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 Y'becca, La Vie et L'Histoire du Protestantisme

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yanis la chouette



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MessageSujet: Y'becca, La Vie et L'Histoire du Protestantisme   Mar 20 Sep à 9:16

Michel de L'Hospital

Michel de l'Hospital, né vers 1506 au château de la Roche à Aigueperse1 dans le Puy-de-Dôme, et mort le 13 mars 1573 au château de Belesbat à Boutigny-sur-Essonne2, est conseiller au parlement de Paris (1537), ambassadeur au concile de Trente, maître des requêtes, surintendant des finances (1554), chancelier de France (1560) et poète latin. Son nom reste associé aux tentatives royales de pacification civile durant les guerres de religion.



« […] le plus grand homme de France, si ce titre est dû au génie, à la science et à la probité réunies. »

— Voltaire, Éssai sur les mœurs et l'esprit des nations ch. 172 p. 522

Biographie
Famille

Michel de l'Hospital, dont la généalogie lointaine semble être inconnue, est le petit-fils d'un médecin, Charles de l'Hospital, et le fils de Jean de l'Hospital (né vers 1474-76), premier médecin et conseiller de Charles, duc de Bourbon et connétable de France (par la suite celui de sa sœur Renée, duchesse de Lorraine et de Bar), bailli de Montpensier et auditeur des comptes.

Avocat sans le sou, il ne peut prétendre à une place de conseiller au Parlement. Un ami, Pierre Le Filleul, archevêque d'Aix et gouverneur de Paris, ancien président de la Cour des comptes, lui conseille de se marier. C'est ainsi, qu'en 1537, il épouse, Marie Morin, fille de Carole de Montmirail et de Jean Morin, lieutenant criminel du Châtelet, ayant obtenu en reconnaissance de services rendus au roi un office de conseiller clerc au parlement de Paris pour la dot de sa fille. De leur union naquirent trois filles, dont seule l'aînée, Madeleine, accédera à l'âge adulte et sera éduquée en protestante, sa mère s'étant nouvellement convertie au culte réformé3.

Aimant les séjours à la campagne, il achète, en 1546, un petit domaine à l'abandon qui deviendra plus tard un refuge : sa terre du Vignay, commune de Gironville (canton de Milly) où il demeurait au début de l'année 1573 avant de se rendre à 10 km, au château de Belesbat, demeure depuis 1556 de sa fille et de son gendre Hurault de Belesbat, maître des requêtes, avec leurs neuf enfants. Il expédie deux lettres à Charles IX, avec l'acte de démission de sa fonction de chancelier, et fait rédiger son testament par son petit-fils, Michel Hurault. Il meurt peu après, le 13 mars, presque âgé de 70 ans, en pleine guerres de religion, il est enterré en pleine nuit dans l'église Sainte-Madeleine de Champmotteux (à une vingtaine de kilomètres d'Étampes) où l'on peut encore voir son tombeau4.
Une formation de juriste
Michel de l'Hospital est avant tout un juriste. Humaniste de son temps, l'Italie est pour lui un passage obligé. Il y fait ses études et y voyage beaucoup. Il débute sa formation en Italie à l'université de Padoue, où il deviendra professeur de droit civil. Cette formation peut en partie expliquer l'ampleur des réformes judiciaires voulues par Michel de l'Hospital. Il s'est également rendu à Rome, lieu de pèlerinage traditionnel où il a été, entre autres, auditeur de la Rote, ce qui lui vaut une grande réputation de savant. Sa carrière de juriste se poursuit lorsqu'il est nommé délégué aux Grands Jours de justice de Moulins en 1540, de Riom en 1542 et de Tours en 1546, et plus particulièrement quand il devient premier président de la Chambre des comptes de Paris.

L'œuvre politique
Statue de Michel de L'Hospital au Palais-Bourbon.
L'œuvre législative

Juriste de formation, Michel de l'Hospital, nommé chancelier de France le 1er mai 1560 par le roi François II, est le principal collaborateur de la régente Catherine de Médicis. Il convoque les représentants des religions catholiques et réformées au Colloque de Poissy (1561) et essaie d'harmoniser les points de vue des uns et des autres. Confronté au fanatisme des deux camps, il échoue totalement.

Extrait du discours des États d'Orléans : « Tu dis que ta religion est meilleure. Je défends la mienne. Lequel est le plus raisonnable, que je suyves ton opinion ou toy la mienne ? Ou qui en jugera si ce n'est un saint concile ? Ostons ces mots diaboliques, noms de parts, factions et séditions, luthériens, huguenots, papistes. Ne changeons le nom de chrestien. ».

Le 17 mai 1563, Michel de l'Hospital rend compte de la situation financière du royaume devant le parlement de Paris pour le pousser à accepter un édit : La France, en la personne du jeune roi Charles IX, a 50 millions de livres de dettes, dont cinq sont nécessaires pour payer les troupes et expulser les Anglais hors du Havre. Les recettes de l'année précédente sont de 850 000 livres environ et les dépenses de 18 millions. L'édit du 13 mai 1563 prévoit de vendre les biens du clergé pour créer des rentes de 100 000 écus par an. Le Parlement d'abord hostile finit par accepter.

Michel de l'Hospital œuvra pour la simplification du droit français. La tradition lui attribue une grande partie des édits promulgués entre 1563 et 1567 (dont la généralisation en 1565 des tribunaux des juges et des consuls, les actuels tribunaux de commerce, le premier ayant été créé à Paris en 1563). Il aurait joué un rôle décisif dans l'assemblée du Conseil élargi (où siègent les princes de sang, grands officiers, présidents des parlements) qui s'ouvre à Moulins en 1566 et qui débouche sur l'ordonnance de Moulins. Selon cette ordonnance, les parlements ne pourront refuser d'enregistrer les édits ou ordonnances ni de les faire appliquer, même si les remontrances qu'ils pourront présenter sur ses lois seront rejetées. L'édit de Moulins quant à lui affirme l'inaliénabilité du domaine royal (sauf les apanages). C'est le promoteur des édits de Fontainebleau sur l'arbitrage et la transaction. Après la mort de François II (1560), il a pour projet de diminuer le nombre d'officiers.

La question de la majorité royale

La minorité de Charles IX de France est un handicap sérieux, l'autorité d'un roi mineur n'a pas le même poids que celle d'un roi adulte. La référence en matière de majorité est l'ordonnance de Charles V de 1374 qui fixe la majorité des rois de France à « 13 ans révolus ». Cependant, à la mort de son auteur, elle n'a pas été appliquée et sa valeur est critiquée par les conjurés d'Amboise. Les termes de cette ordonnance sont ambigus : la quatorzième année est-elle le lendemain du treizième anniversaire ou le jour du quatorzième ? La première des innovations du 17 août 1563 consiste à déclarer la majorité du jeune souverain lors d'un lit de justice non au parlement de Paris mais dans un parlement de province, celui de Rouen. La seconde est l'interprétation que le chancelier fait de l'ordonnance de Charles V : la quatorzième année doit être commencée et non accomplie. Cette déclaration de majorité est aussi l'occasion pour le chancelier de rappeler deux principes qui lui sont chers, le principe de la continuité monarchique et celui du roi législateur (la souveraineté réside dans le pouvoir de faire les lois et seul le roi a ce pouvoir).
Les guerres de religion

Huguenot dissimulé aux yeux des catholiques de son temps, il est partisan de l'unité et de la tolérance. Bien qu'il doive sa première carrière à une protectrice de la Réforme, Marguerite de Berry, sœur d'Henri II, et bien que sa femme et sa fille se soient converties, c'est grâce à l'influence du cardinal de Lorraine, un catholique, qu'il est promu chancelier en 1560. Influencé au départ par les idées de concorde religieuse de ce dernier, après l'échec du colloque de Poissy, son évolution le conduit à accepter une tolérance civile, solution politique qui correspond à son profond respect des libertés de conscience. Son gallicanisme le pousse à tenir des positions fermes concernant l'indépendance temporelle de l'Église et de la couronne vis-à-vis du pape, et explique sa rupture en 1564 avec le cardinal de Lorraine qui, revenu du concile de Trente, voulait en faire accepter les décrets en France. Sa volonté de maintenir l'équilibre instauré par l'édit d'Amboise le pousse à une certaine violence. En 1566, on lui reproche même de n'être pas passé par le Conseil pour envoyer des lettres patentes autorisant les protestants à appeler des pasteurs à leur chevet. Il aurait voulu supprimer la vénalité des offices.

Cependant, il échoue dans ses tentatives d'apaisement du conflit. Rêvant d'un concile national impossible, il se heurte rapidement aux Guise qui ont arraché aux États généraux de Fontainebleau la condamnation des Rohan, qu'il refuse de signer, à la difficulté d'application de l'édit d'Amboise et au manque de tolérance de ses compatriotes.

La paix de Longjumeau apparaît comme une ultime tentative pour sauver sa politique de tolérance civile. Elle suscite une flambée de la colère catholique. Michel de l'Hospital tente alors l'impossible pour s'opposer aux intransigeances. Il refuse ainsi le sceau à la publication d'une bulle papale autorisant une deuxième aliénation des biens du clergé parce que la condition en est l'engagement du roi de France à extirper l'hérésie. Les sceaux lui seront retirés peu après alors que la troisième guerre a déjà commencé. Le nouveau garde des sceaux, Jean de Morvillier, est un modéré proche du chancelier, mais le départ de Michel de l'Hospital marque l'échec de la politique de tolérance civile.

Un philosophe de son temps
Statue de Michel de l'Hospital dans la cour de la Sainte-Chapelle de Riom.
Un partisan de la tolérance

Michel de L'Hospital est avant tout, le symbole de la politique de tolérance. Malgré l'appui de Ronsard et le voyage de présentation du nouveau roi à son peuple, sa politique de réconciliation échoue totalement. Dès 1560, le pouvoir bascule définitivement du côté ultra-catholique, rendant ainsi un affrontement sanglant inévitable. On en rendit Michel de L'Hospital responsable. Il se retire en 1568 pour s'établir dans sa propriété de Vignay, sur la paroisse de Champmotteux. Lors de la Saint-Barthélemy, il aurait fait ouvrir les portes de son château à une foule fanatique, qui lui laissa la vie sauve. Michel de l'Hospital reste encore aujourd'hui un symbole de tolérance ; ainsi, il figure parmi les quatre statues d'hommes illustres placées devant le Palais-Bourbon.

« Le couteau vaut peu contre l'esprit ».
Un protecteur de la Pléiade

Ronsard fréquentait les proches du roi : Marguerite, Jean de Morel (1510-1581), Jean de Brinon mais aussi Michel de l'Hospital. Les Amours de Ronsard sont publiés avec son Cinquième Livre des Odes dans lequel on trouve une Ode à Michel de l'Hospital. À partir de 1551, des poètes courtisans, dont Mellin de Saint-Gelais, raillèrent auprès du roi les métaphores pindariques et les obscurités des Odes. Mais, protégé par Marguerite de France, sœur du roi Henri II, et son chancelier, Michel de L'Hospital, Ronsard finit par se réconcilier avec ses rivaux et revient à une inspiration plus simple, à la fois moins érudite et moins ésotérique, en abandonnant Pindare et sa conception du poète inspiré.
Un écrivain

Michel de l'Hospital fut considéré comme un écrivain talentueux. Ses Épîtres furent comparées à celles d'Horace. Il écrit des poésies, mais la majorité de ses œuvres sont cependant en rapport avec son rôle politique : Traité de la réformation de la justice, Harangues, mercuriales et remontrances, Mémoire sur la nécessité de mettre un terme à la guerre civile (1570), Le but de la guerre et de la paix (1570), Discours pour la majorité de Charles IX et trois autres discours.
Œuvres

Harangues (1560)
Traité de la réformation de la justice
Harangues, mercuriales et remontrances
Mémoire sur la nécessité de mettre un terme à la guerre civile (1570)
Le but de la guerre et de la paix (1570)
Poésies (1585, 1732). Édition critique du livre I: Michel de l’Hospital. Carmina. Livre I. Édité, traduit et commenté par Perrine Galand et Loris Petris, avec la participation de David Amherdt. Genève, Droz, 2014. ISBN 978-2-600-01785-5
Discours pour la majorité de Charles IX et trois autres discours, édition établie, présentée et annotée par Robert Descimon, Paris : Imprimerie Nationale (coll. « Acteurs de l'histoire »), 1995.

Hommages
Établissements qui portent son nom

Collège Michel-de-l'Hospital à Riom.

Voies publiques

une avenue à Béziers ;
une rue à Bobigny ;
une rue à Brioude ;
une place à Clermont-Ferrand ;
une rue à Issy-les-Moulineaux ;
une avenue à Montluçon ;
une rue à Montpellier ;
une rue à Moulins ;
une avenue à Poissy ;
une rue à Saint-Ouen-l'Aumône ;
une avenue à Saint-Quentin ;
une avenue à Sigean.

Statues

Paris, devant le Palais Bourbon. Statue assise.
Paris, Palais du Louvre, cour Napoléon, aile Daru. Statue en pied, œuvre d'Eugène Guillaume.
Paris, musée Carnavalet. Statue assise, œuvre de Louis Pierre Deseine.
Aigueperse (Puy-de-Dôme), cour de l'hôtel de ville. Statue en pied.
Riom, cour de la Sainte-Chapelle. Statue assise.
Versailles, musée de l'histoire de France. Statue en pied, marbre, œuvre d'Étienne-Pierre-Adrien Gois (1777).

Divers

Un timbre postal représentant Michel de L'Hospital a été émis le 13 juin 1960.
La promotion 1979 de l'École nationale d'administration porte son nom.

Notes et références

↑ André Imberdis, Histoire générale de L'Auvergne depuis l'ère gallique jusqu'au XVIIIe siècle, t. II, Clermont-Ferrand, Ferdinand Thibaud, 1868, 582 p. (lire en ligne [archive]), p. 96
↑ Bibliothèque nationale de France, Michel de L'Hospital (1507?-1573) [archive] sur data.bnf.fr
↑ Henri Amphoux, Michel de L'Hôspital et la liberté de conscience au XVIe siècle [archive], 1900, p. 59
↑ Association Guillaume-Budé, Michel de l'Hospital au Vignay près de Champmotteux (Essonne) [archive]

Annexes

Sur les autres projets Wikimedia :

Michel de l'Hospital, sur Wikimedia Commons

Bibliographie

Émile Dupré Lasale, Michel de L'Hospital avant son élévation au poste de Chancelier de France (1505-1558), Paris, Ernest Thorin, 1875.
Jean Héritier, Michel de L'Hospital, Flammarion, 1943. 238 p.
Albert Buisson, Michel de L'Hospital (1503-1573), Hachette, 1950. 272 p.
Seong-Hak Kim, Michel de L'Hôpital. The Vision of a Reformist Chancellor during the French Religious Wars, Kirksville, Missouri : Sixteenth Century Essays & Studies, volume XXXVI, 1997. 218 p.
Denis Crouzet, La sagesse et le malheur : Michel de l'Hospital, Chancelier de France, Seyssel, Champ Vallon, collection « Époques », 1998. 608 p.
Thierry Wanegffelen (dir.), De Michel de L'Hospital à l'édit de Nantes : politique et religion face aux Églises, Presses universitaires Blaise Pascal, 2003. 612 p.

Liens externes

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Biographie par Denis Crouzet
Courte biographie illustrée
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MessageSujet: Re: Y'becca, La Vie et L'Histoire du Protestantisme   Mar 20 Sep à 9:17

Jean de Boyssoné

Jean de Boyssonné (v.1500-1558), professeur de droit de l'Université de Toulouse, poète, mainteneur des Jeux Floraux de Toulouse, poursuivi pour ses idées humanistes. Ami de Rabelais, il reste aujourd'hui connu pour sa correspondance avec les grands humanistes de son temps.
Biographie

Il naît à Castres aux environs de 1500, dans une famille probablement riche et aristocratique (selon un de ses descendants, Richard de Boysson, qui écrit sa biographie). Il étudie le droit à Toulouse et prépare un double doctorat : droit civil et droit canon. En 1526, il reçoit la chaire de droit de l'Université de Toulouse, qu'occupait son oncle (nommé Jean de Boyssoné lui aussi). Il prend les ordres mineurs, mais ne sera jamais ordonné prêtre.

L'Université de Toulouse, catholique et traditionaliste est alors en proie à des graves troubles devant le succès du protestantisme. L'hostilité se manifeste non seulement face à la nouvelle religion, mais aussi à l'égard des nouvelles méthodes pédagogiques et de la nouvelle conception de la culture. La Faculté de droit est particulièrement touchée.

Or Jean de Boyssonné, doté par ailleurs d'un « caractère quelque peu rugueux »1 a les idées larges. Il est « humaniste » avant tout par ses méthodes pédagogiques : il met la philologie et l'histoire à contribution dans l'étude du droit et il réprouve l'enseignement traditionnel fondé sur la stricte glose des juristes médiévaux. On le jalouse, on le suspecte d'être attiré par la religion nouvelle - n'est-il pas l'ami de « mal sentants », Clément Marot, François Rabelais, et surtout Étienne Dolet qui termine ses études de droit à Toulouse, et du réformateur allemand Melanchton, de passage à Toulouse ?

Le 31 mars 1532, accusé d'hérésie en même temps que 32 autres prévenus, Jean de Boyssonné est condamné à la confiscation de sa maison, à une amende de 1000 livres et à l'abjuration publique sur un échafaud dressé devant la cathédrale Saint-Étienne au cours d'une cérémonie organisée par l'Inquisition ; un de ses élèves, Jean de Caturce, qui a refusé de se rétracter, est brûlé Place du Salin2.

Boyssonné gagne l'Italie, et au cours de l'année 1533, il visite Padoue, Bologne, Venise, Modène, Rome, et Padoue où il retrouve ses anciens collègues toulousains du Ferrier, Daffis et Pierre Bunel ; il se lie d'amitié avec Maurice Scève. Il gagne ensuite Turin, avant de regagner Toulouse et de redevenir régent à l'Université. Il participe activement aux fêtes données pour l'entrée du roi François Ier dans Toulouse, et à la réception particulière par son Université, le 1er août 1533. Son ami Guillaume Budé lui confie l'éducation de son neveu. En 1534, il est à nouveau accusé de fomenter des violences estudiantines, à l'instigation de Dolet ; il est condamné à la prison par le Parlement de Toulouse. Mais il gagne le procès en appel auprès du Grand Conseil de François Ier.

En 1539, on lui propose le poste de secrétaire de l'ambassadeur de France à Venise ; mais il préfère devenir conseiller au nouveau Parlement de Chambéry - la Savoie vient d'être occupée par la France. Il ne retourne qu'épisodiquement à Toulouse, pour siéger aux Jeux Floraux dont il est mainteneur. Mais il est à nouveau en proie aux accusations, de la part du procureur général à Chambéry : le 1er septembre 1550, il est à nouveau emprisonné, à Dijon, avec douze collègues. L'année suivante, en août 1551, le Parlement de Dijon lui retire son siège de conseiller et le condamne au versement d'une très forte amende.

De 1551 à 1555, il redevient professeur, mais à l'Université de Grenoble, en attendant la révision de son procès au Parlement de Paris. La décision n'est rendue et confirmée que le 15 octobre 1557, mais Jean de Boyssonné est « lavé » de sa condamnation, et le procureur de Chambéry condamné aux dépens. Boyssonné reprend son siège au Parlement de Chambéry.

Il meurt à Chambéry, sans doute dans la seconde moitié de 1558.
Notes et références

↑ J-C. Margolin, infra
↑ B. Bennassar, B. Tollon in Histoire de Toulouse, Privat 1974

Jean-Claude Margolin, Le cercle de Jean de Boyssonné d'après sa correspondance et ses poèmes, in L'Humanisme à Toulouse (1480-1596), Honoré Champion, 2006, p. 223-245.
Jean-Claude Margolin, Au temps de Barthélémy Aneau : Jean de Boyssonné et l'humanisme lyonnais d'après sa correspondance, in Bulletin de l'Association d'étude sur l'humanisme, la réforme et la renaissance, année 1998, vol. 47. p. 11-24.
Patrick Ferté, Toulouse et son Université, relais de la Renaissance entre Espagne et Italie (1430-1550), inLes échanges entre les Universités européennes à la Renaissance, Genève, Droz 2003, p. 217-230.

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MessageSujet: Re: Y'becca, La Vie et L'Histoire du Protestantisme   Mar 20 Sep à 9:21

Caturce, Jean de

Jean de Caturce è stato un giurista francese condannato a morte per eresia.
https://books.google.fr/books?id=f9Y_AAAAcAAJ&pg=PT240&lpg=PT240&dq=Jean+de+Caturce&source=bl&ots=5FfxEAmpw6&sig=IUFDt0t7GBiTZqbPB00NSqPu7r8&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwjBnbeIn57PAhVqCcAKHarQApoQ6AEIPTAF#v=onepage&q=Jean%20de%20Caturce&f=false
Aveva studiato diritto presso l'Università di Tolosa, dove era stato allievo di Jean de Boyssoné e dove insegnò lui stesso.

Propagandò le nuove idee religiose a Limoux e a Tolosa.
Arrestato a Tolosa nel gennaio 1532, rifiutò di ritrattare. Fu condannato al rogo e giustiziato nel giugno 1532.
Bibliografia

Richard Copley Christie, Etienne Dolet, le martyr de la Renaissance : sa vie et sa mort, Slatkine Reprint, Genève 1969, pp. 73-76

Dizionario di eretici, dissidenti e inquisitori nel mondo mediterraneo
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Il progetto Ereticopedia consiste nella costruzione collaborativa di un dizionario on line di eretici, dissidenti e inquisitori nel mondo mediterraneo, affiancato da spazi di approfondimento e di libera discussione, nonché da una rivista a cadenza annuale. La lingua principale del sito è l'italiano, con l'ambizione tuttavia di sviluppare uno strumento multilingue.
Ereticopedia era in origine solo un progetto provvisorio e precario. L'idea-base è stata e resta tuttora quella di costruire un dizionario on line di personaggi e movimenti che si sono opposti alla "norma", rivendicando il diritto alla libertà personale, di pensiero, di espressione, di azione, il diritto al dissenso e il primato della coscienza individuale su regole, dottrine e rituali di comportamento imposti dall'alto ovvero comunemente accettati dalle società in cui ebbero la sorte di vivere. Cioè che hanno scelto di esercitare (con coraggio e spesso al prezzo della propria vita) diritti che dovrebbero costituire la base della nostra attuale società, che spesso si proclama figlia dei valori "illuministici", ma appartenenti anche alla più autentica tradizione cristiana, di tolleranza e rispetto della dignità della persona. Valori di tolleranza e libertà che sono stati fatti propri e sono oggi difesi con forza dalla Chiesa cattolica, dalla Chiesa ortodossa e dalle Chiese protestanti, che a loro volta, affermando semplicemente il proprio legittimo diritto di esistere, testimoniare e dissentire di fronte a regimi crudeli e disumani, hanno dovuto subire in tempi non lontani e talvolta subiscono ancora dolorose e sanguinarie persecuzioni: si pensi, a titolo di esempio, alla dura persecuzione esercitata da parte del regime hitleriano ai danni dalla Chiesa confessante di Martin Niemöller e Dietrich Bonhoeffer o ai danni di alcuni gruppi cattolici ardentemente oppostisi al nazismo (come quello della Rosa Bianca a Monaco), alla persecuzione, cruentissima, subita dalla Chiesa ortodossa russa sotto il regime staliniano o a quella subita dal clero e dai fedeli cattolici nella Cina comunista, che perdura ancora oggi in forme meno cruente e più subdole (mentre ogni legittima aspirazione alla libertà religiosa continua ad essere ferocemente repressa nella vicina Corea del Nord, tuttora saldamente retta da un regime fondato sulla medesima, brutale e disumana, ideologia). Per cui, si precisa, questo sito non è schierato a favore di tale o talaltra ideologia o confessione, ma mira esclusivamente e modestamente a illustrare i fatti e le problematiche con la chiarezza e il rigore che si devono al mestiere dello storico, nello spirito di favorire il dibattito e il confronto sui temi trattati.

Essendo gran parte dell'interesse del progetto rivolta alla dialettica tra pensiero critico e pensiero dogmatico-ideologico, il presente dizionario intende concentrarsi anche sull'altra faccia della medaglia, i fautori dell'Inquisizione, il cui ruolo è stato decisivo nel processo di "confessionalizzazione" cattolica che per molti versi ha contraddistinto l'Italia moderna, e del quale si vedrebbero ancora gli effetti nella posizione egemone esercitata sino ai giorni nostri dalla Chiesa cattolica nella società italiana. Come conseguenza di un processo ben più complesso, l'Inquisizione è stata vista da Adriano Prosperi in un'opera fascinosa (Tribunali della coscienza, Einaudi, Torino 1996) come l'unico potere centralizzato ed efficiente esistito nella Penisola, la cui affermazione avrebbe permesso al papato di radicare stabilmente la sua alta sovranità sulla società italiana fino ai giorni nostri: a tale alta sovranità Prosperi collegava suggestivamente le immagini degli uomini politici italiani inginocchiati ai piedi del papa durante i funerali di Aldo Moro, vedendovi "i momenti simbolici di una rifondazione dello Stato italiano (…) che ancora una volta - dopo gli anni della guerra nazifascista - ha dovuto far leva sulle ragioni ultime della sua unità" (ibid., p. X). Peraltro, di molti di questi inquisitori, del tribunale centrale del Sant'Uffizio e dell'attività e del personale delle sedi inquisitoriali locali in genere si sa ancora molto poco, nonostante tutto il "gran parlare" che indubbiamente si è fatto di Inquisizione romana negli ultimi anni, per riprendere una coraggiosa affermazione fatta da un giovane studioso in apertura di un libro recente su Gian Pietro Carafa (Andrea Vanni, "Fare diligente inquisitione". Gian Pietro Carafa e le origini dei chierici regolari teatini, Viella, Roma 2010, p. 11). Per contribuire in modo utile a colmare, almeno parzialmente, tali lacune, in questa sede si è pensato di allestire uno specifico spazio tematico di approfondimento, che ha preso la forma di un Repertorio degli inquisitori e delle sedi inquisitoriali, che consente una navigazione mirata e organizzata tra le voci relative più prettamente alle tematiche di storia dell'Inquisizione.

