit construire Louis XV en l'honneur de sa maîtresse puis amie Madame de Pompadour.

Entre-temps, Napoléon a divorcé de Joséphine et s'est uni à l'archiduchesse Marie-Louise d'Autriche. Pauline, toujours jalouse, est méfiante à l'égard de la jeune impératrice de 19 ans. Cette attitude lui vaut un froid avec son frère.

Chute de Napoléon et fidélité
La relation de Pauline et de Napoléon est marquée par un lien profond de fidélité et de bienveillance, à la différence des autres frères et sœurs de Napoléon. Étant la plus grande admiratrice de Napoléon, elle lui reste toujours fidèle. Elle est la seule des Bonaparte -avec Madame Mère- à lui rendre visite durant son exil sur l'île d'Elbe. Elle utilise ses propres fonds pour améliorer le train de vie de Napoléon à Elbe (elle met à sa disposition ses diamants qui seront dans la voiture de l'Empereur à la bataille de Waterloo mais jamais retrouvés). Elle fut inquiétée pour avoir essayé de rapatrier son frère de Saint-Hélène. Dans ses dernières années, elle se rapproche du prince Borghèse, et, pressée par le pape Léon XII, vit avec lui à Florence. Sa santé décline et elle meurt des suites d'une longue maladie – un cancer du foie3, – à Florence, quatre ans après son frère, le 9 juin 1825 âgée de 44 ans, sans descendance. Elle fut d'abord inhumée dans la basilique Santa Croce de Florence puis dans la chapelle Borghesiana de la basilique Sainte-Marie-Majeure de Rome.

La Vénus Victrix de Canova
La Vénus Victrix de Canova.

Elle était une des plus belles femmes de son temps. Le sculpteur Canova a immortalisé la beauté victorieuse de Pauline Borghèse en une sublime Vénus de marbre, couchée sur un divan, simplement vêtue d'un drap recouvrant ses jambes. Cette Vénus Victrix se trouve à la Galerie Borghèse à Rome. L'autre œuvre de Canova, La Galatea pour laquelle elle aurait posé, se trouve au musée de San Martino (original) et des Mulini (copie) à l'île d'Elbe.
Pauline Bonaparte en littérature

Jean d'Ormesson écrit une Histoire du Juif Errant (1990) où le héros rencontre Pauline Bonaparte et tombe amoureux d'elle.

Pauline Bonaparte au cinéma

Vénus impériale (1963), Jean Delannoy, Gaumont, avec G. Lollobrigida (Pauline Bonaparte) et R. Pellegrin (Napoléon Bonaparte).

Notes

Une copie de la Venus Victrix se trouve à l'ambassade d'Angleterre à Paris.

↑ a et b « Projet de mariage de Pauline Bonaparte et de Stanislas Fréron » [archive], Revue rétrospective - Tome 3, sur Bnf,‎ 1834 (consulté le 17 juin 2015), p. 97 à 110
↑ American military leaders: from colonial times to the present, volume 2, par John C. Fredriksen, page 356
↑ Geneviève Chastenet, Pauline Bonaparte, la fidèle infidèle, éditions Jean-Claude Lattès, 1986, page 236.

Source partielle

Marie-Nicolas Bouillet et Alexis Chassang (dir.), « Pauline Bonaparte » dans Dictionnaire universel d’histoire et de géographie, 1878 (Wikisource)
Mémoires inédits de David de Thiais, intendant de la princesse Pauline (Tulard)
"Pauline Bonaparte, la fidèle infidèle" de Geneviève Chastenet aux Éditions Jean-Claude Lattès 1986


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MessageSujet: Re: Paolina, Saint-Domingue, L'ombre de l'empereur et Y'becca    Ven 9 Déc à 2:30

Jean Joseph Amable Humbert et " la course de Castlebar ".
Celui que l'Amiral Nelson haïssait, admirait et aimait dans ses manœuvres navales et terrestres.

Regards contemporains

« Le général Humbert n'avait pas d'éducation ; c'était un ancien sergent de l'armée de Louis XVI, mais il était franc, ouvert et les Royalistes n'ont eu qu'à se louer de sa loyauté. »
— Toussaint du Breil de Pontbriand

« De belle taille, en bonne santé vigoureux autant qu’on peut l’être, prompt à décider, non moins prompt à agir, apparemment maître de son art, on le devinait bon officier bien que sa physionomie empêchât de l’aimer en tant qu’homme. L’œil petit et ensommeillé, sans doute parcequ’il était toujours aux aguets, dardait des regards de travers où brillait une étincelle de cruauté : c’était l’œil d’un chat qui s’apprête à bondir sur sa proie. Son éducation et ses manières étaient celles d’une personne issue des plus basses classes de la société, encore qu’il fût capable, à l’instar de la plupart de ses compatriotes, d’adopter, au gré des circonstances, le comportement d’un parfait gentilhomme. D’éducation, il en avait si peu qu’il était à peine capable de signer son nom. Ses passions étaient furieuses et toute sa conduite était empreinte de brutalité et de violence. À l’examen, on s’avisait cependant que cette brutalité était un procédé mis en œuvre dans le seul but d’obtenir par la terreur une prompte obéissance à ses ordres. »
— Joseph Stock, évêque protestant de Killala et Achonry.

Sous la Révolution

Il ne reçoit aucune éducation pendant sa jeunesse et devient marchand de peaux de lapins. Sergent de la Garde Nationale de Lyon à sa création, en juillet 17891, Jean Joseph Amable Humbert s'engage au 13e bataillon de volontaires des Vosges, le 1er avril 1792. Il est capitaine le 11 août 1792, lieutenant-colonel quatre jours plus tard, et général de brigade le 9 avril 1794.

Il fait campagne dans l'Ouest contre les Chouans. Il était à Brûlon et à Sablé, avec le représentant Thirion, en septembre 1793. commande en 1795 la ville de Vitré. Il est aussi à Laval, en 1795, où il noue des relations et négocie avec les royalistes au Siège de Quiberon.

Auparavant il avait entamé des négociations avec les Chouans à la fin de la Terreur. Boishardy lui proposa une rencontre et Humbert se rendit au rendez-vous sans escorte. Boishardy, plus prudent, était venu avec 50 hommes et fut touché par cette marque de confiance. Humbert rencontra ensuite Cormatin et des pourparlers s'engagèrent. Ces mesures furent à l'origine du traité de la Malbilais.

Humbert entretint des rapports presque amicaux avec des officiers chouans comme Boishardy et Boisguy. Respecté par ses adversaires, le colonel chouan Toussaint du Breil de Pontbriand écrivit à son propos : « Les royalistes n'ont eu qu'à se louer de sa loyauté ».

Il est affecté en 1796 à l'armée de Rhin-et-Moselle.

Mais son principal titre de gloire est sa participation à l'expédition d'Irlande. Débarqué à Killala, le 22 août 17982, il remporte la bataille de Castlebar, à la tête d'une force franco-irlandaise de 2 000 soldats, il met en déroute les 6 000 britanniques qui occupaient la ville. Leur fuite si rapide fut plus tard surnommée " la course de Castlebar ".

Il remporte quelques succès avant d'être obligé de se rendre à la bataille de Ballinamuck le 8 septembre. Échangé fin 1798, il est affecté à l'armée du Danube puis à l'armée d'Helvétie.

L'expédition de Saint-Domingue et la liaison avec Pauline Bonaparte

Il est envoyé à la fin de 1801 à Saint-Domingue, lors de l'expédition de Saint-Domingue pour écraser la Révolution haïtienne.

Apprenant qu'il a une intrigue avec sa sœur Pauline Bonaparte, la veuve de Leclerc, chef de l'expédition, Bonaparte le fait rentrer en France et démettre de tous ses titres3.La piraterie et la vie à La Nouvelle-Orléans

Accusé de rapines et de prévarications, « de relations avec des chefs de brigands », etc, il est destitué en janvier 1803 et rejoint la piraterie dans les Caraïbes, aux côtés de Jean Lafitte4 et d'autres réfugiés français de Saint-Domingue en Amérique.

Humbert est autorisé en 1812 à passer au service des États-Unis, où il participe à la Guerre de 1812, en particulier la bataille de La Nouvelle-Orléans, dans l'armée américaine.

Devenu un franc-maçon éminent dans la loge de l'Étoile Polaire à La Nouvelle-Orléans, il combattit par la suite brièvement pendant la Guerre d'indépendance du Mexique au sein de l'armée rebelle mexicaine. De retour à La Nouvelle-Orléans, il y meurt le 3 janvier 1823.

Œuvres, événements et lieux évoquant le général Humbert

C'est particulièrement en référence à l'expédition d'Irlande, et son importance dans l'histoire irlandaise, que la mémoire du général Humbert est conservée.

The Year of the French (nouvelle), est un livre de Thomas Flanagan sur l'arrivée des français en 1798.
The Year of the French (série TV) (L'Année des Français dans sa version en français) est une série télévisée (1982) de Michael Garvey, inspirée du livre de Thomas Flanagan, avec l'acteur Jean-Claude Drouot7 dans le rôle du général Humbert.
Deux bustes du général Humbert, sculptés par Carmel Gallagher, ont été installés en 1988 et 1989 dans un square à Killala suite à des commémorations du débarquement des français de 17988.
Dans la province de Connacht, en Irlande, et particulièrement à Castlebar et Ballina, la mémoire du général Humbert est célébrée dans la culture populaire, comme un pub qui porte son nom, ou un festival de chansons.
Une université d'été portant le nom de Humbert Summer School se tient chaque année en Irlande depuis 1986. Elle aborde des questions politiques et sociales de l'Irlande contemporaine, et accueille un festival de musique traditionnelle irlandaise9.
Un pub irlandais porte son nom à La Rochelle, rue Saint Nicolas.