Il progetto, nato come un esperimento scientifico solitario, nel medio/lungo periodo si pone l'obiettivo di coinvolgere colleghi, cultori ed appassionati. L'impulso è quello di costruire un organismo che possa svilupparsi autonomamente e liberamente, con un carattere permanente di work in progress, senza una struttura predefinita/predeterminata e senza una direzione centrale che stabilisca rigidamente i contorni dell'opera. La pubblicazione on line sembra oltretutto la migliore soluzione tecnica, sia per garantire diffusione e visibilità, sia per il carattere e le non comuni potenzialità della formula adottata che favorisce la discussione e la collaborazione tra utenti desiderosi di mettere in comune e a disposizione le loro conoscenze, le loro passioni e i loro interessi, che potranno intervenire ad ogni momento sulle voci per migliorarle ed aggiornarle. Il progetto potrà così avere una struttura "evolutiva", che lo contraddistingua dalla struttura rigida e statica dei normali prodotti dell'industria editoriale ed "accademica". Su questo fronte si è registrata recentemente la pubblicazione di un Dizionario storico dell'Inquisizione in quattro densi volumi, a cura di Adriano Prosperi in collaborazione con Vincenzo Lavenia e John Tedeschi (Edizioni della Normale, Pisa 2010), strumento nel complesso di una certa utilità, nonostante alcuni evidenti e importanti limiti nella concezione generale dell'opera e nella scelta e nell'impostazione delle voci e degli argomenti, trattati non raramente in maniera troppo "ideologica" e superficiale (come ha evidenziato, tra gli altri, Giovanni Romeo, L’Inquisizione romana e l’Italia nei più recenti sviluppi storiografici, in "Rivista storica italiana", CXXVI, fasc. 1, 2014, pp. 186-204). Peraltro tale strumento appare per la sua conformazione stessa di ridotta fruibilità e "maneggevolezza" e non aggiornabile né migliorabile: non a caso una proposta, appena abbozzata, di metterlo on line, tradurlo e renderlo al contempo "evolutionary" (Jean Pierre Dedieu, How to make it more efficient. A proposal to computerize the Dizionario, in "Annali della Scuola Normale Superiore di Pisa, Classe di Lettere e Filosofia", V, 3, 2011, pp. 363-376) si è rivelata subito del tutto impraticabile. E nell'epoca di internet e del libro elettronico, in un contesto in cui, tra l'altro, si parla tanto dell'applicazione delle nuove tecnologie alle scienze umane e sociali, si tratta di un limite non trascurabile. Limite tecnico che vale anche per un'opera monumentale e straordinaria come la II edizione in tre volumi de Il Processo inquisitoriale del cardinal Giovanni Morone, curata da Massimo Firpo e Dario Marcatto con la collaborazione di Luca Addante e Guido Mongini (Libreria Editrice Vaticana, Roma 2011-2015), dal cui indice dei nomi (i luoghi in cui sono riportate le biografie degli innumerevoli personaggi citati vi sono evidenziati in grassetto) si potrebbe ricavare un vero e proprio dizionario, alternativo a quello diretto da Prosperi, della dissidenza religiosa nell'Italia del Cinquecento. Quest'opera tanto encomiabile e risultato di lunghe e faticose ricerche avrebbe potuto avere tutt'altro impatto e molto maggiore utilità (per il presente e per l'avvenire) se fosse stata concepita in modo meno tradizionale e più "interattivo" e "maneggevole". La scelta "conservatrice", antiquata e poco lungimirante degli editori scientifici rischierà di confinarla nelle poche, sparute biblioteche specialistiche in grado di acquistarla e di limitarne grandemente la diffusione e fruibilità. Tanto più se si considera che si tratta del rifacimento, con varie e talvolta consistenti integrazioni e qualche correzione, di un'opera già pubblicata negli anni ottanta, in condizioni più favorevoli e opportune per un'impresa di questo tipo, già abbastanza presente nelle biblioteche e sfruttata ampiamente dagli studiosi. Il difetto, in questo come in altri casi, potrebbe essere in parte colmato rendendo disponibile e scaricabile on line il testo pdf dell'opera (com'è stato fatto per l'edizione del Processo Soranzo, uscita nel 2004 a cura dello stesso Massimo Firpo e di Sergio Pagano, disponibile da qualche tempo sul sito web dell'editore, in questo caso l'Archivio Segreto Vaticano). Scelta felice appare quella di Michele Mancino e Giovanni Romeo, che hanno allegato ad un loro importante lavoro recente, Clero criminale. L'onore della Chiesa e i delitti degli ecclesiastici nell'Italia della Controriforma (Laterza, Roma-Bari 2013), una ricca e ragionata appendice documentaria consultabile on line in open access. Ancora più felice e tecnicamente innovativa risulta la scelta del gruppo di ricerca franco-italiano CORSAR, coordinato da Marie Viallon e Bernard Dompnier: al progetto di pubblicazione in cartaceo dell'integralità della corrispondenza di Paolo Sarpi è stato affiancato un sito web di concezione estremamente originale. Il sito, on line dal 2013 e in costante accrescimento, contiene la corrispondenza del teologo veneziano (con la possibilità di consultare, oltre alle trascrizioni, anche le riproduzioni digitali dei documenti archivistici) ma anche sezioni di approfondimento, tra le quali un dizionario dei personaggi, che apre un vivido spaccato sulla dialettica tra ortodossia e eterodossia nell'epoca del Sarpi. Tale soluzione, nel suo complesso, rappresenta un esempio brillante dell'enorme contributo che un'applicazione intelligente delle nuove tecnologie può dare alla ricerca umanistica. Sul fronte invece della produzione non accademica, da diversi anni esiste sul web un Dizionario del pensiero cristiano alternativo, meglio noto come Eresie.it, opera di un appassionato solitario. Si tratta di uno strumento utilissimo che copre un vasto arco cronologico, ma che appare privo di sezioni di inquadramento storico e storiografico ed è carente negli apparati critici. Esso, peraltro, al pari di analoghe iniziative on line accademiche e non e contrariamente a strumenti finiti come il Dizionario storico dell'Inquisizione, permette di interagire liberamente con il curatore, inviando suggerimenti, rilievi e richieste varie, e resta sempre migliorabile/aggiornabile.

Il presente sito, che si inserisce come progetto digitale nella collana Il "cannocchiale" dello storico: miti ed ideologie pubblicata da Aracne editrice e dotata di un comitato scientifico internazionale, è gestito da un comitato redazionale di giovani ricercatori ed è aperto ad ogni forma di collaborazione con studiosi e cultori interessati. Nel medio periodo se ne prevede anche una versione in inglese, cioè nella maggior lingua scientifica comunemente in uso, scelta puramente "pratica" per valorizzare il sito e che non comporta nessuna rinuncia ad affermare con forza l'inestimabile valore dell'italiano come lingua scientifica (cfr. in proposito Massimo Firpo, L'inglese chiaro anche nell'errore, "Il Sole 24 Ore", 04/03/2012). L'approccio è tuttavia multilinguistico e le voci possono essere redatte nelle lingue scientifiche più comunemente utilizzate (sul sito sono attualmente presenti in taluni casi versioni delle voci in francese, inglese e spagnolo), fermo restando che sarà cura della redazione tradurre in italiano le voci redatte in altre lingue e immettere on line le diverse versioni delle stesse.

Alcuni anni fa, Adriano Prosperi, nel suo intervento di presentazione di un rilevante progetto di ricerca, ha dichiarato: "Ai nostri giorni, la cultura accademica italiana è capace di mettere bastoni fra le ruote agli studi altrui, come dimostra la relazione anonima che ha consentito di non erogare un finanziamento alla ricerca nazionale sulla storia dell’Inquisizione da me diretta, ma non è altrettanto brava nel creare occasioni e strumenti di lavoro. Ci auguriamo che almeno questa proposta possa trovare un clima diverso e una adeguata sensibilità" (Adriano Prosperi, Nuove prospettive per una storia dell'Inquisizione, in Andrea Del Col (a cura di), Atti del Seminario di studio «Gli archivi dell’Inquisizione in Italia: problemi storiografici e descrittivi», Roma, Archivio di Stato, 18 febbraio 2005, in CROMOHS, 11, 2006). Pur dissentendo sul modo troppo polemico e "avvelenato" di criticare una (legittima e regolare) procedura di valutazione, ci permettiamo di fare nostro l'augurio di Prosperi, aggiungendo, per precauzione, qualche precisazione importante: questo sito, on line su questa piattaforma dal 12 febbraio 2013, è in costruzione e in continua revisione. La stesura di diverse voci già presenti nel sito è da considerarsi provvisoria: gli "scheletri" saranno ampliati e migliorati col tempo, così come il sito col tempo crescerà in numero e qualità dei contenuti. Al momento esso non ha nessuna pretesa, neanche in prospettiva, di competere con altri prodotti della ricerca finiti e già di ampia circolazione e/o successo (accademico, editoriale, commerciale e talvolta anche scientifico) o di supplire/sostituirsi ad essi. La presente iniziativa, lo si ripete, è un "esperimento", che punta a sfruttare al massimo le potenzialità della Rete e dell'applicazione delle tecnologie informatiche alle scienze umane, e vorrebbe essere anche un punto di incontro e di riflessione per studiosi ed appassionati appartenenti, se così si può dire, aggiungendo un tocco di utopia, alla "république des historiens" o, più in generale, alla (più autentica) "république des lettres" (nella sua moderna versione cybernetica). Niente di più. Se poi son rose, fioriranno…
Stato di avanzamento

Allo stato (provvisorio) attuale questo sito si configura come un Dizionario di eretici, dissidenti e inquisitori nel mondo mediterraneo in età moderna (XV-XIX sec.). Sono oggetto del suo interesse le biografie di tutti gli eretici e riformatori italiani nonché dei dissidenti politici e di tutti quei personaggi che ebbero a che fare con Riforma ed eresia in Italia e/o con l'Inquisizione romana in età moderna. Lo sguardo pertanto non è limitato solo all'Italia, ma una particolare attenzione è riservata alle interazioni e agli scambi tra Italia, Europa e mondo islamico, sia per quanto riguarda la circolazione di uomini ed idee sia per quanto riguarda persecuzione e repressione. Per es. rientrano ampiamente nell'ambito di interesse di quest'iniziativa problematiche come l'influenza di pensatori quali Erasmo, Montaigne o Sarpi nella cultura italiana ed europea in età moderna, il rapporto della Chiesa con il pensiero scientifico, la diffusione di libertinismo, ateismo e razionalismo, le connessioni tra stregoneria, esorcismi e possessione diabolica, la storia delle origini della Massoneria, nonché i rapporti dell'Inquisizione romana con le altre due grandi Inquisizioni (spagnola e portoghese) e con gli altri organismi incaricati di reprimere l'eresia (i Tre Savi sopra l'eresia istituiti dalla Repubblica di Venezia, la Chambre ardente istituita da Francesco I re di Francia etc.). Il disegno dell'opera è completato da approfondimenti tematici e storiografici.
Le voci inserite, il cui numero diviene sempre più consistente, sono in continuo miglioramento e revisione. Un lemmario (molto provvisorio e incompleto), che comprende le voci per le quali si è alla ricerca di collaboratori, è disponibile sul sito. Una sezione iconografica è in preparazione. Una sezione "Testi" è in progetto. Particolare attenzione è rivolta alla modellizzazione e ai rimandi interni ed esterni nelle voci per rendere il sito il più interattivo e user friendly possibile.
La veste grafica del sito e la sua alberatura saranno progressivamente migliorate ed adeguate agli scopi del progetto.

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MessageSujet: Re: Y'becca, La Vie et L'Histoire du Protestantisme   Mar 20 Sep à 9:21

Struttura del sito

Ereticopedia è strutturata in diverse sezioni. Questa strutturazione non è definitiva e potrebbe subire importanti cambiamenti in corso d'opera. Inoltre non si tratta di una suddivisione "rigida": spesso le voci appartengono a più di una sezione.

LISTA COMPLETA DELLE VOCI

Eretici, perseguitati, dissidenti (tag: eretici): persone perseguitate dalle autorità ecclesiastiche e/o secolari per le loro idee religiose e/o per ragioni politiche.
Intransigenti, persecutori, controversisti (tag: intransigenti): ecclesiastici che parteciparono attivamente alla lotta contro gli eretici in qualità di inquisitori, papi, vescovi, controversisti etc.
Riformatori (tag: riformatori): personaggi che ebbero al centro delle proprie preoccupazioni la riforma della Chiesa, in taluni casi associata alla ricerca di un dialogo con idee religiose eterodosse rispetto al cattolicesimo.
Letterati (tag: letterati): uomini di lettere che furono affascinati dalle nuove idee religiose oppure che furono "organici" alla Riforma tridentina, pur esprimendone talora contraddizioni ed inquietudini.
Editori, stampatori, librai (tag: stampatori): librai, tipografi ed editori che stamparono e/o misero in commercio opere di umanisti e/o eterodossi (e talvolta eterodossi loro stessi).
Filosofi (tag: filosofi).
Teologi ed esegeti (tag: teologi).
Predicatori (tag: predicatori).
Artisti (tag: artisti).
Medici (tag: medici).
Scienziati (tag: scienziati).
Giuristi (tag: giuristi)
Mercanti (tag: mercanti).
Attori politici (tag: attori_politici): principi, governanti, ambasciatori, pensatori politici che dovettero rapportarsi con le problematiche legate agli eretici e alla loro persecuzione.
Simulatori/simulatrici di santità (tag: finti_santi).
Streghe e stregoni (tag: streghe) : persone accusate di pratiche connesse con la stregoneria e l'adorazione del demonio.
Esorcisti e possessione diabolica (tag: esorcisti).
Visionari e profeti (tag: visionari).
Rinnegati (tag: rinnegati): personaggi che si convertirono dal cristianesimo all'Islam (e viceversa) e che per questo furono oggetto di persecuzione.
Temi & concetti (tag: temi).
Funzioni & istituzioni (tag: istituzioni): voci attinenti istituzioni e funzioni istituzionali con competenze sulla repressione dell'eresia e del dissenso.
Pratiche (tag: pratiche).
Eventi (tag: eventi).
Storici e storiografie (tag: storici): scrittori di storia e intellettuali che si sono occupati di eresie, dissenso e Inquisizione (e loro proposte storiografiche).
Dibattiti (tag: dibattiti): pagine dedicate a presentazioni/resoconti di dibattiti storiografici più o meno recenti (si tratta di approfondimenti/complementi/appendici di altre voci e per questo non vengono conteggiate e inserite nell'indice generale, ma esclusivamente in questa specifica sezione).
Strumenti (tag: strumenti): repertori, liste storiche, cronotassi e altri strumenti utili (di nuovo, si tratta di approfondimenti/complementi/appendici di altre voci non conteggiate e inserite nell'indice generale).

REPERTORIO DEGLI INQUISITORI E DELLE SEDI INQUISITORIALI (in allestimento)

QUADERNI ERETICI | CAHIERS HÉRÉTIQUES (Rivista on line)

MATERIALI E LETTURE (Sito collegato)

NORME REDAZIONALI

COME CITARE ERETICOPEDIA

ELENCO DELLE ABBREVIAZIONI E DEI SITI WEB DI INTERESSE

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et tamen e summo, quasi fulmen, deicit ictos
invidia inter dum contemptim in Tartara taetra
invidia quoniam ceu fulmine summa vaporant
[Lucretius, De rerum natura, lib. V]
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MessageSujet: Re: Y'becca, La Vie et L'Histoire du Protestantisme   Mar 20 Sep à 9:23


18 octobre 1534
L'Affaire des placards

Dans la nuit du 18 octobre 1534, des protestants français placardent des proclamations contre la messe en différents lieux du pays et jusque sur la porte de la chambre de François 1er, à Amboise.

C'est la première manifestation d'hostilité entre protestants et catholiques en France. Elle mènera vingt-cinq ans plus tard aux guerres de religion...
Marie Desclaux
Les germes de la division

Née en Allemagne une quinzaine d'années plus tôt, la Réforme luthérienne avait lentement pénétré en France. En 1522, un moine français défroqué se marie à Wittenberg, la « Rome » de la nouvelle religion. D'autres ecclésiastiques suivent ses traces et se forment à la doctrine nouvelle qu'ils reviennent enseigner en France.

Contre ces hérétiques, les théologiens de la Sorbonne et du Parlement renouent avec une vieille recette, également employée contre les sorciers : le bûcher.

Le premier à en faire les frais, le 8 août 1523, devant Notre-Dame de Paris, est un ancien moine de Livry-en-Aulnois (aujourd'hui Livry-Gargan), Jean Vallière. À Meaux, à l'est de Paris, Jean Leclerc, un ancien cardeur de laine, est supplicié et meurt en odeur de sainteté le 29 juillet 1525. Mais la plupart des procès en hérésie se terminent de façon plus accommodante.

Dans la nuit du 1er juin 1528, la mutilation d'une statue de la Vierge (les protestants contestent le culte adressé à la mère du Christ) émeut les Parisiens et le roi.François 1er en personne se met à la tête d'une procession d'expiation. Le temps fait heureusement son oeuvre.
Une répression brutale

Francois 1er, portrait anonyme (musée Carnavalet)Le roi de France, relativement indifférent aux questions religieuses, fait preuve d'une certaine ouverture d'esprit, n'hésitant pas à nouer des alliances avec les protestants d'Allemagne et le sultan de Constantinople.

Mais il prend fort mal l'« affaire des placards » qui porte atteinte à l'institution ecclésiastique et, par voie de conséquence, à la monarchie de droit divin.

Ces placards ou affiches ont été rédigés par Antoine Marcourt, un pasteur de Neuchâtel, en Suisse, adepte de Zwingli, et imprimés dans la même ville.

Ils s'intitulent : « Articles véritables sur les horribles, grands et insupportables abus de la messe papiste, inventée directement contre la sainte Cène de Notre Seigneur, seul médiateur et sauveur Jésus-Christ ».

Ils insultent la religion catholique, son clergé et ses rites en des termes si injurieux que même des protestants les désapprouvent. Ainsi dénoncent-ils la messe : « On ne doit pas réitérer le sacrifice du Christ » et le dogme de l'Eucharistie qui affirme la présence réelle du corps du Christ dans l'hostie consacrée : « Il ne peut se faire qu'un homme de vingt ou trente ans soit caché en un morceau de pâte».

Le roi n'est-il pas lui-même « roi par la grâce de Dieu », seul laïc habilité à communier sous les deux espèces, le pain et le vin, au moment du sacre? L'idée que tous les fidèles de Luther s'autorisent la communion sous les deux espèces contribue à sa colère.

En représailles, le roi s'engage à réprimer les « mal sentants de la foi ». Aux carrefours, on promet 200 écus à quiconque dénoncera les auteurs des placards et les arrestations se multiplient.

Le 13 novembre suivant, un premier hérétique est brûlé. Le 13 janvier 1535, le Parlement de Paris crée une commission spéciale, la « chambre ardente » pour traquer les livres séditieux. Un édit royal prohibe l'imprimerie et ferme les librairies. C'est la première manifestation de censure depuis l'invention de l'imprimerie.

Enfin, le 21 janvier 1535, une journée d'expiation solennelle se clôt par la mort sur le bûcher de six nouveaux hérétiques protestants. « chambre ardente ». Le soir, le roi déclare devant une assemblée de notables : « Si mon bras était infecté de telle pourriture, je le voudrais séparer de mon corps ».

Le juriste Jean Calvin, établi à Nérac, sous la protection de la soeur du roi, Marguerite de Navarre, est compromis à son corps défendant. Il préfère se réfugier à Bâle où il publie L'Institution de la religion chrétienne pour tenter de convaincre le roi du bien-fondé de la Réforme.

Là-dessus, la colère du roi s'estompe, notamment sous l'influence de sa soeur, proche des cercles protestants. Le 29 juillet 1535, tandis qu'il renforce son alliance avec les princes protestants d'Allemagne contre son rival Charles Quint, il publie l'édit de Coucy qui prononce une amnistie générale.

Nouveau revirement avec un édit publié à Fontainebleau en 1541, qui prescrit aux seigneurs justiciers de reprendre la chasse aux hérétiques. En 1546, le pasteur de Meaux, qui n'est autre que le frère du martyr Jean Leclerc, est arrêté à l'issue d'une Cène et conduit au bûcher avec treize autres fidèles.

Parmi les autres victimes de la répression (au total 400 à 500 personnes) figure l'humaniste et imprimeur lyonnais Étienne Dolet, brûlé sur la place Maubert, à Paris, le 3 août 1546, pour cause d'impiété.
Vaudois, patarins et autres hérétiques

Entre le 15 et le 20 avril 1545, François 1er consent au massacre de 3000 Vaudois établis dans la montagne du Luberon (*), au sud de la France. Une vingtaine de villages sont dévastés par la soldatesque du sieur d'Oppède, sur un ordre du parlement d'Aix. 600 survivants sont envoyés aux galères.

Cette action ternit les dernières années du roi, qui meurt deux ans plus tard avec, dit-on, un très vif regret de cette décision.

Les Vaudois se réclament d'un certain Pierre Valdo qui prêchait à Lyon au XIIe siècle et fut excommunié vers 1182. Comme les Cathares de la région de Toulouse ou encore les Patarins italiens, il dénonçait la décadence morale du haut clergé et revendiquait une église plus proche des vertus évangéliques de charité et de pauvreté. Après le massacre du Luberon, les derniers Vaudois se fondent dans la Réforme protestante.

La disparition de François 1er est suivie d'un court répit mais l'intolérance religieuse reprend le dessus après la mort de son successeur Henri II et débouche sur les guerres de religion.
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MessageSujet: Re: Y'becca, La Vie et L'Histoire du Protestantisme   Mar 20 Sep à 9:24

François Rabelais (également connu sous le pseudonyme Alcofribas Nasier, anagramme de François Rabelais, ou bien encore sous celui de Séraphin Calobarsy) est un écrivain français humaniste de la Renaissance, né à la Devinière à Seuilly, près de Chinon (dans l’ancienne province de Touraine), en 1483 ou 1494 selon les sources, et mort à Paris le 9 avril 1553.

Ecclésiastique et anticlérical, chrétien et libre penseur, médecin et bon vivant, les multiples facettes de sa personnalité semblent parfois contradictoires. Pris dans la tourmente religieuse et politique de la Réforme, Rabelais se montre à la fois sensible et critique vis-à-vis des grandes questions de son temps. Par la suite, les regards portés sur sa vie et son œuvre ont évolué selon les époques et les courants de pensée.

Admirateur d'Érasme, maniant la parodie et la satire, Rabelais lutte en faveur de la tolérance, de la paix, d'une foi évangélique et du retour au savoir de l'Antiquité gréco-romaine, par-delà ces « ténèbres gothiques » qui caractérisent selon lui le Moyen Âge, reprenant les thèses de Platon pour contrer les dérives de l'aristotélisme. Il s'en prend aux abus des princes et des hommes d'Église, et leur oppose d'une part la pensée humaniste évangélique, d'autre part la culture populaire, paillarde, « rigolarde », marquée par le goût du vin et des jeux, manifestant ainsi une foi chrétienne humble et ouverte, loin de toute pesanteur ecclésiastique.

Son réquisitoire à l'encontre des théologiens de la Sorbonne et ses expressions crues, parfois obscènes, lui attirent les foudres de la censure des autorités religieuses, surtout à partir de la publication du Tiers Livre. Il partage avec le protestantisme la critique de la scolastique et du monachisme, mais le réformateur religieux Jean Calvin s'en prend également à lui de manière très virulente.

Ses œuvres majeures, comme Pantagruel (1532) et Gargantua (1534), qui tiennent à la fois de la chronique, du conte avec leurs personnages de géants, de la parodie héroï-comique, de l'épopée et du roman de chevalerie, mais qui préfigurent aussi le roman réaliste, satirique et philosophique, sont considérées comme une des premières formes du roman moderne.

Biographie
De la campagne tourangelle à la vie monastique
Estampe représentant La Devinière, lieu d'enfance de l'écrivain.
La Devinière, lieu d'enfance de l'écrivain.

Selon une tradition qui remonte à Roger de Gaignières (1642-1715), le fils du sénéchal et avocat Antoine Rabelais nait au domaine de la Devinière à Seuilly, près de Chinon en Touraine2. Aucune preuve n'indique avec certitude les dates de naissance et de mort de Rabelais. En 1905, Abel Lefranc postule l'année 1494 en s'appuyant sur le fait que Gargantua voit le jour un mardi gras ayant lieu aux alentours du 3 février3. Une lettre adressée à Guillaume Budé va également dans ce sens car Rabelais s'y nomme adulescens, terme latin s'appliquant au jeune homme de moins de trente ans, mais il s'agit peut-être d'une simple marque de modestieN 1,4. Les chercheurs s'accordent davantage sur 1483, en raison d'une copie de son épitaphe indiquant sa mort le 9 avril 1553 à l'âge de 70 ans5. Jean Dupèbe a néanmoins découvert une pièce notariale portant sur la succession de Rabelais en date du 14 mars 15536. Selon une troisième hypothèse avancée par Claude Bougreau, il serait né le 5 mai 1489, ainsi qu'il le déduit d'une étude du chapitre 40 du Tiers-Livre7.

Son enfance se déroule probablement de manière similaire aux bourgeois aisés de son temps, bénéficiant de l'enseignement médiéval : le trivium (grammaire, rhétorique, dialectique) et le quadrivium (arithmétique, géométrie, musique, astronomie)8. Selon un témoignage rédigé au XVIIe siècle par Bruneau de Tartifume, Rabelais commence sa vie de cordelier au couvent de la Baumette avant de rejoindre celui du Puy Saint-Martin à Fontenay-le-Comte. Il se lie alors avec Pierre Lamy, franciscain comme lui, et correspond avec Guillaume Budé. En 1523, ils voient tous deux leurs livres de grec confisqués, la connaissance de cette langue étant alors jugée dangereuse par la Sorbonne comme incitant à la libre interprétation du Nouveau Testament9. En obtenant un indult du pape Clément VII, ils réussissent à obtenir la permission d'intégrer l'ordre des bénédictins, moins fermé à la culture profane. À l'abbaye Saint-Pierre-de-Maillezais, il y rencontre l'évêque Geoffroy d'Estissac, prélat lettré nommé par François Ier. Ce dernier prend Rabelais comme secrétaire et le place sous sa protection10. Quittant son habit de moine sans en demander officiellement l'autorisation, ce qui constitue alors un crime d'apostasie, Rabelais entreprend probablement un séjour à Paris entre 1528 et 1530, en commençant des études de médecine. Il entretient également une liaison amoureuse avec une veuve et devient père de deux enfants, légitimés en 154011.
Médaille commémorative à l'effigie de Rabelais, conservée au Musée des Hospices civils de Lyon.
Médaille commémorative à l'effigie de Rabelais - revers avec représentation du Pont du Rhône, conservée au Musée des Hospices civils de Lyon
Vocation de médecin et premières œuvres littéraires
Portrait du cardinal Jean du Bellay
Les trois voyages de Rabelais à Rome sont placés sous la protection de Jean du Bellay.

Rabelais consacre l'essentiel de sa carrière à la médecine, y développant son érudition sans apporter d'innovations majeures12.

Le 17 septembre 1530, Rabelais s'inscrit à la Faculté de médecine de Montpellier, où il est reçu bachelier six semaines après. Le baccalauréat, correspondant alors au premier grade universitaire, suppose généralement plusieurs années de formation. Son obtention rapide s'explique par des connaissances livresques ou par d'hypothétiques études parisiennes antérieures13. L'université jouit alors d'une excellente réputation parce qu'on y valorise l'expérience et, plus globalement, s'y joue le renouvellement de la discipline. Au printemps 1531, il consacre un enseignement aux commentaires des textes grecs des Aphorismes d'Hippocrate et de l'Ars parva de Galien. L'originalité de Rabelais ne tient pas dans le choix de ces auteurs, qui font autorité, mais dans la préférence qu'il accorde aux manuscrits grecs plutôt qu'à la vulgate latine découlant de traductions arabes14. Il s'intéresse également à la botanique médicale, qu'il étudie avec Guillaume Pellicier, ou encore à l'anatomie, assistant au moins à une dissection organisée par Rondelet le 18 octobre 153015.