Articles connexes

Piraterie des années 1800 dans la Caraïbe
L'année des Français

Liens externes

Notices d'autoritéVoir et modifier les données sur Wikidata : Fichier d'autorité international virtuel [archive] • International Standard Name Identifier [archive] • Bibliothèque nationale de France [archive] (données [archive]) • Système universitaire de documentation [archive] • Bibliothèque du Congrès [archive] • WorldCat [archive]
Déclaration du 31 aout 1798 [archive]

Références

↑ Dictionnaire des Vosgiens célèbres : Jean Joseph Amable Humbert [archive],
↑ ou le 23 juin selon "Fastes de la légion-d'honneur...Tome 1, 1845" page 59 Gallica [archive]
↑ American military leaders: from colonial times to the present, volume 2, par John C. Fredriksen, page 356 (voir page Pauline Bonaparte)
↑ http://www.thelaffitesociety.com/JLaffite15a.html [archive]
↑ Mémoires du colonel de Pontbriand, p.111.
↑ Pierre Joannon, Les soldats perdus de l’armée d’Irlande, revue historique des armées, lire en ligne [archive]
↑ Fiche descriptive de la série sur IMDB : http://www.imdb.com/title/tt0439409/ [archive]
↑ http://www.vanderkrogt.net/statues/object.php?record=ie003&webpage=ST [archive]
↑ http://www.castlebar.ie/TF_Shows/24th-Humbert-Summer-School.shtml [archive]


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MessageSujet: Re: Paolina, Saint-Domingue, L'ombre de l'empereur et Y'becca    Ven 9 Déc à 3:08

La République batave (en néerlandais : Bataafse Republiek ou Bataafsch Gemeenebest), également appelée Batavie, est une République ayant existé entre 1795 et 1806, qui englobait la majeure partie du territoire actuel des Pays-Bas. La Batavie est la première et la plus durable des Républiques sœurs de la France. En théorie indépendante, elle était en réalité sous tutelle française.

Le terme « Batave » fait référence aux Bataves, peuple germain qui s'est révolté contre la tutelle de Rome au Ier siècle. Les Néerlandais éclairés voient dans les Bataves leurs ancêtres et progressivement, Batave tend à désigner les Néerlandais « patriotes » puis devient le gentilé officiel des habitants de la République batave.

Sommaire

1 Fondation
2 Centralisme ou fédéralisme ?
3 Succession
4 Notes et références
5 Bibliographie
6 Voir aussi
7 Lien externe

Fondation
Article détaillé : Révolution batave.
Drapeau et fanion de la République batave

La République batave est l'aboutissement d'un mouvement révolutionnaire entamé dès les années 1780, marqué par les Lumières et la révolution américaine. Les élites urbaines, réunies sous l'appellation de « patriotes », et les régents s'opposent au stathouder, Guillaume V d'Orange-Nassau, qu'ils soupçonnent de vouloir transformer la république des Provinces-Unies en monarchie. Cette révolution batave se déroule en deux temps : une première révolte écrasée en 1787, puis la fuite du stathouder à la suite de l'invasion du pays par les troupes françaises en janvier 1795.

Le 1er février 1793, la Convention française déclare la guerre à l'Angleterre et aux Provinces-Unies. À la fin de décembre 1794 et au début du mois de janvier, les troupes françaises commandées par le général Pichegru traversent les bras gelés de la Meuse et du Rhin. Les comités révolutionnaires se soulèvent dans les grandes villes. Guillaume V est poussé à l'exil en Angleterre le 18 janvier et le même jour, le comité d'Amsterdam prend le contrôle de la municipalité de la ville « au nom de la République batave1. »

Arrivés en libérateurs, les Français se comportent bientôt en occupants et le comité de salut public refuse de reconnaître la nouvelle république tant qu'elle n'aura pas signé avec lui un traité de paix. Les négociations sont tendues entre les envoyés bataves Jacob Blauw et Caspard Meijer et la commission française composée de Merlin de Douai, Reubell et Sieyès, si bien que Reubell et Sieyès sont envoyés à La Haye à la fin du mois d'avril pour négocier directement avec les États généraux bataves. Ces négociations aboutissent au traité de La Haye, signé le 16 mai. Il prévoit une alliance offensive et défensive, la cession de la Flandre zélandaise, Maastricht et Venlo, ainsi que l'entretien d'une armée française de 25 000 hommes et une contribution de 100 millions de florins, somme énorme destinée à renflouer les caisses de la République française2.
Centralisme ou fédéralisme ?

Au sein des États généraux et dans la classe politique batave, les patriotes se divisent sur la question du type de régime à adopter, entre « unitaristes » — partisans d'un État centralisé — et les « fédéralistes » — partisans de légères modifications de l'Union d'Utrecht, considérée comme la constitution des Provinces-Unies. Le parti unitaire, parfois appelé les jacobins, est emmené par des hommes comme Pieter Paulus, Pieter Vreede, Alexander Gogel ou le général Daendels. Ces divisions se traduisent dans la géographie, les provinces de Hollande et Zélande étant pour une constitution unitaire, les provinces de Frise ou de Gueldre étant favorables à une constitution fédérale.

Si ces différences sont dictées par l'idéologie, inspirée par la Révolution française d'une part et par la tradition néerlandaise de l'autre, elles peuvent toutefois être dictées par pragmatisme. L'unité de la république suppose en particulier l'amalgame des dettes des provinces. Or la dette de la Hollande atteint 454 millions de florins, soit 70 % de la dette de l'ensemble des provinces. À titre de comparaison, la dette du Brabant (qui jusque-là n'était pas une province à part entière, de même que Drenthe) est de moins de 2 millions. Les provinces ont donc des intérêts tout à fait différents qui trouvent leur écho dans la question du caractère unitaire ou fédéraliste de la république3.

La première chose est de remplacer les États généraux pour établir une constitution. Là encore, les représentants s'affrontent sur le type d'assemblée à convoquer. Faut-il convoquer de nouveaux États généraux, représentant les provinces, ou faut-il convoquer une Assemblée nationale, représentant l'ensemble des citoyens bataves ? Les discussions traînent en longueur aux États généraux jusqu'au mois de janvier 1796. À cette date, quelques habitants de Leeuwarden, la capitale de la Frise, arrêtent des représentants de la Frise aux États généraux et les remplacent par des représentants unitaristes. Cela suffit à faire basculer la majorité vers la décision de convoquer une Assemblée nationale pour le 1er mars 1796.

La première Assemblée nationale batave est élue dans le courant du mois de février 1796. Composée de 127 députés, elle est à majorité fédéraliste. Ce sont, pour la plupart, des hommes neufs : seuls 34 ont eu une expérience politique avant la révolution batave4. Une commission constitutionnelle est instaurée, là aussi à majorité fédéraliste. Le débat dure jusqu'au mois de décembre 1796. Le 2 décembre, l'assemblée adopte un décret proclamant la « République une et indivisible ». Le projet porte sur une république unitaire mais accordant une large autonomie aux provinces. Le gouvernement est un directoire de sept membres et le corps législatif est bicaméral. Le statu quo est adopté pour la question des dettes. Ce projet ne sera adopté que le 30 mai 1797 par l'Assemblée pour être soumis à un référendum. Projet de compromis ne satisfaisant en définitive personne, il est rejeté par le peuple batave le 8 août 17975.
Le général Daendels.

Une nouvelle assemblée est élue dans la suite de l'annonce du rejet du projet constitutionnel. Elle se réunit pour la première fois le 1er septembre. Trois jours plus tard a lieu à Paris le coup d'État du 18 fructidor an V qui marque un virement à gauche du Directoire en invalidant les élections des députés royalistes. Les unitaristes entendent profiter de ce changement et rentrent en négociations secrètes avec Paul Barras. Pierre Daunou, qui avait déjà participé à l'élaboration de la constitution de l'an III, est chargé de rédiger un projet secret en s'inspirant de celle-ci et du projet rejeté en août. Ce nouveau projet est mis dans les mains du nouvel ambassadeur français à La Haye, Charles-François Delacroix, qui doit le faire adopter par la nouvelle assemblée. 43 députés unitaristes publient le 12 décembre une déclaration dans laquelle ils réclament l'établissement d'un gouvernement populaire responsable devant l'assemblée. Celle-ci est épurée quelques jours après l'arrivée de Delacroix, le 22 janvier 1798. Le général Daendels, avec l'aide du général Joubert fait arrêter 18 députés fédéralistes et pousse les autres à la démission. La cinquantaine de députés restant, emmenés par Pieter Vreede travaille à rédiger une nouvelle constitution, avec pour base la déclaration des 43 ; le projet Daunou est écarté. Le Directoire exécutif est réduit à cinq membres et le corps législatif est divisé en deux chambres, une chambre de discussion et une chambre de délibération. Les dettes sont amalgamées en une dette nationale et les provinces sont supprimées et remplacées par des départements : il s'agit de substituer un sentiment national à un sentiment provincial6.

Ce projet est adopté par référendum le 25 avril. Le gouvernement provisoire se charge de convoquer un nouveau corps législatif, conformément à la nouvelle constitution. Le 4 mai, l'assemblée épurée en janvier décide, poussée par Delacroix qui agit sans ordre de Paris, que les deux tiers de ses membres seront automatiquement réélus7. Le 12 juin, furieux de cet abus de pouvoir, Daendels renverse les hommes du 22 janvier et les remplace par des modérés, parmi lesquels figure Rutger Jan Schimmelpenninck, qui est envoyé à Paris à la fin de l'été comme ambassadeur.
Succession

La République batave est remplacée en 1806 par le royaume de Hollande.
Notes et références

↑ Schama, p. 191
↑ Annie Jourdan, « la république batave et le 18 brumaire », in Annales historiques de la Révolution française, n° 318, octobre-décembre 1999 [archive]
↑ Tom Pfeil, « La hantise de la banqueroute, les finances publiques dans la période franco-batave (1795-1810) » [archive] dans « La Révolution batave, péripétie d’une République-sœur, 1795-1813 », in Annales historiques de la Révolution française, n° 326, octobre-décembre 2001
↑ Schama, p. 247
↑ Par 109 000 voix contre et 28 000 pour, sur un corps électoral de 400 000 citoyens. Arthur Elias, « La néerlandicité de la constitution de 1798 » [archive] dans « La Révolution batave, péripétie d’une République-sœur, 1795-1813 », in Annales historiques de la Révolution française, n° 326, octobre-décembre 2001
↑ Elias, op. cit.
↑ Schama, p. 338

Bibliographie

Wayne Te BRAKE, Regents and Rebels, The Revolutionary World of an Eighteenth-Century Dutch City, Cambridge, Cambridge Mass, 1989, 213 p.
Pieter GEYL, La Révolution batave, 1783 – 1798, Paris, Société des études robespierristes, 1971, 386 p.
Annie JOURDAN et Joep LEERSSEN (eds.), Remous révolutionnaires : République batave, armée française, Actes du colloque de Paris, Amsterdam, Amsterdam University Press, 1996, 258 p.
Annie JOURDAN, La révolution Batave, entre la France et l’Amérique (1795-1806), Presse Universitaire de Rennes, 2008
Louis LEGRAND, La Révolution française en Hollande, Paris, Hachette, 1894, 398 p.
Jean-Bernard MANGER, Recherches sur les relations économiques entre la France et la Hollande pendant la Révolution française (1785-1795), Paris, Librairie ancienne Honoré Champion, 1923, 170 p.
Simon SCHAMA, Patriots and Liberators, Revolution in the Netherlands, 1780-1813, Londres, Collins, 1977, 744 p.

Articles :
Arthur ELIAS, « La néerlandicité de la constitution de 1798 » [archive] dans « La Révolution batave, péripétie d’une République-sœur, 1795-1813 », in Annales historiques de la Révolution française, n° 326, octobre-décembre 2001, pp. 43-52
Annie JOURDAN, « la république batave et le 18 brumaire » [archive], in Annales historiques de la Révolution française, n° 318, octobre-décembre 1999, pp. 755-772
Annie JOURDAN et Joost ROSENDAAL, « La révolution batave à l’entrée du troisième millénaire : nouveaux problèmes, nouvelles approches, nouveaux objets » [archive], in Annales historiques de la Révolution française, n° 326, octobre/décembre 2001, pp. 1-23
Niek van SAS, « L’impératif patriotique, mutation conceptuelle et conjoncture politique 1795-1813 » [archive], in Annales historiques de la Révolution française, n° 326, octobre/décembre 2001, pp. 25-42

Voir aussi

Révolution française
Pays-Bas
Provinces-Unies
Département des Pays-Bas
Willem Huart

Lien externe

en néerlandais : La constitution (Staatsregeling) de la République batave [archive]
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MessageSujet: Re: Paolina, Saint-Domingue, L'ombre de l'empereur et Y'becca    Ven 9 Déc à 3:14

Le royaume de Hollande (en néerlandais : Koninkrijk Holland) était un État satellite de l'Empire français qui a existé de 1806 à 1810. Napoléon Ier le créa pour remplacer la République batave et plaça à sa tête son frère Louis. Son territoire était entouré par la mer du Nord à l'ouest et au nord, la Confédération du Rhin à l'est et le Premier Empire Français au sud. Il s'étendait sur les Pays-Bas actuels, moins le Limbourg et une partie de la Zélande, ainsi que sur la Frise orientale.

Sommaire

1 Histoire
2 Territoire
3 Divisions administratives
4 La politique royale
4.1 Pacification religieuse
4.2 Unification et humanisation du droit
4.3 Politique culturelle
4.4 Politique sanitaire
4.5 Politique scolaire
4.6 Fidélisation des élites
4.7 Réformes financières
5 Conséquences historiques
6 Rois de Hollande
7 Notes et références
7.1 Notes
7.2 Références
8 Source

Histoire

Le royaume de Hollande est créé par le traité signé à Paris, le 24 mai 1806, entre l'Empereur des Français, Napoléon Ier, représenté par Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord, et la République batave, représentée par une délégation des États généraux composée de Charles Henri Ver-Huell, Alexander Gogel, Johann van Styrum, Guillaume Six et Gerard Brantsen.

Napoléon avait ordonné à son frère de rester français, mais Louis Napoléon se présentait comme un roi très hollandais. Il se montrait récalcitrant à l'introduction de mesures françaises négatives pour la Hollande, comme la conscription et le blocus continental. Le roi avait comme devise « D'ou vel ainsi ni d'homme » (Doe wel en zie niet om en néerlandais), ce qui signifie « Faites le bien et ne regardez pas en arrière ». Ses efforts de bien se faire voir par la population néerlandaise étaient mal vus par son frère l'empereur.

En 1809, l'invasion anglaise de l'île de Walcheren fut repoussée par les armées françaises et hollandaises, mais l'empereur Napoléon Bonaparte trouva l'action menée trop hésitante et le roi Louis Bonaparte perdit encore du crédit en tant que souverain.

Ainsi, pendant l'hiver de 1809-1810, on[Qui ?] parlait déjà de supprimer le royaume de Hollande. Par décret impérial, Napoléon mit d'abord le sud du royaume sous gouvernement français. Quelques mois plus tard le reste de l'ancien royaume de Hollande suivait. Le roi Louis abdiqua, espérant ainsi garder la souveraineté de la Hollande. Le 1er juillet, son jeune fils de six ans Napoléon-Louis était formellement proclamé roi, mais l'empereur Napoléon ne tint pas compte de cette décision et annexa les Pays-Bas quelques semaines plus tard, le 13 juillet 1810.

Les Pays-Bas firent partie intégrante du Premier Empire Français pendant trois ans, jusqu'en novembre 1813. Le roi Guillaume d'Orange-Nassau débarqua à Scheveningen le 13 novembre 1813 et prit quelques jours plus tard le titre de roi des Pays-Bas.
Territoire

Par le traité signé à Fontainebleau le 11 novembre 1807, le royaume s'accroît des territoires suivants :

la principauté de Frise-Orientale ;
la seigneurie de Jever ;
les territoires de Zevenaar, Huissen et Malbourg.

Mais le roi cède le territoire de Léemel et la partie méridionale du territoire d'Éertel en échange de la partie septentrionale du territoire de Gerstel. Il cède aussi la ville et le port de Flessingue avec un territoire de 1 800 mètres de rayon autour de son enceinte.

En outre, la seigneurie de Kniphausen et celle de Varel sont médiatisées.

Par un sénatus-consulte organique du 24 avril 1810, la partie du royaume située sur la rive gauche du Rhin est incorporée à l'Empire français1.
Divisions administratives
Article connexe : Département des Pays-Bas.

Le royaume de Hollande fut d'abord divisé en neuf départements :

Hollande
Gueldre
Brabant-Septentrional
Frise
Overijssel
Zélande
Stad en Lande Groningen
Utrecht
Drenthe

Le 13 avril 1807, le département de Hollande fut divisé en deux départements : l'Amstelland et le Maasland.

Pendant la Quatrième Coalition, les armées françaises et hollandaises occupèrent la Frise orientale prussienne et le Jeverland russe. En 1807, ces deux régions furent rattachées au royaume de Hollande, formant le département de Frise-Orientale.

Le Limbourg, l'île de Walcheren et la Flandre zélandaise n'appartenaient pas au royaume de Hollande. Comme la Belgique, ces régions étaient directement sous le gouvernement de l'Empire français.

Louis divisa le pays en départements/provinces, plaçant à la tête de chacun un gouverneur (landdrost) qui, à l'exemple des préfets français, surveillait à son niveau la politique locale. Les maires des grandes villes furent désormais nommés par le souverain. Grâce aux réformes de Louis, l’État néerlandais a été renforcé, simplifié, modernisé2.
La politique royale
Louis en 1806.

Le roi Louis désira travailler au bonheur et la prospérité de ses peuples ; pour cela, il voulut connaître son royaume, non seulement par des rapports mais par des inspections, et lancer de nombreuses réformes dans les domaines administratifs, législatifs, culturels, sanitaires. Louis voulut ranimer le sentiment national de ses sujets en chantant les gloires anciennes de la nation et de ses héros tout en célébrant ses propres actions et les multiples progrès enregistrés durant son règne. Son ambition était d'exalter l’histoire du royaume de Hollande en y associant sa politique d'unité nationale : il s'agissait d'en finir avec les dissensions politiques, l’esprit fédéraliste, les luttes entre aristocrates et démocrates, afin que tous travaillent à la régénération de la patrie. L’idée de Louis de nationaliser l’ancienne fédération néerlandaise n’était pas neuve ; les révolutionnaires bataves avaient aussi souhaiter établir un corps de nation mais Louis pensait qu'une monarchie à la fois centralisée et constitutionnelle était mieux à même d'atteindre cet objectif. Louis déclarera dans ses mémoires : « Le chef suprême de l’administration doit imprimer à toutes ses branches son esprit, sa volonté : c’est l’unité de mouvement qui est le principal avantage de la monarchie3. »
Pacification religieuse

Les minorités religieuses obtinrent davantage de droits. Certes, la révolution batave avait accordé l’égalité civile aux juifs et aux catholiques, mais dans la pratique la discrimination n’avait absolument pas disparu. C’est pourquoi en 1808 il proclama officiellement l’égalité religieuse, fit entrer en toute connaissance de cause des juifs dans l’administration et s’irrita du manque d'intérêt des catholiques qui continuaient à se tenir à l’écart. Sur ordre du roi, les protestants rendirent même quelques lieux de culte aux catholiques, comme la cathédrale Saint-Jean à Bois-le-Duc.
Unification et humanisation du droit

Au moyen de la codification du droit, Louis travailla à la fois à son unification et à son humanisation.

Louis s’occupa également de démêler le maquis juridique car le manque d’une législation uniforme avait pour résultat que les peines variaient considérablement à l’intérieur du pays. Dans tel village, par exemple, le vol pouvait être puni de mort, alors que le même délit n’encourait qu’une amende dans un autre village. La codification prévue à l'époque révolutionnaire n’avait pu être menée à bien faute de consensus. Les travaux s’étaient amorcés et les commissions avaient émis des idées, mais les troubles politiques en avaient freiné l’achèvement la diffusion, tandis que la Haute Cour nationale renâclait à en accepter les nouveautés. Sous la direction autoritaire de Louis, ces codes vont être rapidement achevés et introduits juste avant l’annexion de 1810. Le Code civil français fut adapté et adopté le 1er mai 1809 et Louis fit en outre rédiger un code national de droit pénal qui fut achevé un peu plus tard. La codification, comme en France, fut un moyen d'unifier davantage le droit mais aussi l’État et la nation. Louis exprima le souhait de donner à la Hollande des lois qui soient de préférence « celles qui réunissent le plus de clarté et de précision, et qui sont les plus favorables à la conservation des mœurs et du caractère national4 ». Il ne s'agissait pas de plaquer le modèle français mais de l'adapter dans un souci de renforcement de l'unité et de l'identité nationale.
Les idées libérales de Louis transparaissaient dans le nouveau code avec l’abolition de la torture et du travail forcé. Lors de l’achèvement du code pénal, le ministre de la justice et de la police, Cornelis van Maanen, et les juristes en général ont freiné les avancées plutôt humanitaires proposées par Louis qui voulait abolir la peine de mort, les amendes et peines financières injustes pour les pauvres ; de fait, il usa généreusement du droit de grâce ce qui contraria son frère5.