Au printemps 1532, Rabelais s'installe à Lyon (qu'il surnomme « Myrelingue la brumeuse »), grand centre culturel où fleurit le commerce de la librairie. Le 1er novembre, il est nommé médecin de l'Hôtel-Dieu de Notre-Dame de la Pitié du Pont-du-Rhône, où il exerce par intermittence. D'après le témoignage de ses amis, il acquiert une solide notoriété dans son domaine, comme l'atteste l'ode élogieuse de Macrin16. Il figurera d'ailleurs en 1556 dans un répertoire de médecins illustres publié à Francfort-sur-l'Oder17. Ces années lyonnaises s'avèrent fécondes sur le plan littéraire. Il publie chez l'imprimeur Sébastien Gryphe un choix des œuvres médicales précédemment annotées à Montpellier, édite les Lettres médicinales de Manardi et le Testament de Cuspidius. Cet opuscule juridique, comportant le testament d'un Romain et contrat de vente de l'Antiquité, s'avère être une supercherie de deux humanistes italiens, découverte à la fin du XVIe siècle18,N 2. En 1532, Pantagruel sort des presses de Claude Nourry, sous le pseudonyme et anagramme d'Alcofribas NasierN 3, parodiant l'ouvrage anonyme Grandes et inestimables chroniques du grant et enorme geant Gargantua, un recueil de récits populaires, de verve burlesque, s'inspirant de la geste arthurienne. Peut-être que Rabelais n'est pas étranger à l'écriture ou à l'édition de cet ouvrage encore énigmatique mais d'une qualité littéraire médiocre19. Le succès immédiat de son premier roman l'incite sans doute à écrire, début 1533, la Pantagrueline Prognostication, almanach moqueur à l'égard des superstitions.

Le pseudonyme, dont le prénom est repris dans Gargantua, laisse supposer un désir de ne pas confondre ses ouvrages savants et ses fantaisies gigantales : « un savant médecin ne pouvait inscrire son nom sur la couverture d'un ouvrage si peu sérieux »20. La mention « abstracteur de quintessence » tient, elle, de l’alchimie à la mode au XVIe siècle21. Si ce premier roman s'inscrit dans une verve burlesque, il témoigne également déjà de la grande érudition de son auteur qui s'est plu à farcir le texte de références antiques et contemporaines22.
Voyages en Italie
statue d’Étienne Dolet.
Ami de Rabelais, Étienne Dolet meurt en 1546 dans un contexte religieux de plus en plus conflictuel.

Aucune preuve n'établit avec certitude l'époque de la rencontre entre Jean du Bellay et Rabelais. Toujours est-il que l’évêque de Paris se rend à Rome en ayant pour mission de convaincre le pape Clément VII de ne pas excommunier Henri VIII. Il engage alors Rabelais en janvier 1534 comme secrétaire et médecin jusqu'à son retour en avril. L'écrivain se passionne alors pour la composition de la ville et souhaite en établir un plan. Or, la même année paraît Topographia antiqua Romae de Bartolomeo Marliani, qu'il trouve supérieur à son projet, et transmet revu et corrigé chez Gryphe23. La réédition du Pantagruel de 1534 s’accompagne de nombreuses corrections orthographiques, syntaxiques et typographiques innovantes, ainsi que des ajouts révélateurs de la lutte contre la Sorbonne24.

De février à mai 1535, dans un contexte houleux pour les évangéliques à la suite de l'affaire des Placards, Rabelais part brusquement de Lyon, ne laissant aucune trace. Fin 1534 ou début 1535 sort sa seconde parodie de roman de chevalerie, Gargantua, davantage imprégnée par l'actualité politique et favorable à la monarchie. En juillet, Jean du Bellay, nommé cardinal, toujours chargé de diplomatie, l'emmène de nouveau à Rome. Rabelais s'occupe également des affaires de son protecteur Geoffroy d'Estissac, lui servant entre autres d'agent de liaison25.

Le 17 janvier 1536, un bref de Paul III autorise Rabelais à regagner un monastère bénédictin de son choix et à exercer la médecine, à condition de ne pas pratiquer d'opérations chirurgicales et de faire pénitence devant un confesseur à sa convenance26. Il doit également rejoindre l'abbaye de Saint-Maur-des-Fossés, dont le cardinal est alors abbé commendataire. Les moines y devenaient des prêtres séculiers en raison de sa transformation en collégiale engagée en 153327.

En 1540, Rabelais part pour Turin dans la suite de Guillaume du Bellay, frère du cardinal, seigneur de Langey et gouverneur du Piémont. La même année, François et Junie, ses enfants nés hors du mariage, sont légitimés par Paul III. Le 9 janvier 1543, Langey meurt à Saint-Symphorien-en-Laye et Rabelais ramène son corps au Mans, où il est inhumé le 5 mars 1543. Le 30 mai suivant, Geoffroy d'Estissac décède à son tour28.
La montée de l'obscurantisme
Reproduction du curé de Meudon par un tableau de Jules Garnier
Reproduction d'un tableau de Jules Garnier.

Le 19 septembre 1545, Rabelais obtient un privilège royal pour l'impression du Tiers Livre, édité en 1546 chez Chrestien Wechel, qu'il signe de son propre nom. Les théologiens de la Sorbonne le condamnent alors pour hérésie, accusation évoquée dans l'épitre dédicatoire du Quart Livre. Le 31 décembre 1546, le roman rejoint les deux précédents dans le catalogue des livres censurés par l'université29.

En mars 1546, Rabelais fuit la France et se retire au plus tôt jusqu'en juin 1547, au plus tard début 1548, à Metz, ville libre impériale. Il entre au service de la cité, en tant que médecin ou conseiller. Il demeure chez Estienne Lorens dans le quartier de l’Ancienne Ville. L'édifice porte désormais son nom. Le Quart Livre conserve des souvenirs de cet intermède messin, notamment par le patois, les coutumes et les légendes de la ville, comme le Graoully30.

En 1547, le roi Henri II succède à François Ier. Le cardinal Jean du Bellay est maintenu au Conseil Royal, et obtient la surintendance générale des affaires du royaume en Italie. Il se trouve à Rome de juillet 1547 à juillet 1550. Bien qu'aucun document ne rende compte de la durée exacte du séjour de Rabelais, celui-ci se trouve à ses côtés et l'aide notamment pour ses fouilles archéologiques31.

Le 18 janvier 1551, le cardinal du Bellay octroie à Rabelais les cures de Saint-Martin de Meudon et de Saint-Christophe-du-Jambet. Il ne réside pas à Meudon, mais peut-être à Paris ou dans le château de Saint-Maur, encore en construction. L'image de l'humaniste en bon curé de cette ville est une légende tardive32.
Les derniers écrits
« Je vais quérir un grand peut-être » aurait répondu Rabelais à un page envoyé par du Bellay ou le cardinal de Lorraine33.

En 1548, onze chapitres du Quart Livre sont publiés. Le 6 août 1550, Rabelais obtient du roi un privilège d'édition pour toutes ses œuvres, avec interdiction à quiconque de les imprimer ou de les modifier sans son consentement. Dans la même période, le contrôle s'accentue sur l'imprimerie avec l'édit de Châteaubriant dont une clause impose que chaque librairie détienne une copie du catalogue des livres interdits par la Sorbonne. Il y figure les trois premiers romans rabelaisiens. La condamnation par l'université n'empêche pas la circulation d'ouvrages bénéficiant d'un privilège royal34.

La version intégrale du Quart Livre paraît en 1552, avec une lettre dédicacée à Odet de Châtillon le remerciant pour ses encouragements. Le Quart livre est censuré par les théologiens de la Sorbonne, et la publication en est suspendue pour deux semaines, par un arrêt du Parlement en date du 1er mars 1552, en attendant une nouvelle confirmation du roi35.

Le 7 janvier 1553, Rabelais résigne ses cures. Il meurt à Paris, rue des Jardins36, le 9 ou 14 avril 1553, sa mort donnant lieu à de nombreuses légendes et anecdotes invraisemblables, telles ce testament burlesque « Je n'ai rien, je dois beaucoup, je donne le reste aux pauvres » ou cette déclaration apocryphe : « Tirez le rideau, la farce est jouée »33. Il est enterré dans le cimetière de l'église Saint-Paul-des-Champs au pied d'un grand arbre36,37,38.

Neuf ans après sa mort, seize chapitres d'un Cinquième Livre sont publiés, puis une publication intégrale en 1564, sans indication de lieu, ni de librairie. L'authenticité, partielle ou entière, de ce livre est un sujet de débats récurrents depuis lors39. Toujours est-il qu'avec lui s'achève la geste pantagruélique et la quête de la Dive Bouteille.
L'œuvre
Les romans
Pantagruel
Article détaillé : Pantagruel.
Selon lui, Panurge s'est trouvé embroché par les Turcs.

Publié en 1532, Pantagruel raconte sur un mode burlesque la vie du héros éponyme, reprenant la trame des romans de chevalerie : naissance, éducation, aventure et exploits guerriers. Le géant, fils de Gargantua et de Badebec, vient au monde lors d'une période de sécheresse qui lui donne son nomC 1. Après une enfance placée sous le signe d'une faim insatiable et d'une force démesurée, il entreprend le tour des universités françaises. À Paris, l'épisode fameux de la librairie Saint-VictorN 4 écorne les adversaires des humanistes, comme Duns Scot ou Noël Béda, au travers d'un catalogue imaginaire. La lettre de Gargantua rend un hommage vibrant à la renaissance du savoir par-delà le Moyen Âge, exhortant son fils à devenir un « abysme de science ». Puis apparaît Panurge, qui devient le fidèle compagnon de Pantagruel. Ce personnage fourbe multiplie les farces cruelles, les tours pendards et les bouffonneries. Pantagruel prouve son talent de juge dans l'inintelligible procès entre Humevesne et Baisecul avant que Panurge ne montre sa propre habileté dans un simulacre de controverse en langue des signes avec Thaumaste. Les Dipsodes, gouvernés par le roi Anarche, envahissent le pays des Amaurotes, à savoir l'UtopieN 5 sur lequel règne Gargantua. Pantagruel part donc en guerre. Lui et ses compagnons triomphent de leurs ennemis par des ruses invraisemblables : piège de cordes pour faire chuter les 660 cavaliers, livraison d'euphorbe et de « coccognide »N 6,40 pour assoiffer l'ennemi contraint de boire. Peu après, Pantagruel triomphe de Loup Garou et de trois cents géants. Epistémon, soigné après une décapitation, raconte son séjour aux Enfers, où toute la hiérarchie terrestre est inversée. Les combats terminés, Pantagruel prend possession des terres des Dipsodes. Le narrateur explore ensuite le corps du géant, découvrant un autre monde. Il conclut l'ouvrage en promettant de raconter d'autres prouesses extraordinaires tout en invitant le lecteur de se garder des nuisibles hypocrites hostiles aux livres pantagruéliques.
Gargantua
Les pèlerins mangés en salade - Illustration de Gustave Doré, 1873.
Article détaillé : Gargantua.

Le second roman de Rabelais, toujours publié sous le nom d'Alcofribas Nasier, pose des problèmes de datation, la critique actuelle hésitant entre 1533-1534 et 153541. En raison de la répression royale de 1534, cette question importe pour évaluer la hardiesse du propos. Gargantua, longtemps jugé mieux construit que Pantagruel, s'en démarque moins par une supériorité stylistique que par son didactisme plus prononcé. Dans le célèbre prologue, le narrateur avertit ses lecteurs de ne point s'arrêter au sens littéral mais d'interpréter le texte au-delà de son apparence frivole, et de chercher la « substantifique moelle » de ses écritsC 2. L'auteur multiplie en effet les allusions aux événements ou interrogations de son époque. Le récit commence par annoncer la généalogie du héros mais ne donne à lire qu'un poème illisible, Les Franfreluches antidotées.

Le passage suivant évoque la grossesse de Gargamelle, mère de Gargantua, en affirmant la possibilité de porter onze mois l'enfant dans son ventreN 7,42. Au fur à mesure qu'il grandit, le géant se révèle ingénieux, en particulier lorsqu'il invente le torchecul, ce qui convainc son père Grangousier de lui trouver un précepteur. Il subit alors une éducation formaliste fondée sur un apprentissage mécanique, ce qui met en cause l'enseignement de la Sorbonne. Thubal Holoferne lui impose d'apprendre des traités par cœur et à l'envers, maître Jobelin lui lit une série d'ouvrages de scolastique médiévale. L'entrée en scène du précepteur Ponocrates est l'occasion d'introduire les idées humanistes en matière de pédagogie, substituant la rhétorique argumentative aux procédés syllogistiques43. Gargantua, son nouveau maître et le page Eudemon sont envoyés à Paris au moyen d'une gigantesque jument. La curiosité étouffante des Parisiens contraint le prince à se réfugier sur les tours de Notre-Dame, avant de submerger la foule de son urineC 3. Gargantua ayant dérobé les cloches de la cathédrale afin d'en faire des grelots pour sa monture, le sophiste Janotus de Bragmardo déclame une harangue maladroite pour qu'il les restitue, tournant involontairement en ridicule le style des sorbonnards. Ponocrates met en œuvre une éducation inspirée entre autres de Vivès44 et probablement de théoriciens italiens comme Vittorino de Feltre45. Gargantua se livre aussi bien à des exercices intellectuels que physiques, apprenant à manier les armes comme à jouer de la musique.
Frère Jean défend le clos de l'abbaye contre les soldats de Picrochole.

Les fouaciers de Lerné génèrent une rixe avec les viticulteurs du royaume. Vaincus, ils se plaignent au roi Picrochole qui décide de partir en guerre. L'attaque contre le clos de Seuillé échoue en raison de la défense de Frère Jean des Entommeures, moine haut en couleur qui rejoint les compagnons de Gargantua. Le regret de Grandgousier de partir au combat et ses tentatives diplomatiques pour l'éviter rejoignent les convictions d’Érasme46. En revanche, les conseils expansionnistes des gouverneurs de Picrochole recèlent une satire des visées impérialistes de Charles Quint. Gargantua remporte l’assaut de la Roche Clermaud en suivant les progrès de l'art militaire, avec la rationalisation des manœuvres subordonnées au terrain47. Gargantua se montre clément et magnanime en n'imposant que le travail de l'imprimerie à ses rivaux défaits et généreux envers ses alliés.

Gargantua ordonne la construction de l'abbaye de Thélème pour récompenser Frère Jean, dont le nom signifie « volonté » dans le grec du Nouveau Testament. Cet édifice à la forme d'hexagone regorge de richesses, par opposition à l'austérité traditionnelle en vigueur dans les ordres monastiques. Sa seule règle réside dans la formule « Fay ce que vouldras » inscrite sur son fronton. Michael Screech pense que « L'atmosphère générale de l’Église est celle d'un christianisme platonisant »48, et cela exprimerait, selon lui, les positions de Rabelais quant à la religion, s'intéressant principalement « à la liberté du chrétien qui a été libéré de la loi mosaïque »48. Michael Screech rappelle également que « la liberté chrétienne était le cri de ralliement de tous ceux qui croyaient avec saint Paul que le Christ avait libéré l'homme de sa sujétion à la loi »48. Ainsi Rabelais prônerait avant tout un retour aux valeurs essentielles du christianisme, se rattachant aux idées humanistes de son époque. La liberté des Thélémites va paradoxalement de pair avec une vie presque toujours partagée. Ils sont « biens naturés », c'est-à-dire vertueux, donc leur sens de l'honneur contrebalance la permissivité de la maxime48.
Tiers Livre
Article détaillé : Le Tiers Livre.
Gravure représentant Panurger demandant conseil à Triboulet.
Après avoir en vain usé de la divination et consulté des savants, Panurge demande conseil au fou Triboulet.

Publié en 1546 sous le nom de François Rabelais, bénéficiant du privilège de François Ier et de celui d'Henri II pour l'édition de 1552, le Tiers Livre est comme les autres romans condamné par la Sorbonne. À la forme de la chronique se substituent les discours des personnages, en particulier du dialogue entre Pantagruel et Panurge. En effet, ce dernier hésite à se marier, partagé entre le désir d'une femme et la crainte du cocuage. Il se livre alors à des méthodes divinatoires, telles l'interprétation des rêves et la bibliomancie, et consulte des autorités détenant un savoir révélé, comme la sibylle de Panzoust ou le muet Nazdecabre, des connaissances profanes, par exemple le théologien Hippothadée ou le philosophe Trouillogan, ou sous l'emprise de la folie, en l'occurrence Triboulet. Il est probable que plusieurs des personnages pressentis se réfèrent à des individus réels, Rondibilis incarnant le médecin Rondelet, l'ésotériste Her Trippa correspondant à Cornélius Agrippa49. L'un des traits comiques du récit tient aux interprétations contradictoires auxquelles se livrent Pantagruel et Panurge, structure annoncée dès le chapitre III par l'éloge paradoxal des dettes50.

Les caractères montrent également une évolution significative. Par rapport à Pantagruel, Panurge se révèle moins rusé et assez obtus dans sa prétention à retourner tous les signes à son avantage et dans son refus de prêter attention aux conseils qu'il sollicite. Abusé par sa « philautie », ou amour de soi, il accuse Her Trippa, aux présages funestes, du vice dont il fait lui-même preuve. Sa culture sert sa pédanterie, non sa sagesse. Inversement, Pantagruel gagne en pondération, perdant de son exubérance de géant51.

Les protagonistes décident finalement de prendre la mer pour aller interroger l'oracle de la Dive Bouteille. Les derniers chapitres se consacrent à la louange du Pantagruelion, plante aux vertus miraculeuses, qui n'est autre que le chanvreN 8. Le narrateur lui-même intervient dans le récit, le décrivant d'abord minutieusement comme un naturaliste inspiré par Pline et Charles Estienne, puis développant ses qualités avec un lyrisme nourri d'allusions mythologiques52.
Le Quart Livre
Article détaillé : Le Quart Livre.
En mer, près de l'île Farouche, le Physetere, un monstre marin, attaque le navire de Pantagruel.

Une première édition brouillonne du Quart Livre paraît en 1548, comportant onze chapitres et de nombreuses coquilles. Son caractère négligé rend mystérieuses les circonstances d'une telle publication, surtout pour un auteur controversé. Le prologue dénonce les diffamateurs mais la suite du récit ne soulève aucune idée polémique. Néanmoins, il contient déjà des épisodes parmi les plus fameux de la geste rabelaisienne, à savoir la tempête en mer et les moutons de Panurge, ainsi que l'esquisse d'une trame narrative faite d'une odyssée erratique53.

Le Quart Livre de 1552, imprimé par Michel Fezandat, relate donc le voyage de Pantagruel et de ses compagnons partis afin d'interroger l'oracle de la Dive Bouteille. Celle-ci, peu évoquée, constitue en réalité un prétexte pour l'exploration ou la simple évocation de quatorze îles dont l'atmosphère fantastique laisse transparaître les tourments de l'époque. La première escale, l’île de Medhamoti, ouvre ainsi sur le merveilleux par une foire fabuleuse : Epistémon achète une peinture des Idées de Platon, Pantagruel acquiert trois licornes. La verve comique de Rabelais se vérifie ensuite par l'épisode des moutons de Panurge, lors duquel le marchand Dindenault perd la totalité de son bétail, ou lors de la satire carnavalesque des Chicanous, qui gagnent leur vie en se faisant battre. L'étouffement au beurre de Bringuenarilles, sur l'île de Tohu et Bohu, donne l'occasion d'un catalogue de morts extraordinaires. Par son sujet, il rejoint la discussion sur l'île des Macraeons à propos des conceptions païennes et chrétiennes de l'immortalité de l'âme.

Rabelais reprend un motif traditionnel de la culture médiévale par la guerre des Andouilles : celles-ci, alliées à Mardi-Gras, attaquent Pantagruel parce qu'ils le confondent avec leur ennemi Quaresmeprenant. La rivalité entre les Papefigues, hostiles au Vatican et les Papimanes, adulateurs du pape, témoigne des tensions religieuses. Rabelais tourne en dérision la déification papale, de même que la prétendue sacralité des décrétales. La langue représente un thème essentiel du récit à de multiples reprises, notamment lors de la découverte d'Ennasin, où le nom des habitants déterminent leurs alliances et liens de parentés, et plus encore lors du prodige des paroles dégelées. Arrivé dans des eaux glaciales, l'équipage entend des sons sans en distinguer la provenance. Ce sont des paroles et des bruits restés emprisonnés dans la glace. Le refus de Pantagruel de conserver ces paroles en dénonce l'absurdité : le langage ne se thésaurise pas mais vit du contact entre les locuteurs54.

Le voyage développe le thème de la mangeaille avec l'évocation d'un géant, messire Gaster. Sur son île, cette allégorie de la faim est révérée par des ventriloques, les Engastrimythes, et les Gastrolatres, obnubilés par leurs ventres. Cette ambivalente adoration stimule l'intelligence, générant des inventions tantôt bénéfiques (agriculture, charrettes), tantôt funestes (artilleries). Les protagonistes principaux se repaissent à leur tour devant l'île de Chaneph, habitée par des hypocrites. Le banquet auquel ils se livrent rappelle la cène et affirme une confiance paisible en Dieu qui contraste avec les pointes satiriques adressées à l’Église55. Ganabin, dernière île du roman, abrite des larrons incitant à ne pas accoster. Pantagruel fait tirer un coup de canon afin de faire peur à Panurge, réfugié dans la cale du navire. Ce dernier se conchie de peur, avant de répliquer avec éloquence et gouaillerie sur son courage et ses excrémentsC 4.
Cinquième Livre (attribué à Rabelais)
Article détaillé : Cinquième Livre.
L'épilémie, ou ode bacchique, que chante la prêtresse Bacbec, pour recueillir le mot de la Dive Bouteille.

En 1562, soit neuf années après la mort de Rabelais, paraît L'Isle Sonnante, édition partielle du Cinquième Livre, constituée des 16 premiers chapitres. Une version de 47 chapitres voit le jour deux ans plus tard. Un manuscrit se trouve également conservé à la Bibliothèque NationaleN 9. Dès le XVIIe siècle, l'authenticité de ce dernier opus se trouve remise en question. À la fin du XXe siècle coexistent encore des positions contraires en faveur ou non de l'attribution du texte à Rabelais, même s'il s'avère probable qu'il s'agisse de brouillons remaniés par les éditeurs39.

Le Cinquième Livre voit la poursuite et l'aboutissement de la quête de la Dive Bouteille pour laquelle Pantagruel et ses compagnons voyagent en mer. Le récit alterne des épisodes satiriques et de purs exercices d'imagination, sur une tonalité souvent plus violente que les précédents romans. Le passage dans l'Île Sonnante, habitée par des oiseaux tels que les Cardingaux ou les Evesgaux, dénonce l'organisation temporelle d'un clergé oisif et sectaire. Après l'île des Ferrements, aux arbres à armes, et l'île de Cassade, évoquant les jeux de hasard, l'arrivée sur l'île des Chats-fourrez dresse un portrait sombre d'une justice corrompue et versatile. La navigation mène l'équipage vers le royaume de la Quinte Essence, pays où la reine Entéléchie cultive un art de la sagesse aux raffinements subtils, voire excessifs. Après être passé au large de l'île d'Odes, où « les chemins cheminent »N 10, le groupe rencontre les frères Fredons, moines au formalisme rigide, prétendument austères et vrais jouisseurs. Dans la terre d'illusion qu'est le pays de Satin, Ouy-dire dirige une école de rumeurs, d'opinions toutes faites et de calomnies. Après ces étapes teintées d’opprobres, les protagonistes se voient guidés par un habitant du Lanternois vers le temple de l'oracle, recouvert d'une fresque bacchique. Arrivés devant une fontaine, la prophétesse Bacbuc aide Panurge à recevoir le mot de la Dive Bouteille : « trinch », ce qui signifie Buvez, et, par cette exhortation à boire, incite à la recherche personnelle de la véritéC 5.
Œuvres de circonstance
Almanachs et pronostications

En vogue au XVIe siècle, les almanachs et pronostications mélangent observations astronomiques, prévisions météorologiques et conseils sanitaires. L'astrologie alors tient un rôle important dans la pensée scientifique et des témoignages flatteurs attestent que Rabelais lui-même s'y est illustré56. Si la plupart des évangéliques croient en l'influence des corps célestes sur les phénomènes naturels et sur le corps humain, ils refusent néanmoins un usage abusif et hasardeux de cette discipline qui remet en cause le dogme de la Providence et prospère sur la crédulité populaire. Si Rabelais publie un certain nombre d'almanachs (1533 et 1535), il tourne en dérision les excès des astrologues dans la Pantagrueline prognostication. Cette parodie, écrite initialement pour l'année 1533, connaît de nombreuses mises à jour (pour les années 1535, 1537 et 1538) avant de laisser place à une édition « pour l'an perpétuel »57.
Herr Trippa, personnage du Tiers Livre, est tourné en dérision par ses absurdes techniques divinatoires, dont l'astrologie.
Sciomachie

Parue en 1549, la SciomachieN 11 évoque un banquet grandiose et un simulacre de bataille organisés en l'honneur de la naissance de Louis d'Orléans, second fils d'Henri II. Si le débordement du Tibre empêche la naumachie (combat naval) de se tenir, l'affrontement terrestre met en scène un siège destiné à délivrer la déesse Diane. Le récit de ces festivités illustre la générosité et l'effort de Jean du Bellay pour que resplendisse l'image du royaume de France. Il se présente comme une lettre adressée au cardinal de Guise, faction rivale des du Bellay, ce qui ne manque pas d'ironie58. En réalité, Rabelais s'inspire d'un compte-rendu d'Antonio Buonaccorsi, l'alibi épistolaire conférant un aspect moins solennel, donc plus vraisemblable, à la description59.
Publications savantes
Plan de Rome issu de la Topographie de Marliani.

Rabelais compose plusieurs épîtres dédicatoires en latin, qui servent de préface pour des ouvrages anciens ou d'Italie. L'édition du second volume des lettres de Manardi de juin 1532 se trouve ainsi introduite par une lettre adressée à Tiraqueau dans laquelle il exprime son admiration du médecin italien, restaurateur de la « médecine ancienne et authentique », par différence avec les adeptes d'une tradition dépassée, qui s'accrochent à une « odyssée d'erreurs »60. Si les plaisanteries et les comparaisons imagées rappellent le style du romancier, la déploration de la crédulité populaire et le souhait du renouveau scientifique sont partagés par nombre de ses contemporains61. La même année, Sébastien Gryphe souhaite éditer les textes d'Hippocrate et de Galien avec les commentaires de Rabelais. Celui-ci, dédiant son travail à Geoffroy d'Estissac, en appelle notamment à la plus grande vigilance dans les livres de médecine, où les incorrections engendrent des conséquences mortelles. Le choix d'un format réduit pour cette édition, en in-16, lui confère alors son originalité et s'explique par le souhait de rendre accessible aux étudiants une vulgarisation de ces écrits canoniques61.