Politique culturelle

Louis s’intéressait beaucoup à la culture et est conscient que les sciences et les arts sont un apport essentiel pour la réputation et la prospérité d’une nation et pour les progrès de l’esprit humain. Il prit de nombreuses initiatives dans ce domaine :

Institution culturelles :

Le 22 janvier 1807, fut créé une direction générale des beaux-arts ; un décret de 21 articles précisa les domaines de la mission de ce fonctionnaire : les musées, l’élévation du niveau de l’art grâce à un rapatriement des artistes travaillant à l’étranger, l’organisation de concours et d’expositions dans le but de dresser un inventaire toujours plus précis de la vie artistique en Hollande ; l’amélioration de l’enseignement artistique et la gestion du patrimoine sous forme de collection nationales ; l'établissement d'un rapport détaillé sur ces sujets à publier mensuellement dans un Journal des Beaux-Arts, ainsi qu’un bilan financier annuel ; la mission principale était la promotion de l’art contemporain hollandais ; le 14 octobre 1807, la fonction fut confiée à Johan Meerman, qui devint directeur général des sciences et des art.
Le 21 avril 1808, il fonda le musée royal d'Amsterdam ; il reçut de La Haye les tableaux de la Galerie nationale créée en 1800 et devait de servir de lieur de formation pour les artistes ; la même fonction allait être attribuée à son successeur le Rijskmuseum.
Le 6 mai 1808, il créa l’Institut royal des sciences, des lettres et des beaux arts, qui devint un organe consultatif pour le roi et son gouvernement ; prédécesseur de l’académie royale néerlandaise des sciences, la quatrième classe les beaux arts et la musique devait formuler des rapports et des recommandations à la demande du roi et des ministres.
En 1806, fut créée une bibliothèque royale qui s'enrichit rapidement sous son impulsion avec l'achat en 1807 de la collection de l’avocat Joost Romswinckel, comprenant près de 24 000 volumes, principalement sur l’histoire des Pays-Bas et 10 000 cartes, puis en 1809, de la collection d’incunables et de manuscrits de Jacob Visser, procureur du gouvernement.

Architecture :
Projet d'église simultanée au Loo (F.L. Gunckel, 1810).
Projet de Palais des Sciences et des Arts à Amsterdam (Abraham van der Hart, 1809).

Louis cherche à doter la nouvelle royauté hollandaise de palais ; soucieux d’imposer sa nouvelle monarchie, Louis savait qu’il devait donner une certaine splendeur royale à une Hollande à l’image bourgeoise et provinciale. Il récupéra ainsi les résidences des anciens stadhouders, notamment le palais du Bois, dans les bois entourant La Haye ou le palais du Loo près d’Apeldoorn, pour faire de cette dernière sa résidence d’été. Il acquit ou projeta d'autres résidences. Il intervint directement dans leur aménagement et modifia de sa main les dessins qu’on lui soumettait. Le palais du Dam, l’imposant hôtel de ville des régents du Siècle d’or, était sombre et peu confortable ; ses caves abritaient des prisons que Louis transforma en caves à vin.
Le roi n’entendait pas limiter son mécénat aux palais royaux : qu’il s’agisse d’un hôtel de ville, d’un musée d’un ministère, d’un asile d’aliénés, Louis considérait que son autorité et celle de ses fonctionnaires devait être incontournable et prééminente6. Pour tout projet important s’inscrivant dans un programme national, l’État doit être consulté ou prendre l’initiative,Note 1.
Pour réconcilier catholiques et protestants, Louis demanda à l’automne 1809 qu’on lui présente un projet d’église double à construire dans les environs du palais du Loo et qui devait pouvoir accueillir sous un même toit les fidèles des deux confessions. Les archives conservent deux projets d’église dessinés par Gunckel et destinées à Apeldoorn : un édifice rond coupole et un autre rectangulaire7.
Louis eut également le projet d’ériger un palais des sciences et des arts à Amsterdam, où seront réunis l’Institut Royal, la Bibliothèque royale, le Musée royal, l’Académie de dessin et la galerie de Sculptures. L’architecte Abraham Van der Hart en dessina le projet en 1809 mais l’abdication de Louis en empêcha la réalisation8. Van der Hart s’en inspira après l’annexion pour le colossal monument de la Victoire devant être élevé sur le Mont-Cenis à la gloire de l’Empereur9.
Louis souhaita relever le niveau de l'architecture, mission qu'il confia à la quatrième classe de l’institut royal des sciences, des lettres et des beaux-arts créé en 1808 et que rejoignirent les architectes sont Giudici, Ziesenis, Van der Hart, Van Westernhout, Johan Philip Posth rejoignent. Louis jugeant médiocre le niveau de l’architecture hollandaise nomme un Français Jean-Thomas Thibault à la tête du nouveau service des bâtiments royaux. Cette médiocrité était liée à l’absence d’enseignement professionnel de l’architecture tel que celui dispensé en France par l’Académie d’architectureNote 2. L’art relevant du domaine de l’État selon le roi, Meerman, un ancien régent de Leyde, nommé directeur général des sciences et des arts, chercha à mettre sur pied un enseignement centralisé et nationalisé de l’architecture. Chaque année, on envoya à Rome quelques jeunes élèves pour qu'ils étudient durant deux ans une discipline artistique : architecture, sculpture, peinture. Des pensionnaires sont envoyés sous la supervision de Percier et travaillent dans l’atelier d’un architecte français10,Note 3.
Louis lança la reconstruction de Leyde, après l'explosion de 1807, avec une université et une caserne11.

Peinture : Il chercha à relever le niveau de la peinture hollandaise dans le domaine du grand genre (la peinture d’histoire). La société Teylers de Haarlem ouvrit un concours en 1806 sur la question de savoir pourquoi l’art néerlandais n’avait jamais acquis une grande réputation dans le grand genre mais dans les genres inférieurs. La plupart des participants notèrent les avantages de la monarchie pour les arts : le souverain et sa cour attirent auprès d’eux les artistes pour qu’ils laissent à la postérité un souvenir éloquent de leur pouvoir et de leur splendeur. Le bon goût s’étend par la suite à l’ensemble de la population12. L’espoir demeurait que ressuscite une école hollandaise digne de ce nom. Lui-même allait souvent visiter le musée Teylers à Haarlem et il fit organiser différentes expositions artistiques publiques.
Politique sanitaire

La politique sanitaire fut une préoccupation du gouvernement royal de Hollande, avec notamment la mise en place de règles d'hygiène, l'aménagement des villes, la gestion des digues :

À la mort de son fils aîné au printemps 1807, la santé publique devient une des priorités de Louis qui s’inquiète de l’hygiène nationale. Esther Starkenburg a montré ainsi comment ce roi de constitution fragile prit un soin particulier à fixer des règles d’hygiène devant garantir la santé de chacun. Il cherche à persuader ainsi les hollandais à se faire vacciner contre la maladie.
Dans sa capitale, Amsterdam, il projette des fontaines et des jardins publics afin que circulent l’eau et l’air et demande des plans pour remédier au croupissement des canaux et émanations et nauséabondes qui s’en dégagent ; c’est alors tout un programme de transformation de la ville, esthétique et sanitaire, et de promotion d’une bonne circulation de l’air, d’un accès à l’eau potable, d’une alimentation saine et d’exercices physiques quotidiens, que Louis initie, mais que son frère ne lui laisse finalement pas le temps de mettre en œuvre13. Louis voulait purifier Amsterdam en se concentrant sur les trois éléments qui le préoccupaient dans ses choix de résidence de campagne : l’air, la nourriture, l’exercice physique. Pour cela, il lança un programme incluant : l’éloignement des abattoirs du centre de la ville, l’assèchement des marais, l’agrandissement des places et voies de circulations, la construction de pompes et de fontaines, la favorisation des promenades et de l’exercice par la multiplication des promenoirs publics et des parcs (il en avait prévu également au Muiderpport, au Leidsepoort et sur l’Overtoom).
Louis prit conscience de l’importance du département des digues qu'il ne cessa durant son règne de rehausser, restaurer, modifier. Louis émit aussi le souhait d'améliorer les quartiers juifs qu’il considérait comme misérables.

Politique scolaire

Louis concevait l'école comme un moyen de progrès et d'unification nationale. Par des leçons uniformes, une politique nationale, la standardisation de l’idiome et une inspection publique des professeurs et des écoles fut créé un système scolaire conséquent. Cette aspiration de la révolution batave convenait bien à Louis dont la politique visait à faire de son royaume une nation. La réforme fut un succès administratif indéniable auquel il contribua sur trois points :

Il reprit la loi de 1806 sans la modifier de sorte que Napoléon Ier et Guillaume Ier reçurent un héritage élaboré d’instruction primaire14,Note 4 ;
Il favorisa une sécularisation croissante de l’enseignement et ainsi créé les conditions d’émancipation des minorités religieuses ;
Il favorisa aussi la modernisation des universités, de l’enseignement professionnel et secondaire.

Fidélisation des élites

Le roi fut soucieux de créer un sentiment de fidélité et d'unité nationale parmi les élites.

À cette fin, il créa à cette fin un ordre de chevalerie : l’Ordre de l’Union. Il conçut celui-ci comme un instrument pour souder la nation autour du trône et œuvrer à la réconciliation nationale. Dans ses mémoires, il affirmera que c’était « la seule chose capable de détruire un peu l’esprit égoïste des négociants, de les attacher à leur pays et de les engager même à des sacrifices15 ». La médaille porte dans sa version de 1807 l’inscription « L’unité fait la force », une devise républicaine hérité des anciennes provinces unies. À la différence de la Légion d’honneur plus démocratique, la décoration de Louis fut surtout attribuée à des nobles et des riches du royaume.
De plus, il souhaita intégrer la noblesse dans l'édifice constitutionnel ; il exigea en 1808 la rédaction d’un nouveau texte constitutionnel car celui de 1806 lui semble désuet ; il ambitionne une constitution vraiment monarchique inspirée de l’Angleterre et de Montesquieu ; il aurait souhaité que la noblesse constitutionnelle puisse siéger dans la seconde Chambre, nommée Sénat16.

Réformes financières

Louis stimule son ministre des Finances Isaac Gogel, à moderniser et simplifier le système fiscal. Depuis 1798, Gogel s’en préoccupait mais il préfère démissionner en 1809, le roi ne lui manifestant pas assez son soutien ; Louis désire un budget annuel, clair et précis et se flatte de réduire la dette nationale et d’introduire des économies. Mais cela est contradictoire avec les projets onéreux qu’il entend mettre en œuvre, notamment dans tout ce qui touche la réorganisation onéreuse de la marine, de l’armée, de l’administration17. De fait, Louis attend de la paix générale le retour à une pleine prospérité et donc au bon équilibre des finances.
Conséquences historiques

La création du royaume de Hollande eut plusieurs conséquences importantes dans l'histoire des Pays-Bas.

Le royaume de Hollande mit fin au régime républicain pourtant étroitement associé à l'histoire des Pays-Bas depuis leur indépendance. Les néerlandais qui étaient habitués au régime républicain surent apprécier les bienfaits d'une monarchie qui mit fin au climat de guerre civile froide et aux dissensions internes. Après le règne de Louis, il n'y eut plus de puissant courant républicain aux Pays-Bas. Les Orange reprirent le gouvernement des Pays-Bas, cette fois-ci en tant que rois. Beaucoup de réformes institutionnelles gouvernementales initiées par Louis Ier furent poursuivies. Le gouvernement décentralisé de l'ancienne république, peu efficace, fut modernisé.
Le royaume de Hollande fit d'Amsterdam une capitale. En 1808, le roi Louis déplaça la capitale du pays de La Haye à Amsterdam, et il s'installa au Paleis op de Dam, qui était précédemment l'hôtel de ville d'Amsterdam. Depuis 1813 et encore aujourd'hui, Amsterdam reste officiellement la capitale des Pays-Bas, même si La Haye héberge le siège du gouvernement néerlandais.
Le royaume de Hollande fut à l'origine de la mise en place d'une politique culturelle nationale. Ainsi, Louis Bonaparte créa plusieurs institutions culturelles qui jouèrent un rôle dans l'identité nationale des Pays-Bas. Il encouragea les arts et sciences néerlandaises, entre autres en fondant l'Institut royal des sciences, précurseur de l'Académie royale néerlandaise des arts et des sciences, ainsi que la Bibliothèque royale des Pays-Bas. Il initia la fondation ultérieure du Rijksmuseum actuel, en installant temporairement la collection du Rijksmuseum de La Haye dans le Paleis op de Dam.
Le royaume de Hollande inaugura une politique de tolérance religieuse au bénéfice notamment des catholiques jusque là opprimés y compris dans les zones où ils étaient majoritaires. Louis Bonaparte créa des caisses pour les catholiques qui, après plus d'une siècle d'oppression, voulaient construire des églises.

Rois de Hollande

1806-1810 : Louis Napoléon Ier
1810 : Louis Napoléon II

Notes et références
Notes

↑ L'état des finances et la brièveté du règne n’ont pas permis beaucoup de réalisations concrètes mais l’ambition des projets élaborés sous sa supervision témoigne de la volonté de confier à l’État l’orientation générale de l’architecture néerlandaise.
↑ Avant Louis, des esprits éclairés se plaignaient de cette médiocrité.
↑ Les réformes de l’enseignement de l’architecture menées donneront de résultats après la chute du souverain qui les avait initiées ouvrant la voie au néoclassicisme.
↑ Il s’en fallut de peu que la France, après l'annexion, n’imite en 1811 le système hollandais ; Napoléon nomma en effet une commission pour cette adaptation dont les préconisations : meilleurs locaux scolaires, commissions scolaires départementales, enseignement fondé sur les dernières avancées pédagogiques

Références

↑ Sénatus-consulte organique du 24 avril 1810, article 1er : « Tous les pays situés sur la rive gauche du Rhin, depuis les limites des départements de la Roer et de la Meuse-Inférieure, en suivant le thalweg du Rhin jusqu'à la mer [du Nord], sont réunis à l'Empire français, et en feront désormais partie intégrante ».
↑ Annie Jourdan, Louis Bonaparte, Roi de Hollande, éd. Nouveau Monde, mai 2010, p. 28.
↑ Annie Jourdan, Louis Bonaparte, Roi de Hollande, éd. Nouveau Monde, mai 2010, p. 115.
↑ Annie Jourdan, Louis Bonaparte, Roi de Hollande, éd. Nouveau Monde, mai 2010, p. 111.
↑ Annie Jourdan, Louis Bonaparte, Roi de Hollande, éd. Nouveau Monde, mai 2010, p. 424.
↑ Annie Jourdan, Louis Bonaparte, Roi de Hollande, éd. Nouveau Monde, mai 2010, p. 297.
↑ Annie Jourdan, Louis Bonaparte, Roi de Hollande, éd. Nouveau Monde, mai 2010, p. 293.
↑ Annie Jourdan, Louis Bonaparte, Roi de Hollande, éd. Nouveau Monde, mai 2010, p. 290.
↑ Annie Jourdan, Louis Bonaparte, Roi de Hollande, éd. Nouveau Monde, mai 2010, p. 307.
↑ Annie Jourdan, Louis Bonaparte, Roi de Hollande, éd. Nouveau Monde, mai 2010, p. 302.
↑ Annie Jourdan, Louis Bonaparte, Roi de Hollande, éd. Nouveau Monde, mai 2010, p. 15.
↑ Annie Jourdan, Louis Bonaparte, Roi de Hollande, éd. Nouveau Monde, mai 2010, p. 236.
↑ Annie Jourdan, Louis Bonaparte, Roi de Hollande, éd. Nouveau Monde, mai 2010, p. 14 et 256-273.
↑ Annie Jourdan, Louis Bonaparte, Roi de Hollande, éd. Nouveau Monde, mai 2010, p. 195.
↑ Annie Jourdan, Louis Bonaparte, Roi de Hollande, éd. Nouveau Monde, mai 2010, p. 12.
↑ Annie Jourdan, Louis Bonaparte, Roi de Hollande, éd. Nouveau Monde, mai 2010, p. 17.
↑ Annie Jourdan, Louis Bonaparte, Roi de Hollande, éd. Nouveau Monde, mai 2010, p. 14.

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MessageSujet: Re: Paolina, Saint-Domingue, L'ombre de l'empereur et Y'becca    Ven 9 Déc à 10:07

La bataille de La Nouvelle-Orléans, qui eut lieu le 8 janvier 1815 en Louisiane, est la dernière bataille de la guerre anglo-américaine de 1812. Les forces britanniques venues pour saisir le vaste territoire acquis par les États-Unis lors de la vente de la Louisiane sont vaincues par les hommes d'Andrew Jackson futur président des États-Unis. Or le traité de Gand mettant fin à la guerre était signé depuis le 24 décembre 1814 et sera ratifié par le Sénat des États-Unis le 16 février 1815. Une victoire britannique aurait alors pu en changer le contenu. Elle est souvent considérée comme la plus grande victoire terrestre américaine de la guerre, et eut un impact symbolique important pour les États-Unis.

Sommaire
1 Origines et préparatifs
1.1 L'abdication de Napoléon
1.2 La république de Barataria
1.3 La stratégie britannique
1.4 Andrew Jackson, de l'Alabama à La Nouvelle-Orléans
2 Campagne précédant la bataille
2.1 Bataille du Lac Borgne
2.2 Affrontement de la nuit du 23 décembre
3 Bataille du 8 janvier
4 Conséquences et bilan
5 Notes et références
6 Bibliographie
7 Voir aussi
7.1 Articles connexes

Origines et préparatifs
L'abdication de Napoléon[modifier | modifier le code]
Pendant les deux premières années de la guerre de 1812, les Britanniques ont été préoccupés par la guerre contre Napoléon Bonaparte sur le continent européen. Le 6 avril 1814, Napoléon abdique et est exilé à l'île d'Elbe. Un grand nombre de troupes britanniques est alors disponible pour être envoyé en Amérique du Nord, le but étant d'être en position de force pour négocier la paix. Une brigade du major général Robert Ross, entièrement composée de vétérans de l'armée du duc de Wellington, traverse l'Atlantique. Son arrivée est marquée par la bataille de Bladensburg2, puis l'incendie de Washington. Le général Ross est tué lors de la bataille de Baltimore, le général Edward Packenham qui s'était fait remarquer à la bataille de Salamanque3 lorsqu'il servait sous les ordres de Wellington est alors envoyé pour le remplacer4 avec l'aide de plusieurs régiments de la guerre d'Espagne. Il a pour objectif de prendre le contrôle de La Nouvelle-Orléans. La ville située à l'estuaire du Mississippi occupe une position clef et prendre son contrôle paralyserait un axe de communication important du pays. De plus, la Louisiane du fait de son rattachement récent aux territoires des États-Unis a une population composée de très peu de natifs américains. Elle est peu défendue5 et c'est un territoire inhospitalier où règnent riches marchands et brigands dont Jean Joseph Amable Humbert et " la course de Castlebar ".
Celui que l'Amiral Nelson haïssait, admirait et aimait dans ses manœuvres navales et terrestres.

La république de Barataria
Jean Lafitte, représenté par Grace King. Gravure de 1895.