Les deux faux vestiges antiques édités par Rabelais, Le Testament de Lucius Cuspidius et le Contrat de vente de Culita, dédicacés à Amaury Bouchard, viennent respectivement de la main de Pomponio Leto et de Giovanni Pontano. En ce qui concerne le premier, si le latin puise effectivement dans le vocabulaire cicéronien et justinien, il s'y trouve plusieurs maladresses ou singularités peu communes à un testamentaire romain, comme des imprécisions de lieux ou les noms d'esclaves empruntés à Plaute. Le second canular, plus douteux, comporte des expressions familières et des noms incongrus62. Toujours est-il que jusqu’au XVIIIe siècle, les rééditions ne soupçonnent pas l'imposture, même si en 1587 l'archevêque Antoine Augustin la pressent déjà63. Si l'hypothèse d'une farce orchestrée par Rabelais elle-même paraît peu vraisemblable, l'acquisition du texte par celui-ci reste un mystère64. La dernière épître, destinée à Jean du Bellay, ouvre la Topographia Antiquae Romae de Bartolomeo Marliani. L'écrivain explique le projet avorté d'établir les plans de l'ancienne Rome à partir d'un cadran solaire, méthode qu'il attribue fautivement à Thalès de Milet, en réalité redevable à Anaximène. Son devancier, un antiquaire milanais fréquentant également le cercle du cardinal, établit sa carte depuis les collines de la ville. Son travail, révisé par Rabelais et Gryphe, se voit débarrassé de ses erreurs épigraphiques et typographiques ainsi qu'augmenté d'un index. Il illustre la passion de l'humaniste et de son protecteur pour l'archéologie et, plus globalement, l'Antiquité65.
Un savoir encyclopédique
Un érudit de la Renaissance

Versé aussi bien dans la médecine que dans le droit ou la philosophie, Rabelais témoigne dans son œuvre d'une curiosité insatiable et fait l'éloge du savoir, illustre représentant du « vrai pays et abysme de encyclopédie »N 12. Il se réfère nommément à de très nombreux auteurs, de manière facétieuse ou non. Ses romans font la part belle aux discussions érudites, aux étalages de sources et aux querelles savantes. L'admiration des Anciens le pousse à multiplier les allusions à l'histoire ou la mythologie antique, celle-ci intégrée de manière vivante à la quête pantagruélique66. Sa connaissance, non seulement du latin classique, mais également du grec et de l'hébreu, témoigne de son appartenance à l'humanisme. Il recommande ainsi Cicéron comme modèle67, il émaille son vocabulaire et ses noms propres d'hébraïsmes68 et révèle un goût prononcé pour Pline l'Ancien, les compilateurs tels Varron et Aulu-Gelle, ou encore Plutarque et Ovide69.
Description du squelette humain extraite de De Dissectione partium corporis écrit par Charles Estienne.
La Dissection des parties du corps humain de Charles Estienne constitue un intertexte médical de la description de Xenomanes.

Lucien, sans exagérer son influence, inspire à Rabelais son usage ludique d'un patrimoine intellectuel, l'entrelacement du sérieux et du comique, un recours fréquent aux citations, l'effacement de la frontière entre le réel et le merveilleux. Mais le Tourangeau s'appuie sur une culture plus vaste pour aboutir à une créativité plus foisonnante70. Parmi ses auteurs de prédilection, Platon se remarque par l'alternance de vénération et de moquerie à son égard. Si Gargantua réutilise le topos du « philosophe-roi », le Tiers Livre ridiculise le platonisme abstrait et mondain de l'époque71.

Sa vocation de médecin se retrouve dans les thèmes de l'écrivain. Elle lui fournit un langage technique enrichissant ses descriptions du corps humain et des maladies mais plus encore, car à cette époque, elle requiert des notions en histoire naturelle, en chimie pharmaceutique et même en astronomie, afin d'intervenir au moment favorable72. L'exposé sur l'anatomie du géant Quaresmeprenant tire ainsi une grande partie de son lexique des observations de Chauliac et de Charles Estienne73, tandis que la défense d'une diététique moderne se vérifie par la critique du jeûne. Acquis aux idées nouvelles en matière d'hygiène, il raille cependant l'inefficacité et l'avidité des médecins74.

Nous ne possédons aucune indication sur une éventuelle formation juridique de Rabelais, même s'il fréquente des juristes à Fontenay-le-Comte. Il maîtrise cependant le droit avec assez de profondeur pour en tirer parti dans sa vie comme dans ses romans, comme l'illustrent sa correspondance avec Budé et ses activités romaines. Tournant en dérision les gloses qui obscurcissent les textes latins, la paperasserie judiciaire, le respect aveugle de la procédure, il s'attaque également aux abus du canon ecclésiastique75.

Les commentateurs ne s'accordent guère sur l'importance et la nature des traces de la littérature italienne dans l'œuvre de Rabelais, qu'il s'agisse de l'épopée burlesque (les Macaronnées de Folengo ou le style héroï-comique de Pulci), des savantes allégories de Colonna, l'auteur de l'Hypnerotomachia Poliphili, des pédagogues, des polygraphes et des conteurs. Parmi ces derniers, deux d'entre eux paraissent être des sources assez certaines : Pogge, par ses Facéties, et Masuccio Salernitano, par un récit inspirant l'épisode du diamant faux. La relation de l'humaniste au néoplatonisme d'Italie, en particulier à Marsile Ficin, semble avoir évolué d'une inspiration respectueuse, décelable dans l'idéal intellectuel de Thélème, à une position satirique, sous-jacente à l'éloge des dettes, à Messer Gaster ou l'île des Ennasin
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MessageSujet: Re: Y'becca, La Vie et L'Histoire du Protestantisme   Mar 20 Sep à 9:26

Guyon Boudeville, imprimeur majeur de la Renaissance toulousaine

Entre 1541 et 1562, cet imprimeur toulousain émérite inscrit dans le courant humaniste de son temps, a sorti de ses presses plus de 160 livres.

Mai 1562. Les rues et places de Toulouse se drapent d’un rouge écarlate. Les violents affrontements entre catholiques et protestants atteignent leur paroxysme dans la semaine du 12 au 17. Les premiers finissent par s’imposer et prennent le contrôle de la ville. Les seconds sont chassés ou sommairement tués. Parmi eux, l’imprimeur Guyon Boudeville est pendu place du Salin trois jours plus tard. Le typographe Jacques Colomiès acquiert aux enchères le matériel de l’imprimerie de son défunt concurrent et fait paraître l’année suivante le libelle de Georges Bosquet, avocat au Parlement de Toulouse, Défaite de la conjuration des Huguenots hérétiques de Toulouse.

Au cœur du « quartier latin toulousain »

Guyon Boudeville fait ses classes dans l’atelier de Nicolas Vieillard, rue Villeneuve (aujourd’hui rue Lafayette). A la mort de son maître en 1541, il déménage rue du Collège de Foix avant de s’installer définitivement rue du Taur, dans la « maison des hôpitaux », près des collèges universitaires, des libraires de la rue Porterie (tronçon de la grande voie nord-sud qui parait de la basilique Saint-Sernin au Salin) et de la « maison de la ville » (autrement dit le Capitole). Apprécié de la fine fleur de l’humanisme toulousain, il publie les ouvrages de célébrités comme le juriste Jean de Coras, instructeur de l’affaire Martin Guerre, Auger Ferrier, médecin et astrologue de Catherine de Médicis ou encore la poétesse Marguerite de Navarre.

Antoine Noguier. Histoire tolosaine. G.Boudeville, 1556. Porte du Château narbonnais, gavure de Guiraud Agret, d'après un dessin de Servais Cornouaille. (crédit : Bibliothèque municipale de Toulouse)

Reconnu pour son savoir-faire, les capitouls le nomment en 1549 imprimeur juré de la ville et de l’université de Toulouse. Il s’engage ainsi à publier leurs édits et placards ainsi que les trois livres de l’Histoire tolosaine (1556-57) du poète Antoine Noguier. Pour cette hagiographie renouvelée, il utilise des initiales à décor floral sur fond criblé, offrant de sublimes compositions en triangle et une mise en page aérée. L’impression d’un Vitruve (traduction de l’architecte romain, référence essentielle à la Renaissance) de poche, sorte de vade-mecum pour les artisans et studieux d’architecture, assoit encore plus sa notoriété.

Epitome ou extrait abrégé des dix livres d’architecture de Marc Vitruve Pollion. Guyon Boudeville, 1559. Gravure en taille-douce due à Dominique Bertin (crédit: BM de Toulouse)


Un innovateur de premier plan
Dans le droit fil des humanistes réformateurs de son temps, Guyon Boudeville n’hésite pas à simplifier le français balbutiant du XVIe siècle. Dans l’Histoire tolosaine, véritable « best-seller » présent dans plus d’une dizaine de bibliothèques étrangères (à Londres, Berlin, Rome, Saint-Pétersbourg…), il initie de nouvelles règles orthographiques en supprimant les -s- muets par des accents circonflexes ou en préférant le -i- au -y-. Quant au Vitruve, la gravure en taille-douce est utilisée. « C’est une technique qui demande un travail de double impression. Elle nécessite une presse typographique pour le texte et une seconde pour les plaques de cuivre des illustrations » explique Geneviève Bessis, bibliothécaire en retraite, auteur de Guyon Boudeville. Heurs et malheurs d’un imprimeur toulousain au temps de la Renaissance.


Mathieu Arnal
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yanis la chouette



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MessageSujet: Re: Y'becca, La Vie et L'Histoire du Protestantisme   Mar 20 Sep à 9:27

À la croisée des époques
Permanence du Moyen Âge

Homme de la Renaissance, Rabelais apparaît à première vue comme un contempteur des temps médiévaux qui « avoient mis à destruction toute bonne litterature »77. Son œuvre reste néanmoins imprégnée de cet héritage. La critique de la scolastique médiévale telle qu'elle se présente dans Gargantua existe déjà au XIIe siècle et démontre que l'écrivain en maîtrise les codes et techniques de discours. Des théories médiévales s'accordent avec les conceptions pédagogiques, politiques ou religieuses qui se dégagent de ce roman. Gilles de Rome, encore connu au XVIe siècle, recommande déjà au jeune prince le sens de la justice et la nécessité d'entretenir aussi bien le corps que l'esprit78. De la même façon, Guillaume d'Ockham déclare l'origine humaine de l'autorité, ce qui implique l'indépendance du pouvoir civil vis-à-vis de l'Église79. De manière plus probante, la parodie des romans de chevalerie, genre encore souvent lu par les lettrés de l'époque, reprend un héritage en le détournant.
La culture populaire
Les banquets rabelaisiens concilient légèreté de bon vivant et références humanistes.

L'un des caractères les plus singuliers de l'œuvre rabelaisienne consiste dans l'entrelacement de thèmes folkloriques et lettrés.

Ce syncrétisme se vérifie notamment dans les sources du comique. Mikhaïl Bakhtine met ainsi l'accent sur la portée subversive, carnavalesque et populaire du rire rabelaisien, caractéristiques se révélant par le recours au vocabulaire de la place publique, aux références au bas corporel, à la thématique de la fête, du boire et du manger ainsi que par le « réalisme grotesque » des images. Le critique russe pense que le texte traduit une vision du monde joyeuse, héritant des farces médiévales, dont les railleries ambivalentes ne détruisent jamais totalement leurs cibles80. Dans une perspective opposée, Michael Screech insiste sur les ressorts savants d'une verve humaniste, en particulier influencée par Lucien. Les éléments vulgaires ne traduisent pas une inspiration d'une culture roturière en raison de l'homogénéité sociale de l'époque. Il n'était guère surprenant qu'une dame de la cour chante une chanson villageoise. En revanche, Rabelais sollicite des connaissances uniquement accessibles à une minorité cultivée : ainsi en est-il des étymologies fallacieuses ou des plaisanteries bibliques48.

Il reste que l'écrivain tourangeau ne s'interdit pas de puiser des images et des thèmes plus largement partagés que les humanités classiques. Outre des allusions isolées à plusieurs personnages de la tradition celtique (Gauvain, Morgane, le roi Arthur...) la matière de Bretagne nourrit, essentiellement dans Pantagruel, plusieurs épisodes jouant sur l'énormité des géants81.
L'exemple du gigantisme
Au berceau, Pantagruel boit le lait de 4600 vaches.

Les géants illustrent particulièrement bien l'intrication de la culture des clercs et des légendes populaires dans la trame romanesque, puisqu'ils font aussi bien l'objet de légendes que de spéculations. À la fin du Moyen Âge, ils sont considérés comme des êtres maléfiques, des brutes sauvages et impies, tant selon l'opinion commune que pour les théologiens82.

Des historiens essaient alors de retourner ce symbolisme dans une perspective idéologique. Annius de Viterbe va jusqu'à faire de Noé et de sa familleN 13 des géants avant d'établir une généalogie descendant jusqu'à Alexandre VI83. À partir des ratiocinations d'Annius, Jean Lemaire de Belges trace un lien de parenté direct entre Charlemagne et ce même patriarche, inspirant de nombreux chroniqueurs tels Symphorien Champier ou Jean Bouchet84. Les géants rabelaisiens s'inspirent de ces deux traditions antagonistes sans les prendre au sérieux, comme en témoignent les filiations des deux premiers romans. Gargamelle et Grandgousier, Pantagruel et Gargantua héritent donc en partie de cette revalorisation du géant, tandis que Bringuenarilles, l'avaleur de moulins à vent, ou Quaresmeprenant tiennent de l'imagerie traditionnelle. Néanmoins, même les bons géants conservent une part de leur nature débridée, surtout dans leur enfance exubérante, qu'ils jugulent par l'éducation princière85.
Valeurs et engagements
Un fer de lance de l'humanisme
Dans l'abbaye de Thélème, une égalité parfaite règne entre hommes et femmes, qui contraste avec les discours du Tiers Livre.

Illustre représentant de la Renaissance, Rabelais manifeste une confiance affirmée en la dignité de l'homme, en sa perfectibilité et ses capacités d'invention86. En dépit d'un préjugé répandu, favorisé par les évocations gourmandes ou paillardes, les romans ne relèvent guère de l'épicurisme au sens propre du terme87. Dans une perspective stoïcienne, le pantagruélisme relie explicitement la résistance sereine au destin à la joie de vivre, puisqu'il se définit par le fait de « vivre en paix, joye, santé, faisans tousjours grand chere »88 avec une « certaine gayté d'esprit conficte en mépris des choses fortuites »89. Plutôt qu'à l'ataraxie, il invite à une joie vertueuse conduite par la raison et à la générosité qu'encourage la connaissance de soi90. Cependant, la philosophie de Rabelais emprunte aussi bien aux stoïciens qu'aux épicuriens, aux sceptiques et aux cyniques87.

S'inscrivant dans la lignée des farces médiévales, la représentation féminine dans les romans rabelaisiens nuance toutefois ce tableau : rarement individualisée, se manifestant souvent en groupe, la femme sert de cible à des plaisanteries grivoises, mettant l'accent sur sa sensualité et les risques du cocuage. À l'inverse, elle fait également l'objet d'une idéalisation contemplative et abstraite. Badebec et Gargamelle ne sont ainsi évoquées que de façon passagère, de même que l'amoureuse de Pantagruel ou la dame courtisée de Panurge sont bien peu personnifiées. Parce que focalisé sur la question matrimoniale, tout en ayant une portée plus large, le Tiers Livre se fait l'écho de la querelle des femmes, débat récurrent depuis le XIVe siècle sur la nature de ce sexe, ses qualités morales et son statut juridique. Rabelais, qui du reste ne s'identifie pas à ses personnages, traduit différentes prises de position d'où il ressort que la réussite de l'union conjugale dépend simplement du comportement des époux. Représentative d'un univers masculin, l'image rabelaisienne de la femme ne peut cependant être qualifiée de misogyne91.
L'évangélisme ou la question religieuse
Selon Lefranc, la résurrection d'Épistémon après son passage aux Enfers est une scandaleuse parodie.

Les écrits de Rabelais cristallisent un débat sur la question de l'incroyance au XVIe siècle. L'historien de la littérature Abel Lefranc soutient dans son introduction à Pantagruel de 1922 la thèse de l'athéisme de l'écrivain92,N 14. Il s'appuie notamment sur la lettre de Gargantua à Pantagruel, la résurrection d'Épistémon et les accusations portées contre lui par Calvin (Des scandales, 1550) et par Henri Estienne dans son Apologie pour Hérodote93.

À cette interprétation s'oppose, en 1924, le théologien catholique Étienne Gilson94, et surtout l'historien des Annales Lucien Febvre dans Le problème de l’incroyance au XVIe siècle, la religion de Rabelais (1942). Pour ce dernier, les « accusations » d'athéisme portées à l'encontre de Rabelais ne doivent pas être interprétées à la lumière du rationalisme moderne, mais replacées dans le contexte de l'époque. En effet, était considérée comme athée toute personne qui ne se conformait pas à la religion dominante ou celle de son accusateur. Les romans rabelaisiens témoignent plus probablement de la sensibilité évangélique de bien des humanistes, les principaux protagonistes affirmant leur confiance en Dieu mais désapprouvant les excès de l'Église95. Ce débat ouvre ainsi la voie à une réflexion plus générale sur les représentations de l'époque.

Cependant, l'œuvre de Rabelais superpose de si nombreuses lectures différentes qu'on ne peut affirmer quelle fut sa véritable doctrine. Selon Laurent Gerbier, « la seule « vérité » qui se laisse absolument nommer, depuis l’ordre propre du texte, c’est-à-dire à partir de son économie interne, c’est la puissance d’une parole capable d’accueillir en même temps des registres de langue et de doctrine différents et même opposés. »96
Idéaux politiques

La portée politique de la geste rabelaisienne se vérifie par la dénonciation des rois dévoreurs de peuple et des abus des autorités ecclésiastiques. La sagesse des bons souverains s'oppose à la cruauté des tyrans. En pleine conquête vengeresse, Picrochole encourage le pillage et la cruauté tandis que Grandgousier s'efforce d'agir avec bienveillance et générosité, en tant que protecteur de ses sujets97. De même, la colonisation de la Dipsodie ne s'appuie pas sur l'embrigadement des vaincus mais sur le libre consentement des « feaulx et bien recognaissants » habitants d'Utopie98. L'humaniste défend, comme Érasme, un prince chrétien cultivé, paternaliste et magnanime99,C 6. Par ses allusions à l'actualité, il se montre à plusieurs reprises en faveur du pouvoir royal. La vie même de Rabelais, sa proximité avec les du Bellay, ses privilèges réitérés contre vents et marées, la protection de la cour, indiquent également que ses idées s'accordent avec la politique du royaume100. Ainsi, la satire des Papimanes évoque la crise gallicane de 1551 tout en refusant la prétention du Saint-Père à la divinité101. De même, la guerre picrocholine répond directement à l'accusation de Thomas More à l'égard de François Ier, qui reproche à celui-ci son appétit de conquêtes100. Néanmoins, l'ambivalence du texte, le refus des dogmes et la bouffonnerie de son militantisme expliquent les lectures subversives de l'aventure pantagruélique. Loin d'être l'œuvre d'un doctrinaire, les fictions rabelaisiennes sont celles d'un partisan d'une royauté acquise aux idéaux évangélistes et rendent hommage, sans atténuer l'ambivalence comique, à un gouvernement jugé sage et juste102.
Poétique
Un des premiers romanciers modernes

L'œuvre fictionnelle de Rabelais, comme le Don Quichotte de Cervantès, participe à la redéfinition du genre romanesque par son caractère polyphonique103, accordant une place importante au narrateur et intégrant dans sa composition de multiples traditions littéraires pour mieux les détourner104. Panurge, en contrebalançant les certitudes des savants et la grande sagesse de ses compagnons, se trouve ainsi être pour Milan Kundera, « l'un des plus grands personnages romanesques qu'ait connus l'Europe »105. La polyphonie comprend également l'intégration de multiples genres dans le récit : des historiettes facétieuses106, des anecdotes relevant aussi bien de l'exemplum médiéval que de l'allusion antique107, la fable aux implications éducatives ou aux connotations paillardes108,109, plusieurs formes de poèmes110...

La geste rabelaisienne se présente avant tout comme une parodie d'épopée par ses combats hyperboliques, dont la violence se trouve aussi bien mise en scène que dénoncée, par ses aventures merveilleuses, sa quête qui, bien que tardive, couronne une série d'épreuves entrecoupées de nombreuses digressions. Panurge, tel Ulysse, révèle à Pantagruel son identité sous des haillons, avant d'accepter une amitié sur le modèle d’Énée et d'Achate. Néanmoins, le chronotope épique, parce qu'il s'abstrait de l'histoire en exaltant un passé fondateur, se trouve mis à mal par un récit qui entremêle références mythiques et allusions contemporaines. La portée épique réside davantage dans la persévérance des géants en leurs convictions humanistes, transformant une « illiade burlesque » en une « odyssée allégorique »111.

Toutefois, la polysémie de la trame romanesque interdit de la considérer comme un simple vecteur idéologique. Fidèle en cela aux théories du langage de l'époque, elle annonce sa plurivocité dès le prologue de Gargantua, tout en prévenant les surinterprétations112. Par exemple, des lectures aussi contradictoires que convaincantes s'affrontent quant à la question de savoir si un motif aussi prégnant que la nourriture et la boisson remet en cause la hiérarchie traditionnelle du corps et de l'esprit, se moque ou non des ripailles excessives113. Pluralité des interprétations mise à part, il importe également de ne pas dénaturer ce qui se veut avant tout comme une fabulation, notamment en évitant d'expliquer constamment le texte par l'Histoire114. Bien que dans son œuvre romanesque, Rabelais utilise des éléments de sa vie personnelle (la Touraine) ou de son époque (de la politique internationale aux voyages de Jacques Cartier), qu'il prend parti dans les débats contemporains, son style s'avère avant tout d'un irréalisme exubérant nourri d'énormités monstrueuses115.
« Pour ce que le rire est le propre de l'homme »
Envoi au lecteur en exergue de Gargantua.

Rabelais manie de très nombreuses formes du comique, de la parodie savante à la paillardise la plus grossière, du jeu de mots gratuit à la satire vindicative. Si une part importante du comique rabelaisien se comprend en relation avec le contexte renaissant et la vie des idées, l'inventivité formelle y joue également un grand rôle. Les accumulations verbales, les fantaisies invraisemblables, la précision superflue des détails participent d'un style truculent irréductible aux convictions de l'auteur116. Le rire de Rabelais emprunte ainsi à de multiples traditions, comme l'illustrent les fréquents calembours, jouant sur l'homophonie, l'annomination, l'équivoque, l'imitation fallacieuse des accents locaux, qui, tout en s'inspirant de la bouffonnerie scénique, reprend également les jeux des Grands rhétoriqueurs. Le comique rabelaisien s'avère déroutant car il travaille même les idées d'inspiration humaniste, s'amusant du savoir livresque lui-même117.

Par le célèbre dizain liminaire à Gargantua, qui invite le lecteur à substituer l'euphorie au chagrin, Rabelais évoque non seulement un débat scolastique portant sur la nature du rire (s'il relève d'une propriété ou d'une essence de l'homme), mais également sa dimension thérapeutique. Le rire préoccupe de nombreux savants de la Renaissance, tels que Fracastor, Œcolampade et Érasme, notamment son origine physiologique, corrélée à sa plus ou moins grande dignité s'il se situe dans la rate, le diaphragme ou le cerveau. Rabelais laisse peu d'indices sur son point de vue mais semble privilégier cette dernière option au regard de la description de Janotus de Bragmardo118 :

« Ensemble eulx, commença rire maistre Janotus, à qui mieulx, mieulx, tant que les larmes leur venoient es yeux : par la vehemente concution de la substance du cerveau à laquelle furent exprimées ces humiditez lachrymales, et transcoullées jouxte les nerfs optiques. »

— Gargantua, XIX119

« L'agelaste », celui qui ne rit jamais, est associé aux calomniateurs et aux misanthropes pour qualifier les adversaires de l'humaniste120. Pourtant, malgré une tonalité souvent joyeuse, et une référence fréquente à la gaité, force est de constater que les personnages principaux des romans rabelaisiens rigolent peu, et même de moins en moins au fur à mesure qu'ils progressent vers la Dive Bouteille, ce qui ne signifie certes pas que leur sérénité décroît. À côté des rires récréatifs et insouciants, coexistent des rires malsains, mauvais ou déréglés : ainsi l'illustrent les moqueries de Panurge, les sarcasmes à l'égard des Chicanous, les éclats incontrôlés de Humenaz ou les convulsions sauvages de Quaresmeprenant121. Salvateur ou régressif, cruel ou bienveillant, le rire confine souvent à l'exubérance. Un chapitre du Quart Livre, consacré aux morts étranges, mentionne d'ailleurs une anecdote légendaire de Philémon selon laquelle ce dernier périt dans une joviale dilatation de la rate. Toutefois, la geste pantagruélique incite bien plutôt au juste milieu, à un rire généreux et sans bassesse122.
La langue de Rabelais
Lors nous jecta sur le tillac pleines mains de parolles gelées, et sembloient dragée perlée de diverses couleurs. Nous y veismes des motz de gueule, des mots de sinople, des motz de azur, des motz de sable, des motz d'orez.

Quart Livre, LVI

Dans son œuvre de fiction, Rabelais prodigue une créativité verbale foisonnante, dont une part de l'originalité tient à l'effervescence linguistique de la Renaissance, soucieuse de renouveler et de réhabiliter les langues vernaculaires. Son écriture littéraire suit l'évolution des réflexions orthographiques et grammaticales de son temps, conjointe à l'invention d'une langue artificielle. Ainsi, elle se singularise par de fréquents renvois du participe passé en fin de propositions, l'antéposition des compléments circonstanciels aux verbes, eux-mêmes séparés du pronom sujet123. D'une exceptionnelle richesse, le lexique rabelaisien puise dans les langues anciennes, médiévales et modernes, les dialectes provinciaux et de multiples jargons professionnels. Plusieurs centaines de mots, expressions ou acceptions sémantiques apparaissent dans la langue française, tels que « corne d'abondance », « clocher devant les boiteux » ou « l'appétit vient en mangeant »124. Dans une époque où la création linguistique est en pleine effervescence, l'orthographe rabelaisienne se montre soucieuse de garder une trace de l'origine des mots125, marquant les corruptions phonétiques par ses choix typographiques126. Ce procédé rappelle celui d'Érasme, qui cherche des traces des prononciations antiques dans le parler de son époque127. L'emploi d'une langue verte qui rappelle la scurrilité des prêcheurs franciscains se comprend aussi bien comme un jeu que relevant de l'ironie déguisée. De toute manière, cette rhétorique de l'amplification traduit un rapport jubilatoire au langage qui transparaît jusque dans les effets sonores, de la cacophonie à la paronomase en série128.

L'évolution de la langue française a conduit les éditeurs à proposer des versions modernisées de l'œuvre de Rabelais. Dans un article paru le 1er mars 1905 dans le Mercure de France, intitulé « Le Rabelais en français moderne », Alfred Jarry se montre sévèrement critique devant une telle entreprise : « Tout au moins exigerait-on de son auteur quelque connaissance rudimentaire de la langue du XVIe siècle, et des mots de province chers à Rabelais129 ». Jarry invite le lecteur à comparer le texte original, qu'il commente brièvement, et le texte modernisé :

« Et la groisse cogneue, poussent hardiment oultre (en avant) »

— Gargantua, ch.III.


« Leur grossesse connue, elles pourront porter hardiment leur outre. »

— édition de la Librairie universelle, 1905129.

« Si le diavol (diabolum, sans diminutif) ne veult qu'elles engroissent,
il faudra tortre le douzil (fermer le robinet),
et bouche clouze (et n'en parlons plus). »

— Gargantua, ch.III.


« Si le petit diable ne veut pas qu'elles engrossent,
il faudra nous tordre le douzil
et leur clore la bouche. »

— édition de la Librairie universelle, 1905129.