Depuis plusieurs années, la baie de Barataria et les bayous qui l'entourent sont un repaire de pirates dirigés par Jean Lafitte et connu sous le nom de République de Barataria. Leur présence était tolérée au début par une administration américaine timide dans ce territoire récemment acquis mais en 1814 les tensions sont à leur comble avec le gouverneur Claiborne (gouverneur de la Louisiane) qui a mis la tête de Jean Lafitte à prix et fait emprisonner son frère Pierre Lafitte. Claiborne, Washington, ainsi qu'Andrew Jackson souhaitent mettre fin à Barataria. À cet effet arrive mi-août l'USS Carolina6. C'est dans ce contexte que le 3 septembre 18147, le lieutenant colonel Nicolls, commandant des forces anglaises de Floride, entre en contact avec Lafitte par l'intermédiaire du capitaine Lockyer8. Ils lui proposent de servir dans la flotte britannique ainsi qu'une prime de 30 000 dollars9. L'engagement de Lafitte à leurs côtés serait à coup sûr synonyme de victoire, il connaît les bayous et les passes menant à La Nouvelle-Orléans mieux que n'importe quel Américain et possède sous son commandement de nombreux pirates expérimentés qui sont pour la plupart d'anciens soldats de l'armée française, rescapés de Saint-Domingue. Lafitte est un ancien lieutenant de l'armée française et reste loyal à la France dont l'empereur (Napoléon Ier) est alors détenu par les Britanniques. Jean Lafitte ne décline pas l'offre anglaise mais leur demande deux semaines de réflexion. Il fait alors transmettre une lettre pour le gouverneur Claiborne dans laquelle il les informe des desseins britanniques sur La Nouvelle-Orléans. Lafitte promet de ne pas intervenir en faveur des Anglais et demande l'indulgence du gouverneur pour ses anciens crimes sans pour autant prendre une position franche envers les États-Unis. Le 4 septembre, Pierre Lafitte s'évade avec l'aide du messager venu porter la lettre de Jean Lafitte à Jean Blanque, un membre du comité de la direction de la ville. Le lendemain, Blanque rencontre Claiborne et lui remet la lettre mais avec l'évasion de Pierre, ils n'ont plus aucune garantie sur la fidélité de Jean.
Le gouverneur Claiborne décide alors de mettre fin à ce repaire de brigand et programme une attaque contre Lafitte. Le 16 septembre trois barges, six canonnières et deux goélettes, l'USS Carolina et l'USS Seahorse12, sous le commandement du commodore Petterson et du colonel Ross mettent le cap sur l'île de Grande Terre où se trouve le campement pirate fortifié et équipé de plusieurs canons. Lafitte ordonne à ses flibustiers de fuir en laissant tout sur place lorsqu'il s'aperçoit que son adversaire bat pavillon américain. Plusieurs centaines de pirates s'échappent ainsi à travers les marais. Malgré la déception de Claiborne en apprenant la fuite des frères Lafitte, les troupes américaines mettent la main sur les trésors accumulés par les pirates estimés à 500 000 dollars, sur de nombreux canons et capturent 85 pirates11 dont Dominique You13, le demi-frère de Jean Lafitte qui devait sa notoriété à son caractère trempé et à sa tentative pour libérer l'ex-empereur Napoléon Bonaparte.

La stratégie britannique
La flotte britannique organise le blocus de la côte atlantique en attendant des renforts en provenance des Bermudes. Du mois d'août à octobre 1814, elle harcèle constamment les navires américains à proximité de la baie de Chesapeake. Une fois la saison des ouragans terminées en novembre, la flotte met le cap sur la mer des Caraïbes et s'installe dans la baie Negril en Jamaïque14, avant de lever l'ancre au mois de décembre en direction de La Nouvelle-Orléans. Le 14 mars 1814, en attente de renforts, l'amiral Cochrane avait envoyé un navire pour prendre contact avec les indiens Creeks réfugiés en Floride à la suite de la guerre qui les opposent avec les États-Unis. Le 10 mai, le capitaine Hugh Pigot débarquait en Floride à l'embouchure de l'Apalachicola. Celui-ci, après deux semaines en Floride, rapporta à Cochrane que 2 800 indiens Creeks étaient prêts à se battre et leur donna l'ordre de se regrouper à Pensacola. Le major Edward Nicholls fut alors envoyé à Pensacola avec pour objectif d'entraîner les Indiens aux techniques de combat européennes. Le gouverneur espagnol n'opposa aucune résistance à l'arrivée des Anglais bien que, depuis la fin de la guerre d'Espagne, l'Espagne soit devenue un pays officiellement neutre dans ce conflit. Nicholls avait aussi pour objectif de se renseigner sur les faiblesses de la défense de La Nouvelle-Orléans. Il envoya ainsi un navire pour entrer en contact avec Jean Lafitte. Le plan d'attaque de Cochrane prévoyait que pendant qu'il mènerait une offensive à partir des côtes, les indiens prendraient le contrôle Ide Mobile puis attaqueraient La Nouvelle-Orléans depuis le nord15.

Andrew Jackson, de l'Alabama à La Nouvelle-Orléans
Buste d'Andrew Jackson à Pensacola.

Andrew Jackson, général de l'US army à la tête de la milice du Tennessee est le principal vainqueur de la guerre Creek qui prend fin le 9 août 1814 avec le traité de Fort Jackson. Grâce à sa victoire, le général Jackson obtient le commandement des forces armées de Mobile. Le 15 août, il arrive à Fort Bowyer et trouve le fort abandonné alors que celui-ci revêt une importance stratégique puisque celui qui le possède est capable de bloquer l'accès à la baie de Mobile. Il laisse une garnison de 158 hommes commandée par le major William Lawrence16 pour y organiser sa défense puis se rend à Mobile. Le 24 août, Jackson envoie une lettre au gouverneur espagnol de Pensacola, Gonzalez Manrique, dans laquelle il l'accuse d'abriter des bandits indiens Creek dont il demande l'arrestation. Mais Jackson ne peut pas prendre la décision d'attaquer Pensacola car cela reviendrait à attaquer un pays officiellement neutre dans le conflit.
Nicholls planifie une offensive sur Fort Boyer. En cas de victoire, il contrôlerait une position clef pour attaquer Mobile et cela aurait pour suite de doper le moral des troupes indiennes17. Le 12 septembre, quatre navires britanniques, les HMS Hermes, Carron, Sophie et Childers, se positionnent aux abords du fort18. Le 14 septembre, une troupe composée de 72 marines britanniques et de 180 guerriers indiens atteint le fort par voie terrestre. L'assaut est lancé et la première bataille de fort Bowyer est engagée. Après plusieurs tentatives infructueuses, les forces britanniques se retirent. Les pertes sont de 4 morts et 4 blessés côté américain et de 32 morts et 40 blessés côté britannique19.
Après la bataille de fort Bowyer, Jackson est décidé à se débarrasser de la menace britannique à Pensacola. Le 7 novembre, il fait fuir les troupes britanniques de Pensacola après avoir tenté une ultime communication avec le gouverneur espagnol. Son attaque sans l'aval du gouvernement met la diplomatie américaine dans une situation précaire et le président lui écrit : « retirez vos troupes du territoire espagnol, en déclarant que vous y êtes entrés dans le seul but de les libérer de la violation britannique »20. Malgré les appels de Claiborne pour que Jackson rejoigne au plus vite La Nouvelle-Orléans, celui-ci prend soin de bien organiser la défense de Mobile et arrive à La Nouvelle-Orléans seulement le 2 décembre.

Campagne précédant la bataille
Bataille du Lac Borgne
Vue d'artiste de la bataille du lac Borgne.

Le 12 décembre 1814, une flotte britannique sous le commandement de Sir Alexander Cochrane avec plus de 8 000 soldats et marins à bord, jette l'ancre dans le golfe du Mexique à l'est du lac Pontchartrain et du lac Borgne au niveau de Cat Island21. L'accès aux lacs est bloqué par une flottille américaine composée de huit navires et commandée par le lieutenant Thomas ap Catesby Jones (en) (5 canonnières, une petite goélette l'USS Seahorse et deux sloops de guerre l'USS Alligator et l'USS Tickler)22. Le matin du 13 décembre, environ 1 200 marins britanniques et Royal Marines sous le commandement du capitaine Nicholas Lockyer23 répartis dans 45 chaloupes, dont 42 armées chacune d'une petite caronade arrivent dans la baie de Saint Louis. Les Anglais sont obligés d'utiliser des chaloupes pour naviguer sur le lac Borgne ainsi que dans les bayous en raison de la faible profondeur de ceux-ci. Trois chaloupes sont détachées pour capturer l'USS Seahorse qui est venu dans la baie pour se ravitailler à un dépôt sur la berge. Le Seahorse ouvre le feu sur les chaloupes, plusieurs sont touchées et comptent plusieurs blessés. Les trois chaloupes battent alors en retraite pour attendre la totalité des troupes de Lockyer. Une fois le reste de flottille arrivée l'assaut est relancé. Le capitaine du Seahorse, voyant sa situation désespérée, sabote le navire et incendie les ressources stockées sur la berge24. Patterson ordonne à Jones de se replier aux abords d'un fort proche de La Nouvelle-Orléans mais le courant du détroit des Rigolets est trop fort, la manœuvre s'avère impossible et les navires se retrouvent en partie pris dans la vase. Le lendemain s'engage un affrontement entre les forces de Jones et les Britanniques connu sous le nom de la bataille du lac Borgne, les Britanniques capturèrent l'USS Alligator ainsi que les cinq canonnières américaines25. Le capitaine du Tickles resté en retrait sur ordre de Jones incendie le navire lorsque tout espoir de victoire est perdu. Lors de l'affrontement, dix-sept marins britanniques sont tués et 77 blessés, tandis que 6 Américains sont tués, 35 blessés, et 86 capturés26. Parmi les blessés figurent Jones et Lockyer. Maintenant libres de naviguer sur le lac Borgne, des milliers de soldats britanniques débarquent sur l'île de Poix27,28 à environ 48 km (30 miles) à l'est de La Nouvelle-Orléans, où ils établissent une garnison, sous le commandement du général John Keane.

Affrontement de la nuit du 23 décembre
Carte du sud de la Louisiane au xviiie siècle.