« […] cognoissoit mouches en laict (distinguait noir sur blanc). »

— Gargantua, ch.XI.


« […] connaissait des mouches nourrices. »

— édition de la Librairie universelle, 1905130.
Postérité
Réception

L’œuvre de Rabelais bénéficie d'un grand succès de sa création jusqu'à nos jours, malgré un ralentissement à l'époque classique. En 1533-1534, Pantagruel se trouve déjà publié au moins cinq fois. Il en va de même pour le Tiers Livre et le Quart Livre cinq ou six ans après leur parution. Ainsi, dès le XVIe siècle, des milliers d'exemplaires des écrits rabelaisiens sont en circulation131. Le succès de la geste rabelaisienne se vérifie par des traductions parfois peu scrupuleuses. Ainsi Johann Fischart, l'un des premiers grands écrivains de langue allemande, proposa une version trois fois plus longue de Gargantua, intitulée Geschichtsklitterung (de)132.
XVIe siècle : facétie ou hérésie ?

De son vivant, l'auteur connaît l'estime de ses pairs comme le rejet de ses adversaires tandis que l'image d'un écrivain bouffon s'installe peu à peu. L'épitaphe de Ronsard133 comme le poème de Jacques-Auguste de Thou134 le présentent comme un ivrogne, celles de Jean-Antoine de Baïf135 et de Jacques Tahureau comme un maître du rire136. L'éditeur anonyme du Cinquième Livre, par le fait qu'il publie à titre posthume, ainsi que par l'exergue liminaire du roman, atteste d'un prestige encore vivantC 7. Montaigne, qui mentionne ses livres parmi ceux utiles à son délassement sans étendre particulièrement son propos, témoigne de la diffusion du Rabelais légendaire, égrillard et frivole137,C 8.

Rabelais subit plusieurs attaques violentes pour ses convictions religieuses. Dans son AlcoraniN 15 de 1543, Guillaume Postel, qui le mentionne quelques années auparavant comme un éruditN 16, inclut ses deux premiers livres dans son pamphlet contre les réformés. Il reproche plus précisément à ces derniers de susciter, voire de proférer des impiétés semblables aux croyances musulmanes, et que Rabelais, surnommé « Christomastix »N 17 y contribue en privilégiant les Évangiles à l'autorité de l'Église138. Il voit dans l'abbaye de Thélème une invitation à mener la vie dénuée de règles que professent, selon lui, les luthériens139. Six ans plus tard, Putherbe, moine de Fontevrault, écrit Theotimus où il se déchaîne contre l'humaniste en conspuant sa débauche et ses railleries, s'étonnant qu'un évêque nourrisse un homme « impur et pourri qui possède tant de bagout et si peu de raison »140. Dans le De Scandalis, Calvin s'en prend aux humanistes pour leur orgueil et leur impiété, déclarant la culture antique néfaste et vaine. Il impute à ceux qu'il appelle les « épicuriens » et les « lucianistes » d'assimiler l'homme aux chiens et aux pourceaux141.

Rabelais se voit accusé, aux côtés de Gouvéa et de Nettesheim entre autres, de ne pas croire en l'immortalité de l'âme et d'amoindrir la crainte de Dieu par des propos sacrilèges142. Dans la seconde moitié du siècle, son œuvre est jugée hérétique aussi bien par des catholiques que par des calvinistes, ce qui tend à occulter sa portée littéraire143. Au regard de la large diffusion des romans, les témoignages laudatifs s'avèrent finalement peu nombreux, même si dès 1534 un dizain de Hugues Salel, placé en exergue d'une édition de Pantagruel, compare Rabelais à Démocrite, le philosophe rieur144.
XVIIe et XVIIIe siècles : la mise à l'écart de la « canaille exquise » (La Bruyère)

L'esprit du classicisme français, son goût de la mesure et de la bienséance, s'accordent mal avec la prose exubérante de Rabelais. Le jugement de Jean de la Bruyère va dans ce sens : tout en lui reconnaissant du talent, le moraliste lui reproche d'avoir « semé l'ordure dans ses écrits »145. Néanmoins, plusieurs écrivains assez indépendants, comme La Fontaine, Molière et la Marquise de Sévigné146 le tiennent en grande estime, voire s'en inspirent parfois147.

Au début du XVIIe siècle, les personnages rabelaisiens se retrouvent toutefois dans les milieux mondains ou des ballets sans profondeur, comme le ballet des QuolibetsN 18 et le ballet des Pantagruélistes, dont l'auteur est inconnu148. Plus le siècle progresse, plus les admirateurs de Rabelais se trouvent être au contraire des érudits et des libertins. Les médecins Guy Patin et Paul Reneaulme, le grammairien Ménage proposent diverses interprétations allégoriques. Ce dernier s'inspire du romancier pour son Dictionnaire étymologique149.
Dessin satirique représentant Gargantua en révolutionnaire
Satire de la Révolution française. Gargantua et sa suite consultent l'Oracle pour connaître l'avenir de la monarchie.

Alors que l’œuvre se répand outre-manche grâce aux traductions de Sir Thomas Urquhart (1653 et 1693) et de Pierre-Antoine Motteux (1694), elle se heurte à la réaction jésuite. Le Père Garasse écrit un ouvrage dirigé contre les protestants intitulé Le Rabelais réformé par les Ministres dans lequel l'humaniste s'accuse lui-même de futilités coupables à l'égard des puissants. Les libertins Gassendi, Vanini et Bruno attribuent au contraire leurs préoccupations à Rabelais : la recherche d'une religion naturelle et la critique des croyances établies150.

Au XVIIIe siècle, quatre positions se dessinent : les savants considérant Rabelais comme un allié dans le combat anticlérical, cependant choqués par son langage, les érudits attachés à l'élucidation du texte, les religieux outrés par les blasphèmes et les amateurs de gaudrioles. L'opinion de Voltaire s'améliore au fil de sa vie. Dans un passage du Temple du goût, les bibliothèques regorgent de livres corrigés par les Muses : seul un demi-quart des écrits du Tourangeau sont conservés151. Néanmoins, si le philosophe n'apprécie pas le style truculent et la grossièreté, il pense que Rabelais cherchait, par ses inepties, à échapper à une censure meurtrière et le considère comme le premier des bouffons152. L'interprétation subversive est portée à son paroxysme lorsqu'en pleine Révolution, l'écrivain Pierre-Louis Guinguené convoque le franciscain comme un prophète méconnu153,N 19.
XIXe siècle : « l'Eschyle de la mangeaille » (Victor Hugo)
Extrait du manuscrit de l'Étude sur Rabelais de Flaubert.
Dans un écrit de jeunesse consacré à Rabelais, Flaubert écrit que nul nom ne fut cité avec autant d'injustice et d'ignorance.

Bien que le mythe d'un Rabelais ivrogne persiste encore, par exemple chez Taine154, les romantiques réhabilitent l'écrivain avec lyrisme : Chateaubriand déclare qu'il a « créé les lettres françaises », Victor Hugo l'exalte dans un poème des Contemplations sans en avoir apparemment une connaissance approfondie155.

Plus généralement, les études et les éditions de Rabelais se multiplient. En 1828 Sainte-Beuve émet des réserves quant aux « habitudes bachiques » prêtées à Rabelais, en 1857 Désiré Nisard récuse explicitement la réputation de Rabelais156, fondée sur l'habitude d'interpréter le caractère des auteurs à partir de leur œuvre157. Le moine défroqué se trouve tour à tour convoqué comme le symbole d'une tradition française du rire ou le père de la langue nationale158.

Au-delà des éloges, plusieurs écrivains s'en réclament. Si Nerval fait part discrètement de son admiration, Gustave Flaubert se montre l'un de ses plus fins connaisseurs. Il le cite à de multiples reprises dans sa correspondance, déclarant son attrait pour sa fantaisie monstrueuse159 et ses excès vigoureux160. Parfois évoquée avec nostalgie comme le symbole d'une gaité disparue, l’œuvre rabelaisienne se trouve également utilisée par certains pour défendre la gauloiserie, comme Henri Lucien161 ou la provocation des bourgeois162. Il existe naturellement toujours des détracteurs, Lamartine assimilant dans son Cours familier de littérature Rabelais à un cynique ordurier163.

Ainsi, le XIXe siècle voit l'idéalisation de l'écrivain sans que sa célébrité n'amenuise l'imaginaire qu'il véhicule autour de lui. Le débat idéologique ne cesse pas non plus : en 1846, sous le règne de Louis-Philippe, lors de la fouille du cimetière Saint-Paul (détruit en 1796), son cercueil est déterré. Le procès-verbal rapporte qu'il renferme « les restes impurs d'un homme qui souilla la robe sacerdotale par le cynisme de ses écrits et la licence de ses mœurs »164.
XXe siècle

Rabelais connaît un succès grandissant au XXe siècle, comme en témoignent de nombreux hommages d'écrivains aux sensibilités littéraires pourtant fort variées, allant de Paul Claudel à Francis Jammes165. En 1909, Anatole France consacre une série de conférences à sa vie et ses romans devant un public argentin, publiées en 1928. Par crainte de heurter les convictions de son auditoire, il en oblitère cependant la crudité166. Dans une interview célèbre167, Céline avance que, selon lui, Rabelais a « raté son coup » car la langue française n'a pas suivi l'exemple de son style truculent mais s'est affadie dans une pudibonderie académique. Préfacier des œuvres de Rabelais chez Paul Otchakovsky-LaurensN 20, François Bon écrit en 1990 un essai polémique, La Folie Rabelais, peu apprécié par la critique universitaire en raison de ses imprécations présomptueuses et de ses interprétations hardies168, dans lequel il défend avec fougue le charme de la typographie et de l'orthographe des éditions originelles. Il développe néanmoins, à travers cette analyse du Pantagruel, sa propre conception de la littérature
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MessageSujet: Re: Y'becca, La Vie et L'Histoire du Protestantisme   Mar 20 Sep à 9:29

Amorcée dès le XVe siècle et culminante au XVIe siècle, la Réforme protestante est une volonté d'un retour aux sources du christianisme et aussi, par extension, un besoin de considérer la religion et la vie sociale d'une autre manière. Elle reflète l'angoisse des âmes1, par la question du salut, centrale dans la réflexion des réformateurs, qui dénoncent la corruption de toute la société engendrée par le commerce des indulgences. Les réformateurs profitent de l'essor de l'imprimerie pour faire circuler la Bible en langues vulgaires (notamment l'allemand après la première traduction réalisée par Martin Luther), et montrent qu'elle ne fait mention ni des saints, ni du culte de la Vierge, ni du Purgatoire. La référence à la Bible comme norme est néanmoins une des principales motivations des réformateurs. Ce principe, Sola scriptura, les guidera.

Commencée par Martin Luther dans le Saint-Empire et Ulrich Zwingli à Zurich, puis Martin Bucer à Strasbourg et plus tard Jean Calvin à Paris et Genève, la Réforme touche la majeure partie de l'Europe du Nord-Ouest. Les tentatives de conciliation ayant échoué, elle aboutit à une scission entre l'Église catholique romaine et les Églises protestantes. La Contre-Réforme catholique engagée à l'issue du concile de Trente ne permet à l'Église catholique qu'une reconquête partielle des populations passées au protestantisme.

L'adoption de la Réforme a aussi un caractère politique. C'est un moyen pour les princes d'affirmer leur indépendance face à une papauté revendiquant une théocratie universelle ou pour les populations de pouvoir se révolter face à un souverain mal accepté comme en Écosse et aux Pays-Bas espagnols. La Réforme se traduit donc au XVIe siècle par de nombreux conflits, entre l'empereur Habsbourg et les princes allemands mais aussi des guerres civiles en France, en Angleterre et en Écosse.

Les origines
De nombreux facteurs
Le Pape signant et vendant des indulgences vu comme l'Antéchrist par Lucas Cranach l'Ancien d'après le Passional Christi und Antichristi de Martin Luther (1521).

De nombreux facteurs interviennent2. Pendant longtemps les historiens ont pensé que les vices du clergé étaient la principale cause de la Réforme : la débauche de certains prêtres et moines qui vivent publiquement en concubinage, s'enrichissent avec l'argent des fidèles... Ces abus ne sont pas vraiment les causes de la Réforme, l'Église catholique s'est en effet sans arrêt efforcée d'y remédier. Par ailleurs, cette thèse est en quelque sorte favorable à l'Église Catholique en ce qu'elle délégitime la Réforme protestante comme une réaction contre des problèmes temporels (les turpitudes du clergé, les indulgences) en occultant le souci essentiellement spirituel du peuple et des réformateurs protestants. Les conciles du XVe siècle ne peuvent prendre de décision efficace tant l'autorité du pape est affaiblie. De fait, les fidèles ne reprochent pas au clergé de mal vivre mais de mal croire2.

En effet, le pape répond mal aux angoisses des fidèles. Depuis le XIVe siècle et la grande peste, les fidèles vivent dans la crainte de la damnation éternelle. Les thèmes fantastiques du temps, danses macabres peintes dans les églises, livres millénaristes en sont les témoins2. Les procès contre les sorcières se multiplient à partir de la fin du XVe siècle. La peur de la mort et de l'enfer a comme conséquence le développement du culte marial, du culte des saints, des reliques, des pèlerinages, des processions, et la pratique des indulgences. Le but est de gagner son paradis sur la terre même au prix d'un séjour au purgatoire3. À la fin du XVe siècle, les indulgences sont un moyen de plus en plus en vogue pour réduire le nombre des années passées par une âme au purgatoire après sa mort. Ainsi, l'électeur de Saxe, Frédéric le Sage, futur protecteur de Luther, possède 17 443 reliques, censées lui épargner 128 000 années de purgatoire4. Mais les indulgences sont ensuite vendues : dès que l'or tombe dans la sébile, l'âme s'échappe du purgatoire. La confusion du spirituel et du matériel accentue les phénomènes de désacralisation de cette époque4. De plus en plus, le fidèle se confesse non pas poussé par la conscience de sa faiblesse mais par peur de la punition après la mort. À côté de la multiplication de ces pratiques, la Bible, proclamée en latin lors des messes, n'est accessible aux fidèles qu'à travers les commentaires des clercs, d'où il s'ensuit une perte de sens.

Certains humanistes contribuent à la diffusion d'idées nouvelles. Ils développent l'exégèse biblique. Le texte originel de la bible se trouve ainsi restauré. La naissance de l'imprimerie permet la diffusion d'éditions de bibles en langue vernaculaire. Ce contact direct habitue le lecteur à avoir une relation personnelle avec les textes saints et à réfléchir par lui-même sur leur signification4.

À partir du milieu du XVe siècle, le pouvoir d'achat s'amenuise. Les nobles regardent donc du côté des immenses biens fonciers de l'Église, soit le plus souvent 20 à 30 % des terres cultivables5. De plus l'Église continue à condamner les profits bancaires, le profit monétaire dans ses tribunaux ecclésiastiques même si ses positions se sont quelque peu assouplies. Les banquiers sont particulièrement nombreux en Allemagne du Sud. Nobles et banquiers sont ainsi moins attachés à l'Église catholique5.

Les facteurs politiques ne sont pas absents non plus. Le développement des États se heurte à la puissance temporelle de l'Église. De plus en plus, les princes cherchent à intervenir dans le choix des membres du Haut-clergé, évêques, abbés. En effet, les postes ecclésiastiques sont liés à des bénéfices. Celui qui contrôle l'élection du prélat, contrôle indirectement le bénéfice6. L'autorité universelle du pape, proclamée par Grégoire VII depuis 1075, se heurte à l'autorité grandissante du souverain. Le pape peut lever des impôts réguliers ou exceptionnels dans tous les pays d'Occident. Les rois protestent de plus contre les sorties d'argent de leur royaume, argent dont ils ont le plus grand besoin pour leurs guerres ou pour affermir leur pouvoir. Ainsi en Angleterre, les taxes prélevées pour les bénéfices vacants sont d'un montant cinq fois plus élevé que les revenus du roi7. Le pape édicte aussi des bulles, lois valables dans toute la chrétienté. Il peut ainsi lever des troupes par l'intermédiaire de bulles de croisades, cependant de moins en moins suivies d'effets. Les souverains réclament le contrôle des ordres religieux, le droit absolu de légiférer dans leurs États, de lever l'impôt ou des troupes et de rendre justice6.

Mais ce qui affaiblit le plus l'Église catholique, c'est la perte de la sacralité. Les fidèles voient trop de fils de prêtres devenir prêtres, trop de clercs s'enrichir aux dépens des laïcs, trop d'évêques vivant comme des grands seigneurs6.
Tentatives de réforme interne et précurseurs de la Réforme

Trois préréformateurs sont reconnus par les historiens protestants8 : Valdo le fondateur du mouvement des Pauvres de Lyon, John Wyclif l’universitaire anglais, Jan Hus le préréformateur tchèque brûlé en 1415 à Constance. À ces trois incontournables, certains ajoutent Bernard de Clairvaux, Lefèvre d’Étaples, Savonarole, les bibliens… La liste n'est pas close. Mais la notion même de préréforme a ses limites ; on peut en citer deux : s'il est indéniable qu'ils précédent historiquement la réforme, les préréformateurs peuvent ne pas avoir envisagé ni adopté l'ensemble des principes de la réforme ; et si l'on suit l'analyse d'Amedeo Molnár d’« une certaine manière on peut estimer que Jan Hus n’était pas un préréformateur, mais que Luther était un posthussite »8.
Évangile traduit par John Wyclif, copie de la fin du XIVe siècle, Folio 2v of MS Hunter 191 (T.8.21)

Un des plus anciens précurseurs de la Réforme est l'anglais John Wyclif. À travers ses premiers écrits transparait l'idée que Dieu exerce par l'intermédiaire du pape, son droit sur les biens terrestres ; les rois ont donc des comptes à rendre au pape. Selon lui, la véritable Église est l'Église des chrétiens, des membres de la hiérarchie, et le pape lui-même, mais personne n'est supérieur à l'autre. Le pape dirige mais n'est pas plus saint qu'un chrétien. Cette affirmation nouvelle remet ainsi en cause la place de la hiérarchie dans l'Église. Il traduit la Vulgate en ancien anglais et reconnait aux autorités laïques le droit de percevoir les revenus ecclésiastiques en 1381, ce qui choque beaucoup les membres du clergé anglais très attachés à leurs prérogatives pécuniaires. Il pense que les Écritures doivent être la seule source de foi même s'il pense que les pères de l'Église peuvent aider à son interprétation. Il est condamné en 1376 et 1379. Son vieil ennemi Guillaume de Courtenay, devenu archevêque de Cantorbéry, convoque à Londres trois synodes en 1392, qui condamnent formellement Wyclif et ses partisans. Il meurt isolé, mais est enterré en terre chrétienne. Le Concile de Constance (1414-1418) renouvelle la condamnation de ses écrits, de même que le pape Martin V qui publie deux mois avant la fin du concile la bulle Inter cunctas (22 février 1418) contenant les quarante-cinq articles condamnés de Wyclif. L'exhumation de ses restes est alors ordonnée et, en 1428, ses ossements sont brûlés et jetés dans la Tamise au nord de Londres. À sa suite, les Lollards poussent le peuple à la révolte contre les évêques qui s'enrichissent grâce à leur position religieuse. Henri IV d'Angleterre sévit contre ce qu'il considère comme une hérésie majeure et une atteinte à son pouvoir absolu9. Les idées de Wyclif ne remportent pas de succès en dehors de l'Angleterre.
Jean Hus au bûcher, 6 juillet 1415.

En Bohême et Moravie, Jean Hus oppose la richesse corruptrice à la pauvreté évangélique. Pour lui, l'Évangile est la seule règle infaillible et suffisante de la foi, et tout homme a le droit de l'étudier pour son propre compte. Ceci est une grande nouveauté car l'Église catholique favorise peu la lecture personnelle des textes saints. De plus les prétentions religieuses d'Hus se doublent de prétentions nationalistes. Il lutte pour que les Tchèques soient maîtres en leur patrie. Pour les Tchèques, Hus est le premier grand héros de la nation tchèque. En 1412, il lance des réquisitoires brûlants contre les indulgences dont la vente doit financer la guerre de Jean XXIII contre Ladislas de Naples. Trois de ses jeunes disciples sont exécutés au grand scandale des Praguois. Il est frappé d'une excommunication majeure, et la ville d'interdit s'il y séjourne. Il quitte donc Prague et prêche dans les campagnes. Il écrit des traités de théologie. En 1414, il se rend au concile de Constance muni d'un laissez-passer de l'empereur Sigismond. Là, il refuse de reconnaitre ses erreurs. Ses écrits sont brûlés et lui aussi brûlé comme hérétique le 6 juillet 1415. Il est aussitôt considéré par le peuple tchèque comme un martyr et un saint. La défenestration de Prague du 30 juillet 1419, marque le début de l'insurrection des hussites qui, durant dix-huit ans, tiennent tête aux cinq croisades que l'Europe envoie à l'appel du pape et de Sigismond pour écraser les « hérétiques ». Finalement l'Église doit composer avec les Hussites. Les Compactata de Bâle (1433) accordent aux Tchèques la communion sous les deux espèces et la lecture en tchèque de l'Épître et de l'Évangile. Mais deux Églises issues de la prédication de Hus subsistent en Bohême au XVIe siècle : l'église Ultramontaine et la Communion des frères de la foi10.

La devotio moderna est un mouvement spirituel né au XIVe siècle aux Pays-Bas ; animée par les frères et les sœurs de la Vie évangélique, elle essaie de prendre en compte les aspirations des fidèles. C'est une méthode de piété personnelle et individuelle faite de l'imitation de Jésus-Christ, d'un examen de conscience et de prières11. De plus l'idée de réforme traverse bien des milieux dans bien des États. En Allemagne, L'empereur Maximilien veut utiliser l'idée de réforme contre le saint Père pour réaliser autour de lui l'unité nationale. Après avoir fait diffuser le Recueil des plaintes de la Nation germanique contre Rome, il charge l'humaniste Jacques Amyot de rassembler les observations des Allemands sur l'Église et le clergé catholique12. La plupart des ordres religieux cherchent de leur côté à rétablir les règles monastiques dans leur dureté originelle. Savonarole parvient à prendre le pouvoir à Florence12.
Chronologie de la Réforme

1507 : Guillaume Briçonnet accueille à Meaux Jacques Lefèvre d’Étaples qu’il fréquente depuis 1505.
1515-1516 : Martin Luther donne un cours sur l'épître de Paul aux Romains.
1516 : Ulrich Zwingli rencontre Érasme et l'imprimeur Froben à Bâle.
1517 : Martin Luther publie ses 95 thèses.
1520 : Martin Luther publie ses principaux écrits réformateurs :

La Papauté de Rome ;
L'Appel à la noblesse chrétienne de la Nation allemande pour l'amélioration de l'ordre chrétien ;
De la Captivité babylonienne de l'Église ;
La Liberté chrétienne.

1521 :

L'empereur Charles Quint promulgue l'Édit de Worms pour interdire le luthéranisme. Il prononce la mise au ban de Martin Luther et de ses partisans, interdit la diffusion et la lecture de ses écrits (ainsi que de tout autre écrit suspect d'hérésie).
Les thèses de Martin Luther sont condamnées par la Sorbonne.
Le cénacle de Meaux, expérience évangélique, est fondé à la demande de l'évêque de Meaux Guillaume Briçonnet par son vicaire et ami Jacques Lefèvre d'Étaples ; il comprend le futur réformateur Guillaume Farel.

1522 :

Les publications d’Ulrich Zwingli le font connaître en dehors de Zurich.
Martin Luther publie la traduction en allemand du Nouveau Testament.

1523 :

Jacques Lefèvre d'Étaples publie la traduction en français du Nouveau Testament à partir de la Vulgate.
Zürich est le premier canton suisse à passer à la réforme, grâce à Zwingli.

1524 : Martin Bucer met en place un culte réformé à Strasbourg (l'Alsace est alors distincte de la France).
1528 : Jacques Lefèvre d'Étaples publie la traduction en français de l'Ancien Testament à partir de la Vulgate.
1529 : Bâle passe à la réforme. Glaris, Berne, Bienne, Schaffhouse et Saint-Gall suivent. « Protestation » des princes luthériens lors de la seconde Diète de Spire. La République de Mulhouse adopte la réforme inspirée par Ulrich Zwingli (puis par la suite par Jean Calvin) comme unique doctrine d'État.
1530 :

Présentation de la confession d'Augsbourg, texte fondateur du luthéranisme.
Meaux devient la première paroisse protestante organisée de France.

1531 : Les cantons suisses catholiques attaquent les Zurichois et les battent. Zwingli est tué.
1532 : Au synode de Chanforan, l’église vaudoise fusionne avec les églises réformées. Jean Calvin, converti en 1531, commence à prêcher dans Paris.
1533 : Discours de Nicolas Cop, recteur de la Sorbonne, écrit par Calvin. Scandale. Exil de Calvin.
1534 :

Martin Luther publie la traduction en allemand de l'Ancien Testament.
Affaire des Placards ; la politique royale française devient répressive.

1536 :

Calvin publie à Bâle l'Institution de la religion chrétienne, sans mention de la prédestination.
Calvin s’installe à Genève où la Réforme vient d'être adoptée.

1538 : Calvin, banni de Genève en 1538, s'installe à Strasbourg, où il collabore avec Martin Bucer et enseigne dans le collège humaniste nouvellement créé.
1541 : Calvin revient à Genève et y installe une république calviniste dans la ville.
1542 : création de l'Inquisition romaine par Paul III.
1545 :

Ouverture du concile de Trente.
Le massacre de Mérindol, lors duquel 3 000 Vaudois du Luberon meurent, déclenche l’émoi et une enquête royale.

1546 : mort de Martin Luther.
1552 : Calvin publie De la prédestination éternelle de Dieu.
1555 (25 septembre) : la Paix d'Augsbourg est signée ; elle donne une existence légale aux villes ou aux États luthériens dans l'Empire.
1561 : colloque de Poissy, tentative de conciliation entre théologiens catholiques et protestants français ; le colloque échoue sur la question de la transsubstantiation.
1562 :

Calvin publie La congrégation sur l'élection éternelle.
massacre d'un rassemblement de Huguenots à Wassy ; début des guerres de religion en France.