Plan du déroulement de la Bataille au soir du 23 décembre.
Le 22 décembre, le général John Keane et le lieutenant colonel Thortorn avec une avant-garde britannique de 1 800 soldats aidés par des pêcheurs espagnols embarquent de Pea Island en direction de la Rive Est du Mississippi sous la bruine qui persistera toute la journée29. Le même jour, l'escadron de dragons légers du colonel Thomas Hinds, une unité de milice du territoire du Mississippi (les dragons de Hind deviendront le 155e régiment d'infanterie de la Garde du Mississippi de l'Armée nationale) arrive à La Nouvelle-Orléans30. Jackson avait fait positionner un petit groupe d'éclaireurs à l'embouchure du bayou Bienvenu dans un village de pêcheurs, mais tous sont capturés par les Britanniques à l'exception d'un qui mettra trois jours à traverser les marais en bravant une multitude de dangers. Keane essaye en vain d'obtenir des informations sur les défenses de la ville. Les prisonniers avancent un chiffre de 12 000 à 15 000 hommes qui défendraient La Nouvelle-Orléans, ce que ne confirment pas les informateurs de Keane31.
Dans la matinée du 23 décembre, les Britanniques atteignent la rive Est du fleuve Mississippi, exténués et trempés par une journée de navigation sous un temps médiocre après avoir franchi le lac Borgne et le bayou Bienvenu. Ils débarquent au sud de La Nouvelle-Orléans, à 14 km (9 miles), sur les terres de la plantation de Jacques Phillippe Villeré32. Le fils du Général Villeré, le major Gabriel Villeré, parvient à échapper aux Britanniques et va se réfugier dans la plantation voisine du Colonel De la Ronde qui met à sa disposition un cheval pour en informer Jackson au plus vite33. Keane aurait pu marcher sur la ville en quelques heures en empruntant le chemin le long de la rivière menant à La Nouvelle-Orléans, qui n'était alors pas encore défendu, mais il prit la mauvaise décision de camper à la plantation Lacoste34 et d'attendre l'arrivée de renforts35. Au cours de l'après-midi du 23 décembre, Andrew Jackson, après avoir appris la position du campement britannique, aurait déclaré : « Par l'Éternel, ils ne doivent pas dormir sur notre sol. »36. Les hommes de Hinds sont envoyés en reconnaissance. Quelques brefs coups de feu sont échangés avec l'avant garde britannique mais Keane ne prend pas la menace au sérieux, Hinds donne une estimation à Jackson de 1 600 à 1 800 soldats ennemis. Dans la journée, des hommes de couleur distribuent des tracts signés de Keane et de Thortorn écrits en français et en espagnol dans lesquels ils appellent les habitants à rester chez eux et affirment que leur seuls ennemis sont les Américains. Toutes les unités armées disponibles sont appelées à se regrouper au niveau de la plantation Montreuil en amont du camp britannique. À 6 h 30 de l'après-midi, Jackson donne l'ordre à Patterson de descendre le fleuve à bord de l' USS Carolina jusqu'au campement ennemi et d'ouvrir le feu. Le soir venu Jackson attaque par le nord à la tête de 2 131 hommes37, il mène un assaut en trois volets sur les troupes britanniques, qui sans méfiance se reposaient dans leur camp. L' USS Carolina dissimulé par le brouillard sur le fleuve procède à un tir en enfilade sur le campement britannique à 7 h 30, c'est le signal que les Américains attendaient pour lancer l'assaut. Sous l'effet de surprise les hommes de Keane sont dans un premier temps totalement désorganisés et comptent de nombreux blessés en quelques minutes seulement. Jackson mène l'assaut principal le long du fleuve avec 1 399 hommes tandis que le général John Coffee attaque par la rive du lac Borgne à la tête de 732 hommes38. L'effet de surprise passé et l'obscurité s'accroissant ainsi que le brouillard, les Britanniques repoussent leurs assaillants et Jackson ordonne à ses forces de revenir aux abords du Canal Rodriguez, à environ 6,4 km (4 miles) au sud de la ville. Lors de l'assaut 24 Américains sont tués, 115 blessés, et 74 portés disparus39, tandis que les pertes britanniques s'élèvent à 46 tués, 167 blessés, et 64 disparus40.
L'historien Robert Quimby dit, « les Britanniques ont certainement remporté une victoire tactique, qui leur a permis de maintenir leur position »41. Cependant, Quimby poursuit en disant, « Il n'est pas exagéré de dire que c'était la bataille du 23 décembre qui a sauvé La Nouvelle-Orléans. Les Britanniques ont été désappointés dans leurs espoirs d'une conquête facile. L'attaque inattendue et lourde en pertes humaines fera devenir Keane encore plus prudent… » D'autant plus qu'il a estimé les troupes américaines au double de leur effectif réel à cause du brouillard et de la confusion régnant lors de l'attaque. Il accorde alors plus de crédit aux chiffres avancés par les Américains qu'il a capturés sur le lac Borgne. Keane ne fait aucun effort pour avancer le 24 et le 25 décembre42. En conséquence, les Américains ont le temps de commencer des travaux de terrassement du canal Rodriguez à Chalmette pour éviter que la flotte anglaise ne le traverse et accède ainsi au fleuve Mississippi43. Le jour de Noël, le général Edward Pakenham arrive sur le théâtre des opérations. Ce soir-là, le général Pakenham, en colère à cause de la situation d'enlisement dans laquelle se trouvent ses hommes, rencontre le général Keane et l'amiral Cochrane pour faire un point sur la situation et élaborer un nouveau plan de bataille. Le général Pakenham veut utiliser la passe du Chef menteur pour envahir et déborder leur adversaire, mais l'amiral Cochrane ne partage pas ce point de vue et insiste pour que ses bateaux fournissent tout le soutien qui pourrait leur être nécessaire à partir des rives du fleuve où il compte accéder par l'édification d'un canal entre le lac Borgne et le fleuve44. L'amiral Cochrane estime que l'armée britannique serait capable de détruire une armée délabrée américaine et aurait déclaré que si l'armée ne le faisait pas, ses matelots le feraient. Quelle que soit la pensée de Pakenham sur la question, la réunion a réglé le mode et le lieu de l'attaque45. Le 28 décembre, Pakenham ordonne l'envoi d'une force de reconnaissance (constituée de plusieurs bataillons britanniques) contre les travaux de terrassement américains, elle engage un bref assaut contre ceux-ci.
Lorsque les troupes britanniques se retirent, les Américains commencent la construction d'un parapet sur lequel ils placent plusieurs batteries d'artillerie pour protéger les travaux de terrassement. Ces fortifications seront ensuite baptisées « Ligne Jackson ». Les Américains installent huit batteries d'artillerie, qui comprennent un canon de 32 livres, trois canons de 24 livres, un canon de 18 livres, trois canons de 12 livres, trois de 6 livres, et un obusier de 6 pouces (150 mm). Jackson a également envoyé un détachement d'hommes sur la rive ouest du Mississippi qui dispose de deux canons de 24 livres et deux de 12 livres à bord du navire de guerre USS Louisiana.
L'armée principale britannique est arrivée au Jour de l'An et a attaqué les travaux de terrassement en utilisant son artillerie. Un échange de tirs d'artillerie débuta au cours duquel plusieurs canons américains furent détruits, y compris le 32, un de 24, et un de 12, et des dommages furent causés au travaux de terrassement. Les Américains sur la gauche de la ligne Jackson près du marais avaient abandonné leurs postes et coururent alors reprendre leurs positions, mais Pakenham n'en a rien su. Après 3 heures d'échanges de tirs, les canons britanniques arrivèrent à court de munitions, ce qui conduisit Pakenham à suspendre l'attaque. Il décide alors d'attendre que sa force entière de plus de 8 000 hommes se rassemble avant de lancer l'assaut46.

Bataille du 8 janvier
Peinture de 1815 par Jean Hyacinthe de Laclotte qui a combattu lors de la bataille au sein de la milice de Louisiane.
Plan de la bataille de La Nouvelle-Orléans.
Vue d'artiste illustrant la mort du Général Edward Pakenham