1563 : fin du concile de Trente.
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MessageSujet: Re: Y'becca, La Vie et L'Histoire du Protestantisme   Mar 20 Sep à 9:31

Héritages
Textes pararabelaisiens

Plusieurs ouvrages contemporains gravitent autour de l'imaginaire pantagruélique, attestant de son retentissement précoce. Inspiré par l'évangélisme de Rabelais, François Habert publie en 1542 un poème pastoral de 684 vers décasyllabiques où Gargantua prend la défense de la possibilité pour les prêtres de se marier, avec en toile de fond le discrédit jeté sur les abus ecclésiastiquesN 21. Une version du Disciple de Pantagruel, redevable davantage aux récits de voyage et à Lucien pour ce qui concerne le pays des Lanternes qu'à l'univers originel de l'écrivain, est fautivement attribuée à celui-ci par une édition pirate d'Étienne Dolet en 1542N 22. Ces deux textes trouvent néanmoins une vie nouvelle comme sources dans le Tiers Livre et le Quart Livre : le premier préfigure les conseils sur les femmes tandis que le second décrit Bringuenarilles et l'Île Farouche170. En revanche, les Songes drolatiques de Pantagruel, ensemble de gravures attribuées à Rabelais à titre posthume, ne semblent avoir de relation avec l'auteur que leur exubérante fantaisie.
Romanciers

Au XVIIIe siècle, l'humaniste exerce une influence notable sur plusieurs romanciers britanniques. Jonathan Swift, dans Les Voyages de Gulliver, ne se contente pas de tisser une trame romanesque composée de pérégrinations maritimes, d'îles imaginaires, de géants et de pointes satiriques, mais introduit des scènes apparentées à des épisodes typiquement rabelaisiens, notamment lors de la présentation des savants pédants de l'académie de Lagado ou de l’extinction de l'incendie par une aspersion d'urine171,172. La correspondance de Laurence Sterne laisse apparaître que celui-ci se considère comme un digne successeur de l'écrivain173. Il rédige d'ailleurs un Fragment à la manière de Rabelais, probable esquisse abandonnée de Tristram Shandy, publié avec ses lettres par sa fille Lydia174. Les références au Tourangeau fourmillent d'ailleurs dans ce roman, à tel point que Frénais, le premier traducteur français de Sterne, affirme nécessaire de connaître le premier pour comprendre le second175.

Honoré de Balzac revendique explicitement le patronage de Rabelais dans ses préfaces à la Physiologie du mariage et aux Contes drolatiques. Il ne se sent pas proche de lui uniquement d'un point de vue littéraire mais aussi en raison du tempérament gai et farceur qu'il lui attribue176. L'écrivain romantique ne cesse de lui rendre hommage en le citant dans plus de vingt romans et nouvelles de La Comédie humaine. « Balzac est à l'évidence un fils ou un petit-fils de Rabelais […] Il n'a jamais caché son admiration pour l'auteur de Gargantua qu'il cite dans Le Cousin Pons comme « le plus grand esprit de l'humanité moderne »177,178 ». Il emprunte le pseudonyme-anagramme de Rabelais, Alcofribas, pour signer la nouvelle Zéro, conte fantastique dans le journal La Silhouette du 3 octobre 1830. C'est Balzac qui donne à « rabelaisien » le sens de « grivois, licencieux, truculent, joyeux »179.

Texaco de Patrick Chamoiseau, L'Allée des soupirs de Raphaël Confiant, ainsi qu'une plus large part de la littérature créole se remarquent par une intense créativité lexicale, évoquant l'écriture rabelaisienne180,181.
Dramaturges et musiciens
Costume de Dindenault pour Pantagruel, opéra-bouffe en deux actes de 1855 de Théodore Labarre sur un livret d'Henri Trianon.

Au cours du XIXe siècle, plusieurs dramaturges choisissent l'univers rabelaisien, en traduisant souvent davantage l'imaginaire collectif autour de l'écrivain qu'une connaissance réelle de l'œuvre, sans doute parce qu'il annonce la gaité du spectacle182. Ils suivent en cela l'exemple d'André Grétry, auteur d'une comédie lyrique en trois actes de 1785, Panurge dans l'île des lanternes, qui s'avère originale par des motifs orchestraux préfigurant, de manière plus maladroite, l'art de Beethoven183. La vie de l'auteur elle-même donne matière à des pièces vaudevillesques, comme Rabelais ou le presbytère de Meudon de Leuven et de Varin, le représentant comme un joyeux curé de village, tandis que le Gargantua ou Rabelais en voyage de Dumersan mêle la biographie fabulée à la fiction romanesque, figurant un écrivain aussi bon vivant que désargenté184.

Alfred Jarry écrit avec Eugène Demolder un livret d'opéra-bouffe, sur une musique de Claude Terrasse, intitulé Pantagruel, reprenant divers ingrédients de la geste rabelaisienne (le mariage et les moutons de Panurge, les noms des personnages) en les réarrangeant de manière méconnaissable. Pantagruel, pour obtenir la main de la princesse Allys, fille de Picrochole, part en expédition chercher un manteau fabriqué à partir de la toison d'or. Sa première représentation, en 1911, fut couronnée de succès au Grand Théâtre de Lyon. Il existe en réalité plusieurs versions de ce qui est davantage une recomposition qu'une adaptation185,186.

À la suite du compositeur Hervé en 1879 ou de Robert Planquette en 1895, Jules Massenet se décida à écrire un Panurge lyrique, sur le motif de l'aventure conjugale déjà parodié dans Grisélidis. Joué une première fois en 1913, après la mort de l'auteur, le récit se construit autour des amours tumultueux de Colombe et du personnage éponyme, volage jaloux et buveur invétéré187.

En 1909, Edgard Varèse entreprit la composition d'un poème symphonique basé sur Gargantua. Il venait de rencontrer l'écrivain Romain Rolland, qui partageait son enthousiasme : « Votre Gargantua me paraît un idéal de sujet vivant et populaire (au sens de « tout un peuple »). Mais surtout amusez-vous en l'écrivant. Si vous ne jubilez pas en le faisant, ça n'est pas la peine de le faire. Débarrassez-vous des préoccupations intellectuelles : débordez188 ! » Le projet n'aboutit pas, ou bien Varèse détruisit sa partition dans les années 1960189, mais le compositeur n'en demeurait pas moins un fervent lecteur et admirateur de l'œuvre de Rabelais, comme en témoigne sa correspondance avec Nicolas Slonimsky190. Romain Rolland était encore amusé par une coïncidence : dans son roman-fleuve, Jean-Christophe, le héros compose également un poème symphonique intitulé Gargantua191.

En 1971, Jean Françaix composa Les Inestimables Chroniques du bon géant Gargantua, reprenant de grandes sections du texte de Rabelais pour récitant et orchestre à cordes192. Dans le domaine du théâtre, Jean-Louis Barrault réalisa une adaptation de Gargantua et Pantagruel dans un vaste spectacle intitulé Rabelais, créé en 1968 à l'Élysée Montmartre, avec une musique de Michel Polnareff. En 1983, l'écrivaine canadienne Antonine Maillet crée sa pièce Panurge, ami de Pantagruel, qui reprend la trame des romans de Rabelais.
Illustrateurs
Affiche publicitaire pour l'édition de la Librairie illustrée.

En 1854, Gustave Doré entreprend une première illustration des œuvres de RabelaisN 23, qui ne s'apparente pas aux éditions littéraires luxueuses qu'il va initier avec La Légende du Juif errant deux ans plus tard. Ce travail se trouve en effet publié dans une collection populaire, en in-octavo, sur du papier de mauvaise qualité, avec toutefois de nombreuses gravures non réutilisées pour l'édition de 1873. Celle-ci, publiée par Garnier Frères, retardée à cause de la guerre franco-prussienne, rejoint en revanche la lignée des fastueux in-folio du graveur193.

Relevant le défi de renouveler l'iconographie rabelaisienne, Albert Robida, d'un style plus léger et humoristique, voit sa carrière prendre un tournant grâce au succès de son interprétation parue chez Georges Decaux, notamment parce qu'il gagne le soutien de bibliophiles194,N 24. De manière générale, le XXe siècle voit éclore de nombreuses illustrations de Rabelais, avec par exemple les enfantillages de Marcel Jeanjean (1933), les coquines satires de Jacques Touchet (1935) ou les bois de Derain (1943)195. Attestant de leur poids dans l'imaginaire collectif, les personnages rabelaisiens sont parfois choisis pour eux-mêmes, sans relation avec les romans, comme le montre le Gargantua de Daumier. Pour cette violente caricature de Louis-Philippe interprété en ogre glouton, l'artiste écope d'une peine de six mois de prison196.
La présence de Rabelais dans le patrimoine
Rabelais et Montpellier

À l'issue de son doctorat, obtenu lors de son second séjour montpelliérain (mai 1537 - janvier 1538), Rabelais enseigne quelque temps dans l'université. En souvenir de son passage, s'est installée une tradition autour d'une robe rouge qui lui est attribuée : chaque doctorant lui rend hommage le jour de sa thèse. En réalité, avant la Révolution, l'habit rouge est réservé à l'impétrant du baccalauréat médical, qu'il porte pour les cours qu'il donne ensuite aux plus jeunes, le noir étant dévolu au diplôme final197.

Dans le jardin des plantes de Montpellier, se trouve une statue de Jacques Villeneuve, inaugurée le 6 novembre 1921. Un buste de Rabelais couronne un mur accolé de deux Hermès et des personnages de la geste pantagruélique, au centre duquel est inscrite l'exhortation « Vivez joyeux »197.
Rabelais et la Touraine

Le nom de Rabelais revient très souvent dans la région tourangelle : il se trouve ainsi attribué à une rue, à un collège, à l’université François-Rabelais de Tours, à des enseignes d’hôtels... Non loin de Chinon se trouve également le musée de la Devinière, fondé en 1951 sur le lieu d'enfance de Rabelais réhabilité, à proximité de plusieurs hauts-lieux de la guerre picrocholine comme l'abbaye de Seuilly ou le château de la Roche-Clermaut198.

Partie supérieure du monument de Rabelais dans le jardin des plantes de Montpellier.

Monument montpelliérain de Jacques Villeneuve vu de face.

Statue du Louvre par Élias Robert.

Rabelais assis, coiffé de son bonnet de docteur en médecine, par Alfred-Désiré Lanson.

Statue à Chinon d'Hébert fils.

Bibliographie

Notices d'autoritéVoir et modifier les données sur Wikidata : Fichier d'autorité international virtuel • International Standard Name Identifier • Union List of Artist Names • Bibliothèque nationale de France (données) • Système universitaire de documentation • Bibliothèque du Congrès • Gemeinsame Normdatei • Service bibliothécaire national • Bibliothèque nationale de la Diète • Bibliothèque nationale d'Espagne • WorldCat

Œuvres
Éditions anciennes

Pour l'inventaire et le classement complet des éditions anciennes : voir R. Rawles et M. A. Screech, A New Rabelais Bibliography : Editions of Rabelais before 1626, Genève, Droz, coll. « Travaux d'humanisme et Renaissance » (no 219), 1987, XVI + 693 p. p. (présentation en ligne)
En compagnie d'écrivains anciens et modernes, Rabelais présente son second roman.
Pantagruel

Pantagruel. Les horrribles et espoventables faictz et prouesses du tresrenommé Pantagruel Roy des Dispodes, filz du Grand geant Gargantua. Composez nouvellement par maistre Alcofrybas Nasier, Lyon, Claude Nourry, [1532 ?]

Pantagruel Roy des Dipsodes, restitué à son naturel, avec ses faictz et prouesses espouventables, composez par feu M. Alcofrybas abstracteur de quinte essence, Lyon, François Juste, 1542 (édition corrigée et complétée)

Pantagruel, fac-similé de l'édition de Lyon, François Juste, 1533, d'après l'exemplaire unique de la bibliothèque royale de Dresde. Introduction de L. Dorez et P.-Plan, Paris, 1903

Gargantua

Gargantua [titre réécrit ?], Lyon, François Juste, 1534

Gargantua. AΓAΘH TYXH. La vie inestimable du grand Gargantua, père de Pantagruel, jadis composée par l'Abstracteur de quinte essence. Livre plein de pantagruelisme, Lyon, François Juste, 1535

La vie treshorrificque du grand Gargantua, père de Pantagruel, jadis composee par M. Alcofribas abstracteur de quinte essence. Livre plein de Pantagruelisme, Lyon, François Juste, 1542 (édition corrigée et complétée).

Tiers Livre

Tiers Livre des faitz et dictz Heroïques du noble Pantagruel, composez par M. Franç. Rabelais docteur en Medicine, et Calloïer des Isles Hieres. L'auteur susdict supplie les lecteurs soy reserver à rire au soixante et dixhuytiesme livre, Paris, Chrestien Wechel, 1546

Le Tiers Livre des faictz et dictz Heroïques du bon Pantagruel : Composé par M. Fran. Rabelais docteur en Medicine. Reveu, et corrigé par l'Autheur, sus la censure antique. L'auteur susdict supplie les lecteurs soy reserver à rire au soixante et dixhuytiesme livre, s.l., [Paris, M. Fezandat], 1552 (édition revue et complétée)

Quart Livre

Le Quart Livre des faictz et dictz Heroïques du noble Pantagruel. Composé par M. François Rabelais, Docteur en Medicine et Calloier des Isles Hieres, s.l.n.d., [Lyon, Pierre de Tours, 1548]

Le Quart Livre des faicts et dits Heroïques du bon Pantagruel. Composé par M. François Rabelais, docteur en Medicine, Paris, Fezandat, 1552

Le Quart Livre des faictz et dictz Heroïques du bon Pantagruel. Composé par M. Françoys Rabelais, docteur en Medicine, Avec une briefve declaration d'aucunes dictions plus obscures contenues en ce dict livre, Lyon, B. Aleman, 1552

Isle Sonnante et Cinsquiesme Livre

L'Isle Sonnante, par M. François Rabelays, qui n'a point encore esté imprimé ne mise en lumière : en laquelle est continuée la navigation faicte par Pantagruel, Panurge et austres ses officiers. Imprimé nouvellement, s.l., 1562

Le cinsquiesme et dernier livre de des faicts et dicts Heroïques du bon Pantagruel, composé par M. François Rabelais, docteur en Medecine. Auquel est contenu la visitation de l'Oracle de la Dive Bacbuc, et le mot de la Bouteille (...), s.l., 1564

Éditions collectives

Les Œuvres de M. François Rabelais Docteur en Medicine, contenans la vie, faictz et dicts Heroïques de Gargantua, et de son fils Panurge [sic] : Avec la Prognostication Pantagruéline, s.l., 1553

Œuvres. Faicts et dis du géant Gargantua et de son fils Pantagruel, avec la Prognostication Pantagruéline, l'épître du Limosin, la Crême philosophale et deux épîtres. Nouvelle édition où on l'a ajouté des remarques historiques et critiques [par Le Duchat et La Monnoye], Amsterdam, 1711

Éditions modernes
Éditions séparées

François Rabelais (édition critique par V. L. Saulnier), Pantagruel, Genève, Droz, coll. « Textes littéraires français » (no 2), 1967 (1re éd. 1946), LIV-265 p.
François Rabelais (préf. Verdun-Léon Saulnier, texte établi par Ruth Calder ; avec introduction, commentaires, tables et glossaire, par M. A. Screech), Gargantua, Genève, Droz, coll. « Textes littéraires français » (no 163), 1970
François Rabelais (édition critique par M. A. Screech), Tiers Livre, Genève, Droz, coll. « Textes littéraires français » (no 102), 1964, XXX-473 p.
François Rabelais (édition critique par R. Marichal), Quart Livre, Genève, Droz, coll. « Textes littéraires français » (no 10), 1967, XXXVIII-413 p.

Œuvres complètes

François Rabelais (préf. Jean Vagne, avant-propos et édition scientifique de François Ruchon), Gargantua – Pantagruel : en deux tomes, Lausanne, Éditions Rencontre, 1216 p. (602 et 614 p.)
Mireille Huchon (avec la collaboration de François Moreau), Œuvres complètes, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade » (no 15), 1994, 1801 p., 18 cm (ISBN 978-2-07-011340-8, notice BnF no FRBNF35732557)
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MessageSujet: Re: Y'becca, La Vie et L'Histoire du Protestantisme   Mar 20 Sep à 9:31

La Réforme luthérienne
Martin Luther en 1529, par Lucas Cranach l'Ancien.

La réforme luthérienne est introduite par le moine augustin Martin Luther. Celui-ci vit dans l'anxiété de son époque. Depuis son entrée au couvent, Luther cherche par tous les moyens à acquérir la certitude de son salut. Mais ni la dévotion, ni les messes, ni les confessions, ni les jeûnes, ni les exercices spirituels, ni la théologie n'apportent à Luther l'apaisement et la certitude de son salut.

En 1512, il retrouve enfin la réponse à ses questions ; il écrit à ce moment-là : « le juste vivra par la foi. Dieu donne, sa justice infinie est un don »13. La bonté de Dieu, son amour, sa générosité sont la clé de voûte de la doctrine chrétienne. Le chrétien répond à l'amour de Dieu par la foi. Luther écrira plus tard :

« Alors je commençai à comprendre que la « justice de Dieu » est celle par laquelle le juste vit du don de Dieu, à savoir de la foi, et que la signification (de la lettre de saint Paul aux Romains au chapitre 1, 17) était celle-ci : par l'Évangile nous est révélée la justice de Dieu..., par laquelle le Dieu miséricordieux nous justifie par la foi... Alors je me sentis un homme né de nouveau et entré, les portes grandes ouvertes, dans le paradis même. À l'instant même, l'Écriture m'apparut sous un autre visage14. »

L'épître de saint Paul aux Romains transmet pour lui la vérité de l'Évangile : « Car en l'Évangile la justice de Dieu se révèle de la foi à la foi, comme il est écrit : « le juste vivra de la foi » » (Rm 1, 17)15

Pour Luther désormais, tous les préceptes se trouvent uniquement dans l'Écriture sainte. Et c'est en suivant les lois divines que le chrétien montre sa foi.

Luther est connu pour avoir accentué et développé le sens de l'idée que « le juste vivra par la foi ». Il a en effet dû se justifier dès 1530 d'avoir ajouté le mot « seul » au verset de l'épître aux Romains (Chp. 3, verset 28) : « Car nous pensons que l'Homme est justifié par la foi seule, sans les œuvres de la loi. »16
La rupture avec Rome
Le pape Léon X en 1519, par Raphaël.

En 1515, le pape Léon X autorise une nouvelle vente d'indulgences17. Celle-ci n'obtient pas un très grand succès. En 1517, Luther appose les 95 thèses contre les indulgences sur la porte de la chapelle du château de Wittenberg. Il est indigné de la dérive marchande de l'Église. Il s'engage à défendre ses propositions d'ordre théologique ou concernant les indulgences devant qui voudrait bien argumenter avec lui. Il pense qu'un débat public sur la question est salutaire13. Mais les Dominicains qui vendent les indulgences préfèrent dénigrer Luther. Ils dénoncent essentiellement deux propositions de Luther : la non-nécessité des œuvres pour gagner son salut et la référence exclusive à la Bible. Le débat gagne les universités d'Europe18.

Le 15 juin 1520, Léon X condamne les idées de Luther. L'empereur Charles Quint qui se veut le champion de l'autorité pontificale fait brûler les écrits de Luther à l'université de Louvain en décembre 1520. Luther ne veut pas se laisser faire. Il pense toujours qu'un débat public est nécessaire et rend coup pour coup afin de montrer sa détermination. C'est d'ailleurs sa détermination qui sera la cause de la rupture des protestants et des catholiques18. Le pape ne peut supporter que son autorité soit contestée. Il est farouchement convaincu qu'il incarne seul la vérité évangélique et que Luther ne parle qu'en son nom. Luther a beau écrire "les grands écrits réformateurs", quatre ouvrages qui précisent sa pensée, le pape n'en démord pas. L'affirmation de la seule autorité de l'écriture n'implique pas que le pape est soumis à cette écriture car seul le pape peut faire face aux évolutions de la société. En effet comment interpréter les écritures au fil du temps ? Martin Luther vend le Manifeste à la noblesse allemande en quelques jours à quarante mille exemplaires. Il préconise la réduction des sacrements au nombre de trois : le baptême et la communion sous les deux espèces et la confession. En effet, les actes des Apôtres précisent que les premiers chrétiens confessaient leurs péchés les uns aux autres. La doctrine comprend aussi le rejet de la doctrine de la transsubstantiation19, et l'affirmation de la liberté du chrétien et de l'égalité de tous les croyants devant Dieu même s'ils ne sont pas tous capables d'enseigner la parole de Dieu20. On estime qu'entre 1517 et 1520 plus de 300 000 exemplaires des écrits de Luther furent vendus. Jusque vers 1550, il reste l'auteur le plus lu21.
Luther brûlant publiquement les œuvres de Jan Eck, un livre de droit canon et la bulle condamnant ses propositions (Life of Martin Luther and the heroes of the Reformation, 1874).

Après avoir été excommunié par le pape, Luther est convoqué à la Diète de Worms. Il y comparait durant deux jours devant l'assemblée. Il refuse de désavouer ses ouvrages, à moins d'être convaincu d'erreur par le témoignage de l'Écriture divine21. Il est mis au ban de l'Empire par l'empereur Charles Quint le 26 mai 1521, ce qui signifie que n'importe qui à le droit de se saisir de lui et de le remettre à la police. On lui interdit d'écrire et de publier. Ceci n'empêche pas Luther de continuer à écrire des lettres et à prêcher ses idées, aidé en cela par ses disciples dont le plus célèbre est Philippe Melanchthon22. Melanchthon publie en 1521 les Loci theologici, qui exposent, pour la première fois de manière systématique, la pensée luthérienne avec toutes ses nouveautés et ses ruptures par rapport à la pensée catholique médiévale21.

Certains groupes sociaux sont plus ou moins sensibles aux idées modernes et réformistes défendues par Martin Luther, le père du protestantisme mondial. Une part non négligeable du clergé catholique romain adhère aux idées de Luther. Ce sont en général des hommes qui ont étudié l'humanisme, ou qui ont séjourné dans une université elle-même convertie à l'humanisme. D'une certaine manière, on peut dire que l'humaniste a rendu obsolète la scolastique médiévale et les démonstrations théologiques qui en découlaient. La foi chrétienne doit tenir compte de la nouvelle façon de penser. C'est tout le mérite de Luther d'avoir lié le christianisme à la modernité de l'époque. La noblesse, avec à sa tête Klaus von Falkenstein, est très favorable à Luther. Un certain nombre d'humanistes et d'artistes (Dürer, Craven) adhèrent aussi à sa doctrine. À la campagne, les idées de Luther sont diffusées par des colporteurs itinérants et des voyageurs de commerce21.
L'expansion de la Réforme
Réformateurs et troubles sociaux
Article détaillé : Guerre des Paysans allemands.

Dans le Saint-Empire romain germanique, les villes impériales ne sont pas assez autonomes pour pouvoir choisir la religion de leur choix. Thomas Müntzer est un prédicateur mystique exalté et très intolérant. Il prêche de ville en ville et est parfois chassé par l'évêque qui ne veut pas de concurrence religieuse23. Andreas Karlsbad est un des anciens professeurs de Luther. Il encourage ses étudiants à brûler leurs livres dans d'immenses autodafés, où de précieux manuscrits disparaissent ainsi, et à apprendre un métier. Il est le premier prêtre catholique romain à se marier, rompant ainsi ses vœux de chasteté. Il épouse une ancienne nonne, lointaine parente d'Hidelgarde von Bingen23.

La Réforme est l'occasion pour certains groupes sociaux d'exprimer leur mécontentement. Ils donnent ainsi au message évangélique une dimension révolutionnaire. Les petits nobles se révoltent en 1522 sous la houlette de von Hutten et Sickingen. Pour Luther, une réforme religieuse ne devrait pas s'identifier avec une cause économique et sociale21. En 1522, les paysans d'Allemagne du sud se révoltent mêlant des revendications socio-politiques à des exigences religieuses. Là encore, Luther conjure les paysans de ne pas recourir à la force. Pour lui, la Bible ne peut apporter aucune solution aux problèmes de la vie civile ou économique. Il refuse une révolte sociale au nom de la Bible, exprimant ainsi son conservatisme social. Pendant la guerre que les paysans livrent au seigneurs du Sud du Saint-Empire romain germanique, il encourage les seigneurs à châtier sans pitié les révoltés. En effet, dans une courte brochure de 1525, intitulée Contre les bandes pillardes et meurtrières, il enjoint ses « chers seigneurs » à « poignarder », « pourfendre » et « égorger » les rebelles paysans (cité dans J. Lefebvre, Luther et l'autorité temporelle, 1521-1525, Paris, Aubier, 1973, p. 247-257). Ceci lui vaut de voir disparaître une grande partie du soutien des seigneurs du Sud pour qui réforme religieuse rime avec anarchie21.
L'anabaptisme
Articles détaillés : Anabaptisme et Révolte de Munster.

Présents dès les débuts de la Réforme, notamment à Zurich dans l'entourage de Zwingli, ces représentants de la Réforme radicale fédèrent les mécontents. Une de leurs branches, inspirée par la prédication de Melchior Hoffman, prône l'usage de la violence à l'encontre des non-anabaptistes, dans la perspective d'une fin du monde très proche, à laquelle il faut se préparer. Ces disciples de Melchior Hoffman, pourchassés aux Pays-Bas, en Suisse et en Allemagne, vont provoquer un nouvel épisode de troubles en se regroupant dans la ville allemande de Munster en Westphalie, où, de 1533 à 1535, ils tentent d'établir une théocratie. À partir de février 1534, la ville tombe sous leur contrôle. Sous la conduite de Jean de Leyde, qui prétendait être directement inspiré par des visions divines, la ville fut administré sous la terreur dans un climat délirant, où la polygamie fut légalisée, Jean de Leyde se mariant lui-même avec pas moins de 16 femmes. La ville fut reprise par les armes en juin 1535 par son ancien archevêque et les meneurs mis à mort. Cet épisode de la révolte de Munster a laissé une image déplorable de l'anabaptisme, malgré le fait que cette communauté religieuse se soit dans son immense majorité engagée dans une non-violence absolue.
L'organisation de l'Église luthérienne
Portrait de Philippe Melanchthon par Lucas Cranach l'Ancien (1543).

Face à l'agitation provoquée par les diverses tendances de la Réforme, Luther s'occupe en premier lieu d'organiser la nouvelle liturgie en langue allemande. C'est la première fois qu'un peuple peut prier d'un bout à l'autre de la cérémonie dans sa langue nationale. Cette révolution fait beaucoup pour le développement de la langue allemande. La messe allemande repose sur la lecture du Nouveau Testament, le sermon, élément central du culte, et les chants. Luther écrit un recueil de sermons que les pasteurs peuvent utiliser durant l'office. Ceci permet une certaine unité doctrinale. Les chants religieux, très nombreux pendant l'office, sont un puissant ressort d'émotion21.

Le pasteur consacre les deux espèces qui deviennent le vrai corps et le vrai sang du Christ, bien qu'il s'agisse de pain et de vin24. Dans la doctrine luthérienne, il n'y a pas changement de substance mais coexistence de deux substances : c'est la consubstantiation24. Luther admet l'ordination des pasteurs, ainsi que le contrôle du pouvoir temporel sur le pouvoir spirituel, garant de l'orthodoxie face au pullulement des réformes et d'une morale stricte. Le prince, comme chrétien éminent et du fait de sa mission divine, est une sorte d'évêque chargé de faire régner l'ordre dans l'Église21. Il porte le titre de Summus episcopus. Cette mission particulière des princes leur permet d'augmenter leur pouvoir sur leurs sujets. Les fidèles adultes continuent à recevoir un enseignement religieux, ainsi que les enfants pour lesquels Luther écrit le Grand et le Petit catéchisme dans un langage simple et adapté. Il condamne également un grand nombre de rites catholiques : les pèlerinages, le culte des Saints, les reliques24...

La réforme luthérienne partie de Saxe touche les villes libres du sud de l'Allemagne, le Brandebourg, le Brunswick et l'Anhalt. En 1529, lors de la seconde diète de Spire, six princes et quatorze villes refusent d'appliquer les décrets impériaux revenant sur les libertés religieuses des princes et déclarent : « ...nous protestons... », d'où le nom de protestants. En 1530, les diverses mouvances de la Réforme présentent leur confession devant la Diète réunie à Augsbourg et l'empereur. La confession d'Augsbourg, une profession de foi luthérienne très modérée, est rédigée par Philippe Melanchthon. Celle présentée par Zwingli affirme que la Cène n'est qu'une commémoration. Les réformés de Strasbourg présentent une troisième confession au nom des villes alsaciennes dite Confession tétrapolitaine. La Diète d'Augsbourg montre l'impossibilité de faire l'unité des Réformés25 même si les Alsaciens finissent par adopter la Confession d'Augsbourg.
L'empereur Charles Quint par Christoph Amberger, 1532.

À l'issue de la diète d'Augsbourg, Charles Quint somme les protestants de se soumettre à Rome dans un délai de sept mois. Inquiets, ces derniers constituent en 1531 la ligue de Smalkalde. L'empereur leur accorde alors une trêve21. En 1536, sous l'impulsion de Martin Bucer, les protestants d'Allemagne du nord et du sud, divisés sur le problème de la Cène, signent la Concorde de Wittenberg (1536), ce qui permet au luthéranisme d'étendre son influence en Allemagne du sud et isole les Suisses. En 1546, lorsque les protestants refusent de reconnaître le Concile de Trente, Charles Quint lève ses troupes dans le but de réprimer le protestantisme par les armes. Les Protestants, qui forment la Ligue, subissent une cuisante défaite à Mühlberg en Saxe en 1547. L'empereur peut aussi imposer l'année suivante aux protestants l'Intérim d'Augsbourg qui leur autorise juste la communion sous les deux espèces et le mariage des prêtres21. Les princes protestants obtiennent alors l'appui du roi de France Henri II en échange du droit pour celui-ci d'occuper Metz, Toul, Verdun « et autres villes de l'Empire ne parlant pas allemand »26. Charles Quint laisse son frère, le futur empereur Ferdinand Ier, signer la paix d'Augsbourg en 1555. Les sécularisations déjà accomplies de biens de l'Église catholiques sont entérinées mais il est interdit à l'avenir de lui confisquer d'autres biens. Les princes et les villes libres ont le droit de choisir leur religion mais les sujets sont obligés de professer la même religion que leur souverain ou d'émigrer, d'où l'adage : Cujus regio, ejus religio (tel prince, telle religion). Les deux-tiers de l'Allemagne sont devenus protestants.

Après la mort de Luther en 1546, c'est Philippe Mélanchthon qui devient le guide des Luthériens jusqu'à sa mort en 1560. En 1580, les théologiens luthériens parviennent à unir les différents États luthériens autour d'un texte de confession commun. C'est le Livre de Concorde.
Le Luthéranisme hors d'Allemagne

La Réforme luthérienne déborde les frontières allemandes. Les échanges culturels et commerciaux entre le monde scandinave et l'Allemagne sont très importants. Olaf et Laurent Petersen, Olaeus et Laurentius Patri, formés à l'université de Wittenberg commencent à prêcher la Réforme en Suède en 1518. Ils publient douze thèses qui présentent les principales idées de Luther. Le clergé catholique suédois qui possède 30 % des terres est très déconsidéré en Suède. De ce fait la Réforme progresse sans résistance. En 1527, la diète suédoise accepte la réforme, permet la sécularisation des biens du clergé au profit de la monarchie27. Le roi devient le chef suprême de l'Église. En Finlande, le clergé se réforme de lui-même.

Au Danemark, sous le règne de Frédéric Ier (1523-1533), la prédication luthérienne se développe grâce à Hans Tausen qui a fait ses études à Wittenberg et à Paul Helgesen28. Les Trente-trois Articles de Copenhague posent les bases de la Réforme en 1530 même si elle n'est pas encore adoptée officiellement. Il faut attendre 1536 pour qu’à l'instigation de Johannes Bugenhagen, Christian III fasse de la confession d'Augsbourg la profession de foi du Danemark. Le roi est le chef de l'Église danoise. Il nomme des surintendants qui remplacent les anciens évêques. La Réforme est aussi prêchée en Islande où elle rencontre une forte résistance et en Norvège, unie au Danemark à partir de 1539. L'université de Copenhague devient un centre de rayonnement luthérien2
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MessageSujet: Re: Y'becca, La Vie et L'Histoire du Protestantisme   Mar 20 Sep à 9:32


6 juillet 1535
Décapitation de Sir Thomas More

Le 6 juillet 1535, Sir Thomas More quitte la Tour de Londres après quinze mois de détention pour être décapité sur ordre du roi Henri VIII Tudor.



Thomas More est un brillant humaniste et l'auteur d'un ouvrage mémorable, L'Utopie. Nommé lord chancelier du royaume d'Angleterre par Henri VIII en 1529, il a été le premier laïc à accéder à cette fonction, équivalente à celle de Premier ministre.

Son prédécesseur, Thomas Wolsey, avait été disgrâcié pour n'avoir pas obtenu du pape le divorce du roi et de Catherine d'Aragon.
More, humaniste et homme de foi

Quand, dans un climat aussi crispé, Thomas More (50 ans) accède à la charge de chancelier, il a des raisons d'être inquiet. Ancien membre du Parlement et conseiller du roi, il lutte contre la poussée du luthérianisme en Angleterre. Sans trop d'aménité, semble-t-il, il jette en prison une quarantaine d'hérétiques et en livre une demi-douzaine au bûcher.

Mais ce sont les affaires matrimoniales d'Henri VIII qui lui causent les plus graves soucis.

Le 11 juillet 1533, le pape excommunie le roi, autrement dit lui interdit l'accès aux sacrements de l'Église catholique. Les rapports du chancelier avec Henri VIII se dégradent brutalement lorsque le roi signe en 1534 l'Acte de Suprématie par lequel il rompt avec le Saint-Siège et s'affranchit de l'autorité pontificale.

Sir Thomas, fidèle à ses engagements religieux, refuse de prêter serment au nouveau chef de l'Église anglicane. Le tribunal royal se réunit en juin 1535 et le condamne pour trahison à la décapitation publique. Est également condamné, pour les mêmes motifs, l'archevêque de Rochester, Jean Fischer. Leurs têtes allaient rester exposées à des crocs, pendant un mois, sur le pont de Londres (London Bridge, le seul pont dont disposait la ville à l'époque).
L'invention de l'utopie

Béatifié tardivement par l'Église romaine, en 1886, et canonisé en 1935, Thomas More est, bien plus qu'un «saint», un humaniste. Il est l'auteur d'un essai politique publié en latin (la langue des lettrés de l'époque) en 1516 : «De optimostatu rei publicae deque nova insula Utopia», connu en français sous le titre abrégé : L'Utopie.

Cet ouvrage d'une très grande audace dénonce l'intolérance religieuse et met en scène un monde idéalisé où tous les citoyens trouveraient le bonheur sur terre. La propriété privée y est inconnue. Le travail obligatoire assure la prospérité générale. Et la liberté du culte y est garantie ! De quoi scandaliser les contemporains à la veille de la Réforme luthérienne et des guerres de religion entre catholiques et protestants.

Le titre de l'ouvrage, notons-le, est un néologisme forgé par l'auteur. Il désigne en grec un lieu qui n'existe pas :"ou" (négation) + "topos" ("lieu") + suffixe-ia. ! C'est dire le peu d'espoir que Thomas More mettait dans la réalisation de ses rêves (de son utopie)... L'utopie est devenue un nom commun dans toutes les langues occidentales.
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MessageSujet: Re: Y'becca, La Vie et L'Histoire du Protestantisme   Mar 20 Sep à 9:32

Travaux critiques
Livres
Biographies

Mireille Huchon, Rabelais, Paris, Gallimard, coll. « Biographies », 2011, 429 p. (ISBN 978-2-07-073544-0, notice BnF no FRBNF42375842)

Ouvrages généraux

Mikhaïl Bakhtine (trad. Andrée Robel), L’Œuvre de François Rabelais et la culture populaire au Moyen Âge et sous la Renaissance, Paris, Gallimard, coll. « Tel » (no 70), 1982 (1re éd. 1970), 471 p., 19 cm (ISBN 978-2-07-023404-2, ISSN 0339-8560, notice BnF no FRBNF36604405)
Guy Demerson, Rabelais, Fayard, 1991, 350 p. (ISBN 2-7158-0566-7)
Guy Demerson, Humanisme et Facétie : Quinze études sur Rabelais (recueil d'articles), Orléans - Caen, Paradigme, coll. « L'Atelier de la Renaissance » (no 3), 1994, 359 p.
Henri Lefebvre, Rabelais, Paris, Editions Hier et aujourd'hui, coll. « Grandes figures », 1955
Alfred Glauser, Rabelais créateur, Nizet, 1966
Madeleine Lazard, Rabelais, Paris, Hachette littératures, 2002 (1re éd. 1993), 270 p.
Michel Ragon, Le Roman de Rabelais, Paris, Albin Michel, 1993, 221 p. (ISBN 2-226-06731-0)
L. Saulnier, Le Dessein de Rabelais, SEDES, 1957
Michael Screech, Rabelais, Paris, Gallimard, coll. « Tel », 1992, 640 p. (ISBN 978-2-07-012348-3)

Approches spécifiques

Nicole Aronson, Les Idées politiques de Rabelais, Paris, A.-G. Nizet, 1973, 283 p.
Michaël Baraz, Rabelais et la joie de la liberté, Paris, José Corti, 1983, 288 p. (notice BnF no FRBNF34717355)
Alfred Jarry, « Le Rabelais en Français moderne », repris dans ses Œuvres complètes, t. II, Paris, Gallimard, coll. « La Pléiade », 1987, 1011 p. (ISBN 2-07-011127-X)
Diane Desrosiers-Bonin, Rabelais et l'humanisme civil, t. XXVII : Études rabelaisiennes, Genève, Librairie Droz, coll. « Travaux d'humanisme et Renaissance » (no 263), 1992, 268 p. (notice BnF no FRBNF35516096)

Lucien Febvre (postface Denis Crozet), Le Problème de l'incroyance au XVIe siècle : La religion de Rabelais, Paris, Albin Michel, coll. « Bibliothèque de l'Évolution de l'Humanité », 2003 (1re éd. 1947), 579 p. (ISBN 2-226-13561-8, ISSN 0755-1770, lire en ligne)

Claude Gaignebet, À plus hault sens : l'ésotérisme spirituel et charnel de Rabelais, Paris, Maisonneuve et Larose, coll. « Esoterisme », 1986 (ISBN 270680923X)

Floyd Gray, Rabelais et l'écriture, Paris, A.-G. Nizet, 1974, 215 p. (notice BnF no FRBNF34567594, présentation en ligne)
Mireille Huchon, Rabelais grammairien : de l'histoire du texte aux problèmes d'authenticité, t. XVI : Études rabelaisiennes, Genève, Droz, coll. « Travaux d'humanisme et Renaissance » (no CLXXXIII), 1981, 534 p.
Jean Larmat, Le Moyen-Âge dans le Gargantua de Rabelais (thèse de doctorat), Paris, Les Belles Lettres, 1973, 583 p. (notice BnF no FRBNF35373150)
Nicolas Le Cadet, L'Évangélisme fictionnel : Les Livres rabelaisiens, le Cymbalum Mundi, L'Heptameron (1532-1552), Paris, Classique Garnier, coll. « Bibliothèque de la Renaissance » (no 2), 2010, 482 p. (ISBN 978-2-8124-0202-9)
Abel Lefranc, Rabelais, Etudes sur Gargantua, Pantagruel et le Tiers Livre, Albin Michel, 1953, 377 p.
François Rigolot, Les Langages de Rabelais, Genève, Droz, coll. « Titre courant », 1996, 195 p. (ISBN 2-600-00506-4)
Walter Stephens (trad. Florian Preisig), Les Géants de Rabelais : folklore, histoire ancienne, nationalisme [« Giants in Those Days : Folklore, Ancien History, and Nationalism »], Paris, Honoré Champion, coll. « Études et essais sur la Renaissance / La Renaissance française » (no LXIX), 2006, 590 p. (ISBN 2-7453-1399-1)

Essais d'écrivains

François Bon, La Folie Rabelais : L'invention du Pantagruel, Paris, Éditions de Minuit, 1990, 255 p. (ISBN 2-7073-1350-5, présentation en ligne)
Michel Butor et Denis Hollier (recueil d'articles), Rabelais ou C'était pour rire, Paris, Larousse, 1972, 143 p.
Anatole France, Rabelais, Paris, Calmann-Lévy, 1928, IV-246 p. (lire en ligne)

Stylistique

Guy Demerson, L'esthétique de Rabelais, Paris, SEDES, coll. « Esthétique », 1996, 322 p. (ISBN 2-7181-9408-1, ISSN 1264-1669, notice BnF no FRBNF36159439, présentation en ligne)

Floyd Gray, Rabelais et le comique du discontinu, Paris, Champion, coll. « Études et essais sur la Renaissance » (no 2), 1994, 202 p. (ISBN 2-85203-393-3, notice BnF no FRBNF35733089, présentation en ligne)
Franco Giacone (dir.), La Langue de Rabelais. La Langue de Montaigne : actes du colloque de Rome, septembre 2003, t. XLVIII : Études rabelaisiennes, Genève, Librairie Droz, coll. « Travaux d'Humanisme et Renaissance » (no CDLXII), 2009, 607 p. (ISBN 978-2-600-01239-3, présentation en ligne)
(en) Abraham C. Keller, The Telling of Tales in Rabelais : Aspects of His Narrative Art, Francfort sur le Main, Vittorio Klostermann, 1963, 81 p. (présentation en ligne)

Christian Michel (dir.), Naissance du roman moderne : Rabelais, Cervantès, Sterne : Récit, morale, philosophie, Mont-Saint-Aignan, Publications des Universités de Rouen et du Havre, coll. « Cours / littérature comparée », 2007, 324 p. (ISBN 978-2-87775-426-2, ISSN 1952-5915)

François Moreau, Les Images dans l'œuvre de Rabelais : Inventaire, commentaire critique et index, Paris, Société d'édition d'enseignement supérieur, coll. « Littérature », 1982, XIII-189 p. (notice BnF no FRBNF35733089)

Marcel Tetel (préf. Carlo Pellegrini), Études sur le comique de Rabelais, Florence, L. S. Olschki, coll. « Biblioteca dell'Archivum romanicum / 1 » (no 69), 1964, 148 p. (notice BnF no FRBNF33190610)

Réception et postérité

(en) Huntington Brown, Rabelais in English Literature, Paris, Les Belles Lettres, 1933, 254 p. (notice BnF no FRBNF31878870)
Marcel De Grève (préf. Jean Céard, études réunies par Claude De Grève et Jean Céard), La Réception de Rabelais en Europe du XVIe au XVIIIe siècle, Paris, Éditions Honoré Champion, coll. « Études & essais Renaissance », 2009 (ISBN 978-2-7453-1871-Cool
Marcel De Grève, L'interprétation de Rabelais au XVIe siècle, Genève, Librairie Droz, coll. « Travaux d'humanisme et renaissance » (no 47), 1961, 310 p.
Odile Vivier, Varèse, Paris, Seuil, coll. « solfèges » (no 34), 1987, 192 p. (ISBN 2-02-000254-X)
Marie-Ange Fougère, Le rire de Rabelais au XIXe siècle : Histoire d'un malentendu, Dijon, Éditions universitaires de Dijon, coll. « Écritures », 2009, 194 p. (ISBN 978-2-915611-15-1)
Michel Lécuyer, Rabelais et Balzac, Paris, Les Belles lettres, 1956, 222 p. (ISBN 0320051706)

Articles

Fondée par Abel Lefranc, la Revue des études rabelaisiennes (1903-1912) est prolongée par la Revue du seizième siècle (1913-1932), Humanisme et Renaissance (1933-1940), et la Bibliothèque d'Humanisme et Renaissance (depuis 1941), périodiques dans lesquels paraissent régulièrement des articles consacrés à Rabelais.

Jean Céard, « L'histoire écoutée aux portes de la légende : Rabelais, les fables de Turpin et l'exemple de Saint-Nicolas », dans Études seiziémistes : offertes à M. le Prof. V.-L. Saulnier..., Genève, Droz, coll. « Travaux d'humanisme et Renaissance » (no 177), 1980, IX-425 p., p. 91-109
Gérard Defaux, « Rabelais et son masque comique », dans Études rabelaisiennes, t. XI, Genève, Droz, coll. « Travaux d'humanisme et Renaissance » (no 139), 1974, XV-146 p., p. 89-135
Jean Dupèbe, « La date de la mort de Rabelais », dans Études rabelaisiennes, t. XVIII, Genève, Droz, coll. « Travaux d'humanisme et Renaissance » (no 206), 1985, XI-204 p.
Michel Jeanneret, « Polyphonie de Rabelais : ambivalence, antithèse et ambiguïté », Littérature, Paris, Larousse, no 55 « La farcissure. Intertextualités au XVIe siècle »,‎ 1984, p. 98-111 (ISSN 1958-5926, lire en ligne)
Robert Marichal, « Rabelais et la réforme de la justice », Bibliothèque d'Humanisme et Renaissance, Genève, Librairie Droz, t. 14, no 1,‎ 1952, p. 176-192 (ISSN 0006-1999, lire en ligne)
René Pomeau, « Rabelais et le folklore », Studi francesi, Turin, Rosenberg & Sellier, no 7,‎ 1963, p. 218-225 (ISSN 0039-2944)
Émile Pons, « Les langues imaginaires dans le voyage utopique. Les jargons de Panurge », Revue de littérature comparée, no 11,‎ 1931, p. 185-218 (ISSN 0039-2944)
François Rigolot, « Rabelais rhétoriqueur ? », Cahiers de l'Association internationale des études francaises, no 30,‎ 1978, p. 87-103 (ISSN 2076-8443, DOI 10.3406/caief.1978.1163)

Leo Spitzer, « Le prétendu réalisme de Rabelais », Modern Philology, The University of Chicago Press, vol. 37, no 2,‎ novembre 1939, p. 139-150 (ISSN 1545-6951)

Vidéographie

Conférence sur Rabelais, par Carlo Ossola, professeur au Collège de France (19 mai 2008)
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MessageSujet: Re: Y'becca, La Vie et L'Histoire du Protestantisme   Mar 20 Sep à 9:33

La Réforme suisse
Article détaillé : Réforme protestante en Suisse.
Zurich en 1548.

À Zurich, Ulrich Zwingli, curé de la ville, expose le 29 janvier 1523, les 95 thèses en présence des magistrats de la ville et du vicaire général de l'évêque de Constance, dont la ville dépend sur le plan religieux. Pour lui, baptême et cène sont des cérémonies symboliques, alors que les partisans de Luther les voient comme des sacrements, ce qui rend impossible tout accord avec les Allemands.

Le point de vue de Zwingli l'emporte progressivement. Zwingli obtient la sécularisation des couvents et crée en 1524 une école d'exégèse biblique. En 1525, les magistrats de la ville interdisent la messe dans la ville. Elle est remplacée par un culte très dépouillé. Un tribunal matrimonial est créé la même année. Ses compétences finissent par s'étendre à toute la vie morale et sociale des citoyens21.

Le canton de Bâle passe lui aussi à la réforme en 1529 grâce à l'action de Jean Huschin, de même que Glaris, Berne, Bienne, Schaffhouse, Mulhouse et Saint-Gall30. Les succès protestants divisent la Suisse en deux camps prêts à en découdre. Zwingli voudrait créer une coalition entre les protestants suisses et allemands. Mais, la rencontre de Marbourg, en 1529, ne permet pas une pleine communion avec ces derniers. En 1531, Zwingli est tué et sa petite armée est battue à Kappel, par les cantons catholiques exaspérés par le blocus économique dont ils font l'objet. En Suisse romande, la Réforme gagne d'abord Neuchâtel puis Genève et le pays de Vaud en 1536. Après la mort de Zwingli et celle d'Œcolampade (la même année), Heinrich Bullinger encourage Zurich à signer avec d'autres villes la Première Confession helvétique, qui est saluée par Luther comme un texte plus orthodoxe, bien que non satisfaisant à ses yeux. En 1549, après une correspondance volumineuse avec Calvin (et au prix de quelques modifications doctrinales) Bullinger parvient à se rapprocher de l'Église de Genève, au moyen du Consensus de Zurich. Heinrich Bullinger est une personnalité célèbre de l'Europe protestante de l'époque grâce à l'étendue de sa correspondance, à la diffusion de ses ouvrages, à l'hospitalité qu'il accorde aux persécutés et à son rôle de conseiller auprès de l'anglicanisme21. Il rédige aussi la Confession helvétique postérieure, reconnue en 1566 par la plupart des Églises réformées suisses, et acceptée en Écosse, en Hongrie et en Pologne.
La Réforme strasbourgeoise
Article détaillé : Protestantisme en Alsace.

Strasbourg se réforme de façon originale sous l'influence de prédicateurs locaux comme Matthieu Zell qui commente avec succès l'épître aux Romains sur le Salut, Capiton, prédicateur de talent et grand érudit et Martin Bucer, passionné par l'enseignement de Luther. En 1524, des prédicateurs enseignent l'Évangile dans les paroisses de la ville et le culte est simplifié. Il sécularise les biens des couvents. Occupant une position médiane entre Luther et Zwingli, Bucer est jugé trop proche de ce dernier par Luther, au colloque de Marbourg. C'est la raison pour laquelle, en 1530, Strasbourg présente avec les villes de Constance, Lindau et Memmingen, la Confession tétrapolitaine, à mi-chemin sur le plan eucharistique entre Luther et Zwingli. En 1533, un synode élabore une constitution ecclésiastique qui instaure une assemblée hebdomadaire du clergé avec la participation de trois laïcs (le convent). La discipline ecclésiastique est confiée aux laïcs ou anciens21. En mai 1536, Bucer et les représentants de diverses Églises de la Confession Tetrapolitaine (et d'autres, comme Augsbourg ou Bâle) signent avec Luther et les Églises de Saxe, la Concorde de Wittenberg, à laquelle se ralliera l'ensemble du protestantisme, excepté principalement Zurich31. Strasbourg, où Calvin fait un séjour et enseigne entre 1538 et 1541, fait donc alors double usage de la Confession tétrapolitaine et de la Confession d'Augsbourg et les autorités ne permettent pas de diffuser des enseignements contraires à cette doctrine32. Toutefois, à partir de 1563, les autorités de Strasbourg ne reconnaissent plus que la Confession d'Augsbourg comme norme doctrinale.
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MessageSujet: Re: Y'becca, La Vie et L'Histoire du Protestantisme   Mar 20 Sep à 9:33


6 avril 1536
Quesada explore la Nouvelle-Grenade

Le 6 avril 1536, Gonzalo Jimenez de Quesada quitte la côte atlantique de l'actuelle Colombie et gagne l'intérieur des terres avec 900 conquistadores (conquérants en espagnol) et cent chevaux solidement caparaçonnés.

Pendant trois ans, coupé de toutes relations avec ses compatriotes, il va explorer le pays. Il va fonder sa future capitale, Bogotá mais aussi nourrir le mythe de l'Eldorado... et découvrir la pomme de terre.
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MessageSujet: Re: Y'becca, La Vie et L'Histoire du Protestantisme   Mar 20 Sep à 9:34

La pensée de Jean Calvin
Jean Calvin, portrait de date inconnue.

Jean Calvin, originaire de Noyon en Picardie, fait des études à Paris puis à Orléans et à Bourges où il étudie le droit. Gagné à la Réforme, il doit quitter la France à la suite de l'Affaire des Placards en 153433. En 1536, parait en latin à Bâle la première version de son œuvre majeure, De Institutione religionis christianae qui comprend alors 6 chapitres. Une nouvelle version latine révisée de 19 chapitres est publiée à Strasbourg en 1539, suivie d'une autre édition de 25 chapitres immédiatement traduite en français en 1541, puis une quatrième et une cinquième version respectivement en 1550 et 1554.

La souveraineté absolue de Dieu y est proclamée. Calvin s'efforce de voir le monde du point de vue de Dieu. En désobéissant à Dieu, l'homme est esclave du péché. Il est rarement capable de mettre en œuvre sa volonté pour faire le bien. Continuant son raisonnement, Calvin pense que la foi elle-même vient de Dieu, c'est la prédestination.

Absente de l'édition de 1532 de l'Institution, à peine mentionnée dans celle de 1536, la prédestination a pris une place croissante dans les éditions suivantes, Calvin se plaçant au cœur des polémiques en soutenant que Dieu a choisi de toute éternité ceux qui seront sauvés, formule volontairement ambigüe. Suscitant une autre polémique, il s'oppose à la doctrine de la transsubstantiation et pense que le Christ est réellement présent dans l'assemblée mais pas dans les espèces, c'est-à-dire le pain et le vin. L'homme est une créature déchue qui doit vivre dans la crainte de Dieu, il est empli du sentiment de son imperfection et de sa nature qui le porte au mal.
Genève, la nouvelle Jérusalem

En 1536, le conseil de Genève qui a proscrit la messe et introduit la réforme dans la cité fait appel à Calvin, à l'instigation de Guillaume Farel. Il édicte les Quatre Articles et une Instruction et Confessions de foi pour doter l'Église réformée de Genève d'une solide armature disciplinaire et doctrinale21. Mais la rigidité que les réformateurs cherchent à imposer mécontente le peuple qui parvient à convaincre le conseil de les chasser en avril 1538. Calvin réside alors à Strasbourg où il s'occupe des réfugiés français et enseigne à la Haute école de la ville34. La ville de Genève le rappelle en 1541. Il y reste jusqu'à sa mort en 1564. Les Ordonnances ecclésiastiques sont publiées en septembre 1541. Elles servent de fondement à toutes les organisations inspirées par Calvin. L'échelon de base est l'Église locale avec à sa tête un conseil composé des pasteurs, des docteurs en théologie des anciens élus et des diacres. Le consistoire s'occupe de la vie morale de la communauté ; il interdit les jeux, l'ivrognerie, le vagabondage, les danses35 ; il cherche à préserver la paix entre les chrétiens34 et choisit le pasteur de la communauté parmi les candidats. Calvin fonde également l'académie de genève dans le but de former les futurs prédicateurs nécessaire à l'instruction religieuse de la population en 155936.

Jean Calvin est partisan de la Cène hebdomadaire, mais, en raison de « l'infirmité du peuple »35, il consent à ne la célébrer que 4 fois par an : Noël, Pâques, Pentecôte et le premier dimanche de septembre. Il élabore une liturgie, la Forme des prières et chants ecclésiastiques, dont beaucoup d'éléments sont empruntés au rituel de Strasbourg21. Les services consistent en sermon, chants et psaumes37. Il rédige aussi un catéchisme, expliquant la doctrine sans grande pédagogie.
Michel Servet, portrait de date inconnue.