Au petit matin du 8 janvier, Pakenham ordonne un assaut sur deux fronts contre la ligne Jackson. Le colonel William Thornton (du 85e régiment) avait traversé le Mississippi pendant la nuit avec sa 780e brigade, ils se déplacèrent rapidement vers l'amont sous le feu des batteries commandées par le commodore Daniel Patterson et situées sur le flanc des retranchements principaux américains, puis il fit ouvrir un feu d'enfilade sur la ligne Jackson avec des obusiers et des fusées Congreve47. Ensuite, l'attaque principale fut lancée en deux colonnes (une le long du fleuve dirigée par Keane et l'autre le long du marais ligne dirigée par le major général Samuel Gibbs), directement à l'encontre des travaux de terrassement tenus par la grande majorité des troupes américaines48. La brigade commandée par le major général John Lambert reste à l'écart des combats en réserve.
Les préparatifs pour l'attaque échouèrent, le canal creusé par les marins de Cochrane visant à relier le lac Borgne au fleuve Mississippi s'est effondré et le barrage construit pour détourner le flux du fleuve dans le canal céda, laissant les marins pris dans la boue que les bateaux du colonel Thornton vinrent récupérer. L'échec de la construction du canal contraint la flotte à un long détour prenant ainsi plusieurs heures de retard49.
Le 8 janvier 1815, l'attaque commença dans les ténèbres et un épais brouillard. Le Lt-Col. Thomas Mullins, commandant du 44e régiment (East Essex) à pied britannique, avait oublié les échelles et les fascines nécessaires pour traverser le canal asséché par les travaux de terrassement américains et escalader les fortifications de la ligne Jackson, les Britanniques tentèrent de profiter de la confusion liée à l'obscurité et au brouillard, mais lorsqu'ils approchèrent de la principale ligne ennemie le brouillard se leva, les exposant à des tirs d'artillerie foudroyants. La plupart des officiers supérieurs furent tués ou blessés, y compris le général Gibbs, pendant qu'il menait l'attaque à la tête de la colonne principale sur la droite comprenant les 4e, 21e, 44e et 5e régiments des Indes occidentales. Le colonel Rennie à la tête d'un détachement de compagnies légères de la 7e, 43e, et 93e mènent un assaut simultané sur la gauche de la rivière.
Peut-être en raison du retard de Thornton lors de la traversée de la rivière et au feu de l'artillerie qui pouvait les frapper, les 93e Highlanders ont été sommés de quitter la colonne d'assaut de Keane qui avance le long de la rivière, ils se déplacent alors à découvert à travers le champ de bataille pour rejoindre la colonne principale sur la droite du champ. Keane tomba blessé alors qu'il traversait le champ de bataille avec le 93e. Les hommes de Rennie réussirent à attaquer et envahir une redoute américaine à côté de la rivière, mais sans renfort ils ne pouvaient ni occuper le poste, ni continuer l'assaut de la ligne principale américaine. Quelques minutes plus tard, le septième d'infanterie américain arriva, et ouvrit le feu sur les Britanniques dans la redoute capturée : en une demi-heure, Rennie et la plupart de ses hommes étaient morts. Dans l'attaque principale sur la droite, les fantassins britanniques se sont soit jetés sur le sol, soit blottis dans le canal, ou ont été fauchés par la combinaison des coups de mousquet et de la mitraille des Américains. Une poignée d'hommes ont franchi la partie supérieure du parapet sur la droite, mais ont été tués ou capturés. Le 95e régiment de fusiliers avait avancé afin de tendre une escarmouche grâce à la voie ouverte devant par la colonne d'assaut principale mais ils durent se cacher dans le fossé en dessous du parapet, incapable d'aller plus loin sans soutien. Les deux grands assauts principaux sur les positions américaines sont finalement repoussés.
Pakenham et son second, le général Gibbs, sont mortellement blessés. Avec la plupart de leurs officiers supérieurs morts ou blessés, les soldats britanniques, n'ayant plus de chaîne de commandement pour leur ordonner d'aller plus loin ou de battre en retraite, sont totalement désorganisés sur le champ de bataille. Après environ 20 minutes de plus d'effusion de sang, le général Lambert prit le commandement et ordonna de battre en retraite. Le seul succès britannique fut sur la rive ouest du fleuve Mississippi, où la brigade de Thornton, comprenant le 85e régiment, des détachements de la Royal Navy et des Royal Marines50, ont attaqué et dépassé la ligne américaine51. Le général Lambert ordonna à son chef de l'artillerie, le colonel Alexander Dickson, d'évaluer la position. Dickson rendit compte que pas moins de 2 000 hommes seraient nécessaires pour occuper ce poste. Le général Lambert a alors émis l'ordre de se retirer après la défaite de leur armée principale sur la rive est, ils se retirèrent en prenant quelques prisonniers américains et des canons avec eux52.
À la fin de la journée, les Britanniques dénombraient 2 042 victimes : 291 tués (y compris les généraux Pakenham et Gibbs), 1 267 blessés (dont le général Keane) et 484 capturés ou portés disparus53. Les Américains avaient eu 71 victimes : 13 morts, 39 blessés et 19 disparus54.
Conséquences et bilan
Le champ de bataille de Chalmette de nos jours, avec le monument commémoratif sur la droite.
Les Britanniques se retirèrent avec plus de 2 000 hommes morts ou blessés, contre 71 pour les États-Unis. L'ironie de l'histoire est que, à l'insu des deux parties, la guerre était déjà officiellement terminée, un traité ayant été signé à Gand le 24 décembre 1814.
Le 4 février 1815, la flotte britannique, avec toutes ces troupes à bord, mit voile vers la baie de Mobile, en Alabama. L'armée britannique attaqua et captura Fort Bowyer à l'embouchure de la baie de Mobile, le 12 février. Elle se prépare à attaquer Mobile lorsque leur parvient la nouvelle de la signature d'un traité de paix. Le traité a été ratifié par le Parlement britannique, mais ne serait pas ratifié par le Congrès et le président avant la mi-Février. Cependant les hostilités doivent cesser, les Britanniques abandonnent Fort Bowyer et reprenne la mer en direction de leur base dans les Antilles.
Même si la bataille a été de dimension relativement mineure, ses conséquences historiques ont été importantes. L'issue de la bataille n'a pas affecté les termes du traité de Gand, puisque celui-ci était déjà signé, mais on peut supposer que si les Britanniques avaient pris le contrôle du port clé de La Nouvelle-Orléans, ils auraient pu obtenir des concessions additionnelles. Cependant, il aurait été difficile pour les Britanniques de poursuivre la guerre en Amérique du Nord, en raison de l'évasion de Napoléon de l'île d'Elbe le 26 février 1815, qui démontre aux Britanniques l'intérêt de maintenir un contingent armé important en Europe.
Les conséquences symboliques de la victoire ont été très importantes aux États-Unis, où elle fut célébrée comme une fête nationale de nombreuses années, et continue d'être commémoré dans le sud de la Louisiane. Elle donna également une grande aura au général Jackson, qui finira par devenir président des États-Unis en 1829. Quatre régiments actuellement actifs de l'armée régulière (1-5 FA, FA 1-6, 1-1 et 2-1 Inf Inf) et un de la garde nationale des États-Unis du Mississippi (155e Inf) sont dérivés des unités américaines qui ont combattu à la bataille La Nouvelle-Orléans. Un parc fédéral a été créé en 1907 pour préserver le champ de bataille, aujourd'hui, il dispose d'un monument et fait partie du parc historique national et réserve Jean Lafitte.
Notes et références[modifier | modifier le code]
(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Battle of New Orleans » (voir la liste des auteurs).


Carte récapitulative des événements de l'année 1814 en Louisiane et Floride.
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↑ Les troupes régulière britanniques incluent le 4e, 7e, 21e, 43e, 44e, 85e, 93e (Highland) régiments, 500 hommes « un demi-bataillon » du 95e de fusiliers, 14e de dragons légers, et 1er et 5e régiment des indes occidentales provenant des British West Indies colonies. D'autres troupes incluant des Natifs Américains de la tribu Hitchiti.
↑ Quimby 1997, p. 892-893.
↑ Les forces américaines (entre 3 500 et 4 500 hommes) étaient composées de U.S. Army ; de patriotes venant du Tennessee, Kentucky, Mississippi, et de Louisiane ; U.S. Marines ; U.S. Navy ; des pirates de la baie de Barataria ; des indiens Choctaw ; des hommes libres de « couleur », et d'esclaves afro-américains (dont la majorité étaient des esclaves locaux qui ont servi aux travaux d'édification du parapet). Le Major Gabriel Villeré commandant de la milice de Louisiane, et le Major Jean Baptiste Plauché à la tête la milice de La Nouvelle-Orléans.
↑ Patterson 2008, p. 236.
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Voir aussi[modifier | modifier le code]
Articles connexes[modifier | modifier le code]
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Histoire de la Louisiane
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MessageSujet: Re: Paolina, Saint-Domingue, L'ombre de l'empereur et Y'becca    Jeu 12 Jan à 9:02

Le référendum est une institution et en cela, il n'est jamais dit que le principe du Referendum est une forme d'émancipation envers les autorités publiques... Le Referendum est la manière la plus noble auquel une loi peut être établi: Pourtant, un jour, Louis Napoléon utilisa cette manière du suffrage universel direct qui marqua les esprits... Le Peuple ne peut pourtant nier le rôle évident que représente le referendum dans le principe civique et morale de "l'individue et de l'individu" dans le terme de Démocratie... Ce principe pourtant, peut être juste consultatif mais il permet ainsi à l'individu de se mettre en situation auquel se retrouve exposer les élu"e"s... Certains voient dans le referendum une forme de combat de coq ou de boxe, en tout cas, à l'image d'un vote électif, il est un aspect fondamentale d'une cohésion morale auquel la démocratie doit faire face: Il surpasse l'aspect de l'état et sans le remettre en cause, il est capable de pointer certaines choses de la vie quotidienne. Dans certains pays, il y a l'aspect de pétition qui peuvent être soumise au suffrage universel indirect... Le suffrage universel direct auquel appartient le Référendum est un aspect essentiel du caractère humain auquel un peuple veut s'adresse envers ses nouvelles générations... Le fait de débattre est un outil essentiel en terme de communication et pourtant dans certains cas, la question du Référendum relève de l'intérêt de l'état régalien, c'est en cela que certains hésitent sur son aspect même mais il montre l'aspect même de l'interlocuteur qui propose le sujet de la question. Le référendum est une loi d'utopie qui pourtant montre l'aspect réel de l'individu dans la société: En cela, j'accorde une importance réelle dans la constitution de Y'becca et des Républiques d'Israël et de la Palestine ainsi que dans toutes les Nations Morales et Physiques pour une reconnaissance morale et intellectuel dans le référendum: Son vote est lié malheureusement à des disputes entre des élu"e"s du Suffrage universel indirect... Toutefois, tout comme le vote direct du parlement et tout vote indirect du parlement, le référendum ne peut être organiser pour un Conflits d’intérêts et en cela, c'est au pouvoir judiciaire et à ses membres qu'il soit public et privé tout en maintenant et mettant l'aspect du service public militaire et civil dans la lutte contre les Conflits d’intérêts qui pourrait s'ingérer dans la teneur du débat et du vote: L'aspect du Général, de la société et l'individu doit être soulever en soulevant toutes les égalités et inégalités que peuvent engendrer le référendum... Certains peuvent s'amuser à créer de lois et des référendum pour des Conflits d’intérêts, pour créer des désordres et par gloire personnel... Cela n'est pas dans l'intérêt de l'harmonie sereine auquel nous devons être en ces situations profondes de changement de climat: "De jour en jour; le petit Nuage de Magellan et La Galaxie d'Andromède évolue depuis µ Êta Careme" s'écrie Nagaliew la mouette aux yeux verts..."
L'aspect du référendum est un droit de cité et de navire dans les prochains siècles à venir; et le juge suprême de la république de l'olivier s'y engage et dans des situations d'urgence, notre professionnalisme institué par la philosophie et la prudence du référendum nous permettra d'avoir l'anticipation sur le danger qu'il soit matérielle, morale et naturelle, ils peuvent être distinct ou englobé, Le référendum et ses principes il est un aspect fondamentale d'une cohésion morale auquel la démocratie, une armée ou un navire doit faire face... Le Laïc et l'Eternel devant la démocratie et la Nature. Conflits d’intérêts... Le clans des mouettes et la cinquième république devant l'adversité des peurs et des intérêts... Nous sommes prêt à faire face à l'avenir... La République de l'Olivier...

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TAY
La chouette effraie
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Paolina, Saint-Domingue, L'ombre de l'empereur et Y'becca
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