Calvin joue un rôle important dans les controverses religieuses. Il combat les anabaptistes. Il fait arrêter le théologien et médecin espagnol Michel Servet, réfugié à Genève parce qu'il avait écrit contre la trinité. Ce dernier est brûlé vif en 1553. Le procès de Servet entraine un débat avec Sébastien Castellion qui milite pour la tolérance religieuse37. Calvin polémique aussi avec ceux qui contestent la prédestination. La forte pression morale que Calvin exerce sur la cité avec l'aide principalement des réfugiés français se heurte au mécontentement populaire et aux représentants des grandes familles genevoises. Genève acquiert la réputation d'une nouvelle Jérusalem où l'identification de la cité avec la religion est complète auprès des protestants persécutés dans les pays catholiques. Elle attire des exilés de toute l'Europe. De 1540 à 1564, près de mille nouveaux bourgeois y sont admis. Le rayonnement européen de la ville est dû à Calvin qui entretient une correspondance avec des personnes de presque tous les pays d'Europe par souci d'unité protestante. Il tient aussi à la réputation de l'Académie, fondée en 1559. Cette école accueille très vite des étudiants de tout le continent. Elle forme essentiellement des pasteurs, mais aussi des juristes et une partie de l'élite réformée européenne21. Après la mort de Calvin en 1564, c'est Théodore de Bèze qui anime la Réforme dans la ville.
La Réforme calviniste en dehors de Genève
France
Le temple Saint-Étienne de Mulhouse, plus haut monument protestant de France

La République de Mulhouse adopte le calvinisme comme unique religion officielle en 1529. Le statut de république indépendante enclavée dans le Royaume de France va lui permettre d'échapper aux guerres de religion et de tisser des liens particuliers avec les autres communautés et États réformés d'Europe et du Nouveau Monde. En 1746, cette ouverture internationale et ce contexte politique favorable entraîne l'industrialisation de la ville dont la production manufacturée d'indiennes dépassera à partir du XIXe siècle celle de l'ensemble du reste de la France. En 1798, les Mulhousiens votent leur rattachement à la France, il se forme alors un patronat protestant puissant disposant désormais d'une main d'œuvre bon marché et d'un libre accès au marché français. En 1812, la filature dite « vieux-DMC » est construite. Elle est aujourd'hui le dernier vestige des filatures géantes européennes encore debout. Le patronat protestant dote la ville d'un riche patrimoine et se fait bâtir des manoirs et villas de maître sur la colline du Rebberg. En 1816, la démographie a changé et Alexandre Moll devint le premier catholique élu maire de Mulhouse. Les famille protestante continueront toutefois à dominer la politique de la ville jusqu'à l'annexion de l'Alsace-Lorraine en 1871. Entre 1859 et 1866 eut lieu la construction du temple Saint-Étienne de Mulhouse à la place de l'ancien temple médiéval, chef-d'œuvre architectural, il est encore aujourd'hui le plus haut monument protestant de France avec sa flèche haute de 97 mètres.

Le reste de la France est également touché par la réforme protestante. Dès 1520, les idées protestantes se développent. Le protestantisme apparaît dans la vallée de la Dordogne dans les années 153038. Lors du synode de Chanforan de 1536, Guillaume Farel et les Vaudois, ralliés, obtiennent un budget pour imprimer la bible en langue vulgaire. À partir de 1540, la littérature protestante de plus en plus abondante s'accompagne d'une transmission orale. Elle se répand surtout après la publication en français de l'institution chrétienne en 1541. Calvin, de Genève, prend en charge l'organisation religieuse et unifie les protestants de France. À partir de 1555, les groupes se structurent en assemblées dirigées par un consistoire39. Calvin envoya des dizaines de missionnaires pour aider à cette nouvelle organisation. En 1560, on en compte une quarantaine. Leur succès est très grand et fin 1561, il y a plus de six cent soixante-dix Églises réformées dans le royaume. On estime qu'à ce moment plus du quart de la population du royaume est devenu protestant mais essentiellement de confession réformée.

Le premier synode national des Églises réformées de France se tient à Paris en 1559. Deux textes importants sont rédigés, La confession de foi qui présente la prédestination40 et La discipline ecclésiastique.

Le second texte organise l'Église « selon le modèle strasbourgeois et genévois »41. Le pouvoir « appartient à la base, à l'église locale, sans primauté aucune », prévoyant juste un colloque biannuel réunissant les délégués de 10 à 15 paroisses, un synode provincial annuel et un synode national, annuel aussi, mais en fait peu réuni. « Le pasteur se voit confier la fonction de prêcher, de distribuer les deux sacrements évangéliques du baptême et de la cène, de représenter sa communauté aux assemblées. Cependant, il doit être élu, c'est-à-dire accepté par l'ensemble des fidèles, qui peut le récuser en certains cas ». L'objectif du synode de 1559 est de donner aux Protestants français une doctrine alors que le conflit avec les catholiques se durcit. La confession de foi est appelée à partir de 1571 Confession de La Rochelle, au cours d'un synode où certaines des thèses de Calvin ne sont pas acceptées.

Le protestantisme français est combattu par François Ier et son fils Henri II. La répression menée par François Ier est limitée et sporadique. Mais celle d'Henri II est plus ferme. L'édit de Compiègne du 27 juillet 1557 demande d'abattre sans jugement tout protestant en fuite ou révolté. En 1559, les lettres d'Ecouen donnent mission à certains notables de se rendre en province pour réprimer l'hérésie. Ceux qui refusent comme Anne de Bourg sont exécutés39. Ceci n'empêche pas la Réforme de continuer à se développer. Après la mort inopinée d'Henri II, la tentative de conciliation menée par le nouveau chancelier Michel de l'Hospital et la régente Catherine de Médicis est un échec. En 1561, les Réformés et les catholiques confrontent en vain leurs idées lors du colloque de Poissy. L'Édit de janvier 1562 qui permet l'existence du culte réformé42 déchaine des ambitions partisanes et les passions, à l'origine du déclenchement des guerres de Religion en 156221.
Allemagne et Pays-Bas
En Allemagne, l'électeur Palatin, adhère au calvinisme et fait éditer en 1563, le catéchisme d'Heidelberg repris par la plupart des églises calvinistes43. Nassau, Brême, Anhalt, Hesse-Cassel, Hesse-Darmstadt, Schleswig et Deux-Ponts deviennent à leur tour calvinistes entre 1576 et 160010. Les Pays-Bas – qui englobent, à l'époque, la Hollande, la Zélande, la Belgique et une partie de nord de la France – sont pénétrés très tôt par la réforme luthérienne malgré la sévère répression de Charles Quint. Mais c'est surtout le calvinisme qui s'impose dans la population et une partie de la noblesse. Un synode clandestin a lieu à Anvers en 1561 sous la direction de Guy de Bres. Il dote les Pays-Bas d'une confession de foi. Dans le même temps, les habitants affrontent Philippe II, roi d'Espagne et fils de Charles Quint, qui veut établir l'absolutisme aux dépens des vieilles franchises et libertés remontant aux ducs de Brabant et à leurs successeurs, les ducs de Bourgogne. En lutte contre les vieilles chartes, Philippe II veut supprimer le principe de liberté qui les imprègne et, ainsi, mieux lutter contre le protestantisme. Devant la persécution royale, les calvinistes se soulèvent durant l'été 1566. Ils pillent et détruisent les églises. La répression est féroce. Les calvinistes rescapés s'enfuient et fondent à l'étranger des Églises du Refuge qui s'organisent en 1572 sur le principe des institutions presbytéro-synodales44. Une partie de la noblesse incline vers les protestants, mais la majorité reste catholique. Ceux que les partisans de Philippe II avaient appelé les gueux pétitionnent en faveur de la tolérance. C'est le Compromis des Nobles présenté à Bruxelles à la gouvernante Marguerite de Parme, fille naturelle de Charles Quint et représentant le roi d'Espagne. Rejetés par le pouvoir, les "gueux" organisent la résistance sous la direction de Guillaume Ier d'Orange Nassau dit Guillaume le Taciturne, catholique d'origine, puis converti au calvinisme. Guillaume s'alliera par le mariage à la noblesse française de confession protestante, les Châtillon-Coligny, de la famille du chef français du parti protestant, l'amiral Coligny45 et parviendra à prendre le contrôle de la Hollande et de la Zélande, y instaurant la liberté religieuse46. Sous les fils de Guillaume d'Orange, la lutte continuera et, après une Guerre de Quatre-Vingts Ans, la création des Provinces-Unies au XVIIe siècle, sera proclamée, les territoires du sud des Pays-Bas (actuels Belgique et Nord de la France) étant retombés sous la souveraineté espagnole, la religion catholique y est seule autorisée.
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MessageSujet: Re: Y'becca, La Vie et L'Histoire du Protestantisme   Mar 20 Sep à 9:34


21 mai 1536
Genève passe à la Réforme avec Calvin

Le 21 mai 1536, à Genève, le Conseil des Deux Cents se prononce en faveur de la Réformation religieuse à l'instigation de Calvin (ou Jean Cauvin). La petite république urbaine va dès lors devenir le siège européen du calvinisme, la forme la plus rigoureuse du protestantisme.

Calvin va développer une activité insatiable de sorte qu'à sa mort, le 27 mai 1564, à 54 ans seulement, on comptera déjà dans le monde davantage de calvinistes que de luthériens.
Un prédicateur français

Deuxième grande figure de la Réforme protestante, après Martin Luther, son aîné et devancier, Jean Cauvin est né le 10 juillet 1509 dans une famille de petite bourgeoisie à Noyon (Picardie). Prenant le nom de Calvinus selon la mode du temps, il étudie à la Sorbonne de Paris puis à Orléans et Bourges, apprend le latin, le grec et l'hébreu et démontre très jeune des qualités de dialecticien redoutable.

En 1533, il manifeste à travers un discours à l'Université de Paris son intérêt pour les thèses luthériennes et la Réforme.

Mais l'affaire des placards le compromet et, en 1535, il s'enfuit à Nérac, auprès de la bienveillante Marguerite de Navarre, puis à Bâle.

C'est là qu'il publie en latin son ouvrage majeur, L'Institution de la religion chrétienne, à l'intention du roi François 1er ! Il en fera lui-même la traduction en français et ne cessera de l'améliorer au fil des rééditions jusqu'en 1559. Cet exposé de la foi réformée, notons-le, marque une étape importante dans l'évolution de la langue française.

Calvin développe l'idée de prédestination : Dieu étant tout-puissant, le salut (la vie éternelle) est octroyé par une décision divine incompréhensible pour les hommes ; il s'ensuit que les fidèles doivent remettre leur confiance entre les mains de Dieu.

Le prédicateur prône une religion dépouillée de ses rites et de la plupart des sacrements catholiques, n'en retenant que deux sur sept : le baptême et la Sainte Cène (l'eucharistie). Il rejette le culte des saints et la dévotion à la Vierge Marie, mère de Jésus Christ.
Premiers contacts avec Genève

L'année suivante, en 1536, Calvin est appelé à Genève par Guillaume Farel, un prédicateur venu de France, qui propage chez les Genevois la Réforme religieuse de Martin Luther. Il tente d'instaurer une dictature morale sous la forme d'ordonnances auxquelles chacun se doit de prêter serment. Mais un parti d'opposition oblige Farel, Calvin et leurs partisans à quitter la ville pour Strasbourg...
Vers une dictature morale

En 1541, Jean Calvin revient à Genève. Il se voit cette fois octroyer des pouvoirs discrétionnaires alors que son statut officiel reste celui d'un simple pasteur.

Un Consistoire composé de pasteurs et de laïcs va désormais régir la ville avec l'assistance des docteurs, anciens et diacres, sous la forme d'une théocratie. La dictature morale s'installe cette fois pour de bon.

Des dispositions administratives, dénommées articles et ordonnances, ou théologiques comme le Catéchisme de Genève, matérialisent l'emprise calviniste sur la vie de la cité qui acquiert le titre de « Rome protestante » et attire des réfugiés et des sympathisants de toute l'Europe.

La religion selon Calvin se signale par son austérité. Ni ornements, ni luxe, ni fêtes. La musique, le théâtre, le bal et la vie mondaine sont proscrits. Le prédicateur lui-même donne l'exemple d'une vie ascétique. Il s'inflige de rudes privations malgré une santé chétive et des migraines continuelles. Inflexible à l'égard de ses opposants, il laisse condamner à mort et brûler son ami Michel Servet.

Genève acceptera le retour des catholiques lors de l'invasion française de 1798 et ceux-ci sont aujourd'hui majoritaires dans la ville.
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MessageSujet: Re: Y'becca, La Vie et L'Histoire du Protestantisme   Mar 20 Sep à 9:35

Notes et références
Références

↑ Huchon 2011, p. 31
↑ Huchon 2011, p. 33-34
↑ Abel Lefranc, « Conjectures sur la date de naissance de Rabelais », Revue des Études Rabelaisiennes, no VI,‎ 1908, p. 265-270 (ISSN 0151-1815, lire en ligne [archive])
↑ Huchon 1994, p. 993
↑ Lazard 2002, p. 37
↑ Jean Dupèbe, « La date de la mort de Rabelais », in Études Rabelaisiennes, t.XVIII, Genève, Droz, 1985
↑ Bulletin des amis du Vieux Chinon, tome XI no 8, 2013)
↑ Lazard 2002, p. 38
↑ Guy Demerson, Rabelais, éd. Balland, 1926, p. 13.
↑ Lazard 2002, p. 41
↑ Lazard 2002, p. 46
↑ Roland Antonioli, « Rabelais et la médecine », Bulletin de l'Association d'étude sur l'humanisme, la réforme et la renaissance, no XII,‎ janvier 1975, p. 29-31 (lire en ligne [archive])
↑ Huchon 2011, p. 110
↑ Lazard 2002, p. 50
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MessageSujet: Re: Y'becca, La Vie et L'Histoire du Protestantisme   Mar 20 Sep à 9:36

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Article détaillé : Réforme écossaise.
John Knox.

La Réforme touche aussi l'Écosse où elle rassemble les opposants à la dynastie Stuart, très liée à la religion catholique. En 1557, les Réformés s'unissent dans un Convenant, un serment typiquement écossais pour défendre une cause et rester uni jusqu'à la mort47. Après la mort de Marie de Guise, régente pour sa fille Marie Stuart, le parlement écossais adopte la Confession écossaise. Ce texte présenté par John Knox est d'inspiration calviniste, ayant étudié avec lui à Genève. Les statuts votés par le parlement établissent un système presbytéro-synodal. Chaque église locale est gérée par un collège composé du ministre (pasteur), des anciens et des diacres. Chaque église envoie des représentants aux synodes provinciaux. À la tête de l'Église dite presbytérienne se trouve l'Assemblée générale des Églises composée de délégués des synodes provinciaux48. À cette époque la plus grande partie de la noblesse écossaise et une bonne partie de la population sont devenus protestantes. Le mariage de la reine Marie Stuart, restée catholique, avec Lord Darnley, de même confession, provoque une rébellion des régions protestantes en 156549. Marie finit par abdiquer en 1568. Son fils Jacques VI s'oriente nettement vers le protestantisme et tend vers l'établissement d'une Église de type anglicane50 qui devient l'Église d'Écosse.



↑ « ... car Panta en grec, vault autant a dire comme tout, et Gruel, en langue Hagarène, vault autant dire comme altéré... » Pantagruel, chapitre II
↑ « ...A l'exemple d'icelluy vous convient estre saiges, pour fleurer, sentir et estimer cesx livres de haulte gresse, legiers au prochaz : et hardiz à la rencontre. Puis, par curieuse leçon, et meditation frequente rompre l'os, et sugcer la sustantificque mouelle. » Gargantua, Prologue
↑ « Lors en soubriant destacha sa belle braguette, et tirant sa mentule en l'air les compissa si aigrement, qu'il en noya deux cens soixante mille, quatre cens dix et huyt. Sans les femmes et petiz enfans. » Gargantua, chapitre XVII
↑ « Appellez vous-ceci cecy foyre, bren, crottes, merde, fiant, dejection, matiere fecale, excrement, repaire, laisse, esmeut, fumée, estront, scybale, ou spyrathe ? C'est (croy je) sapphran d'Hibernie. Ho, ho, hie. Sela, Beuvons » Quart Livre, chap. LXVII
↑ Si avez noté ce qui est en lettres Ioniques escrit dessus la porte du temple, vous avez peu entendre qu'en vin est vérité cachée. La Dive Bouteille vous y envoye, soyez vous mesmes interpretes de votre entreprinse
↑ « Le temps n'est plus d'ainsi conquester les royaulmes avec dommaige de son prochain frère chrétien » Tiers Livre, chapitre VIII


« Rabelais est-­il mort ? Voici encore un livre.
Non, sa meilleure part a repris ses esprits,
Pour nous faire présent de l'un de ses écrits
Qui le rend entre tous immortel et fait vivre. c'est­-à­-dire, autant que je puis comprendre :
Rabelais est mort, mais il a repris ses sens pour nous faire présent de ce livre. »



« Entre les livres simplement plaisants, je trouve des modernes, le Décaméron de Boccace, Rabelais et les Baisers de Jean Second, s'il les faut loger sous ce titre, dignes qu'on s'y amuse. Quant aux Amadis et telles sortes d'écrits, ils n'ont pas eu le crédit d'arrêter seulement mon enfance. »

— Montaigne, Essais, livre II, ch. x.

Articles connexes

Maison de Rabelais
Musée Rabelais, Maison La Devinière
Coquecigrue
La Très Excellente et Divertissante Histoire de François Rabelais
Rabelais figure parmi les Hommes illustres, série de 86 statues installées au Louvre entre 1853 et 1857.

Humanisme, Érasme

Littérature du XVIe siècle

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Liens externes

Le musée François Rabelais
Henry Émile Chevalier, Rabelais et ses éditeurs, 1868.
Le rire de Rabelais, sur France Culture
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MessageSujet: Re: Y'becca, La Vie et L'Histoire du Protestantisme   Mar 20 Sep à 9:37


10 août 1539
Ordonnance de Villers-Cotterêts

Entre le 10 et le 15 août 1539 (*), le roi François 1er signe une ordonnance de 192 articles dans son château de Villers-Cotterêts.

Cette ordonnance très importante institue en premier lieu ce qui deviendra l'état civil en exigeant des curés des paroisses qu'ils procèdent à l'enregistrement par écrit des baptêmes, autrement dit des naissances (des ordonnances ultérieures, à Blois en 1579 et Saint-Germain-en-Laye en 1667, prescriront aussi l'enregistrement des décès et des mariages). Une innovation dont les généalogistes mesurent pleinement la portée.

L'ordonnance établit par ailleurs que tous les actes légaux et notariés seront désormais rédigés en français. Jusque-là, ils l'étaient en latin, la langue de toutes les personnes instruites de l'époque.


Première page de l'ordonnance de Villers-Cotterets (1539, BNF)
Une administration plus accessible

L'ordonnance de Villers-Cotterêts, qui a été rédigée par le chancelier Guillaume Poyet, est parfois connue sous le nom de Guilelmine.

Son article 111 énonce joliment :
« Et pour ce que telles choses sont souvent advenues sur l'intelligence des mots latins contenus dans lesdits arrêts, nous voulons dorénavant que tous arrêts, ensemble toutes autres procédures, soit de nos cours souveraines et autres subalternes et inférieures, soit de registres, enquêtes, contrats, commissions, sentences, testaments, et autres quelconques actes et exploits de justice, ou qui en dépendent, soient prononcés, enregistrés et délivrés aux parties, en langage maternel et non autrement ».

De cet article, il découle que tous les sujets du roi pourront comprendre les documents administratifs et judiciaires.... sous réserve néanmoins qu'ils lisent et écrivent la « langue d'oïl » pratiquée dans le bassin parisien et sur les bords de la Loire.
Comment le français a séduit les élites

L'ordonnance de Villers-Cotterêts est d'autant plus importante qu'à la différence de la plupart des autres nations européennes (Angleterre, Allemagne, Espagne....), la France est une construction politique sans unité linguistique à l'origine.

Les élites du royaume, conscientes de cette faiblesse, n'ont pas attendu l'ordonnance pour faire leur la langue française, même dans les provinces les plus éloignées, et ainsi se rapprocher du pouvoir central. Ainsi, en 1448, peu après sa création, le Parlement de Toulouse décide de son propre chef qu'il n'emploierait plus que la langue d'oïl dans ses travaux et ses écrits, bien que cette langue fût complètement étrangère aux parlementaires et à leurs concitoyens ; plus étrangère que peut l'être aujourd'hui l'anglais pour les Français !

Notons aussi que le premier acte notarié en français a été rédigé en 1532 (sept ans avant l'ordonnance de Villers-Cotterêts) à... Aoste, sur le versant italien des Alpes !
Le recul du latin

L'ordonnance de Villers-Cotterêts coïncide avec l'éveil, partout en Europe, des langues nationales. C'est ainsi que le 18 août 1492 (année admirable !), l'humaniste Antonio de Nebrija publie une Grammaire castillane. Cette première grammaire de langue vernaculaire éditée en Europe témoigne d'un premier recul du latin.

Le latin va néanmoins demeurer longtemps encore la langue des échanges internationaux. C'est en latin qu'écrivent et communiquent les humanistes du XVIe siècle comme Érasme. C'est aussi en latin que communiquent les hauts représentants de l'Église catholique. Soucieuse de son universalité, celle-ci restera attachée à l'emploi du latin dans les offices jusqu'au concile de Vatican II. Dans les États autrichiens et en Hongrie, où cohabitent des peuples très divers, le latin va demeurer la langue administrative jusqu'au tournant du XIXe siècle, ce qui aura l'avantage d'éviter des querelles de préséance entre les langues vernaculaires (l'anglais joue le même rôle aujourd'hui dans l'Union indienne).
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MessageSujet: Re: Y'becca, La Vie et L'Histoire du Protestantisme   Mar 20 Sep à 9:38

La Réforme anglicane

Au début de la Réforme, Henri VIII prend position pour les idées luthériennes. Le souverain anglais veut divorcer de son épouse Catherine d'Aragon dont il n'a qu'une fille après 18 ans de mariage. Le pape refuse le divorce. Le roi se proclame donc le chef suprême de l'Église anglaise dont il est le gouverneur suprême. Thomas More et l'évêque de Rochester qui refusent de reconnaitre le roi comme chef suprême de l'Église anglaise sont exécutés. Paul III excommunie le roi, jette l'Interdit sur le royaume et prêche la croisade contre le roi bigame à ses yeux51. En 1536, Henri VIII réprime un soulèvement catholique contre lui. En même temps les protestants lui reprochent de ne pas aller assez loin et de ne pas faire une réforme du dogme. En 1539, les Six Articles, votés par le Parlement maintiennent une stricte orthodoxie, transsubstantiation, communion sous une seule espèce, célibat et chasteté des prêtres.

Sous le règne d'Édouard VI (1547-1553), l'Église d'Angleterre s'oriente sensiblement vers la Réforme. Les injonctions royales, édictés en juillet 1547 sous l'impulsion d'Édouard Seymour, 1er duc de Somerset, et chef du conseil de régence, abolissent les six articles, interdisent les processions, autorisent la communion sous les deux espèces et ordonne la lecture des textes saints en anglais52. En 1549, John Dudley, duc de Northumberland remplace Somerset à la tête du conseil de régence. Il accueille les réfugiés strasbourgeois chassés par la victoire de Charles Quint sur les protestants allemands. Ils apportent aux réformés anglais leur expérience et leurs connaissances. Sous leur impulsion, les protestants anglais parviennent à faire adopter par le Parlement le Book of Common Prayer qui devient obligatoire dans tout le royaume par l’Act of Uniformity (15 janvier 1549). En 1552, le nouveau Prayer Book est nettement plus protestant, l’Act of Uniformity qui l'accompagne accentue les sanctions contre les prêtres qui n'utilisent pas le Prayer Book et prévoit des amendes pour ceux qui ne se rendent pas à l'office du dimanche. Enfin, en avril 1553, les Quarante-deux articles précisent la doctrine anglicane : le prêtre devient un simple ministre de la parole, il célèbre l'eucharistie sans référence à la transsubstantiation, le culte des Saints, la croyance au Purgatoire, les pèlerinages, les reliques sont rejetés ; la doctrine sur la justification par la foi et la prédestination est d'inspiration calviniste53.

Après la mort d'Édouard VI, sa sœur ainée Marie, restée catholique, devient reine (1553). Elle obtient d'un parlement recruté avec soin l'abolition de toutes les lois antérieures. Elle gouverne avec le cardinal Pole et fait arrêter les prélats qui sont des protestants convaincus. L'annonce de son mariage avec Philippe, le fils de Charles Quint déclenche une révolte dans le Kent, réprimée durement. La religion catholique est partout restaurée et les hérétiques poursuivis. Marie meurt le 17 novembre 1558.
Élisabeth Ire peinture par Nicolas Hilliard, 1575.

Lorsque Élisabeth Ire, demi-sœur de Marie arrive au pouvoir en 1558, le clergé anglais est entièrement catholique. En 1559, un nouvel Act of Supremacy lui donne le titre de chef suprême de l'Église anglaise (Supreme Head) ; le Book of Common Prayer est rétabli dans tout le royaume. Le clergé doit se soumettre ou démissionner. Élisabeth Ire consolide les institutions de l'Église anglicane en leur donnant une confession, les Trente-neuf articles, en 1571.
Contre-réforme catholique

Pour remédier à son problème de réforme, le catholicisme a mis en œuvre tout ce qu'il pouvait. Il fallait absolument que la propagation du protestantisme soit arrêtée. Le concile de Trente et la Compagnie de Jésus sont deux exemples de ces moyens mis en œuvre pour stopper la réforme.
Concile de Trente

(assimilable à 1545-1563)

Le redressement interne est surtout l'œuvre du concile de Trente convoqué par le pape Paul III à la demande de Charles Quint pour faire face à la réforme protestante. Le concile s'ouvre en 1545. Quant à Charles Quint, il souhaite faire du concile une sorte de vaste forum où protestants et catholiques discuteraient librement, ce dont le pape ne veut pas. Le concile de Trente répondait aux propos des protestants et réaffirmait plus exactement qu'au départ les doctrines voulues par Rome. Le catholicisme s'appuyait beaucoup sur la tradition comme autorité englobant la Bible. Les réformateurs ne jugeaient pas le passé, les pères de l'Église ou certains conciles avec mépris, mais affirmaient qu'il y avait là des contradictions nombreuses et des superstitions populaires qui déformaient le message de l'Évangile ce qui nécessitait un retour complet à la Bible, seul livre inspiré et infaillible pour eux.

Le concile de Trente (en Italie) réaffirma l'autorité des papes, du clergé sur les laïcs, de la Tradition, des conciles, les mérites dans le salut, le purgatoire, les prières pour les morts, le sacrifice de la messe et l'intercession de Marie et des saints. Le catholicisme gardait toujours ses sept sacrements. Le concile de Trente permit d'arrêter l'expansion et même de reconquérir des endroits déjà perdus. Ce concile consacra la rupture de la chrétienté occidentale en deux : le catholicisme et le protestantisme. Le concile de Trente ne fut cependant pas la seule opération destinée à enrayer le protestantisme.
Les Jésuites

Même si le concile de Trente a beaucoup aidé à la reconquête des pays écartés, la compagnie de Jésus a amplement aidé ce travail. Leur fondateur est Ignace de Loyola (1491-1556). C'est en 1534 qu'il créa son ordre, voulant militer et être soumis au pape. Dans cet ordre existe une discipline semblable à celle de l'armée. Tous les membres devaient obéir au supérieur, appelé « général ». La Compagnie se soumettait donc aux ordres du pape pour sauver le catholicisme. Les Jésuites se consacraient surtout à la prédication et à l'enseignement. Ils n'hésitaient pas à aller partout dans le monde pour convertir les protestants. En 1556, les Jésuites se comptaient par milliers. Vingt ans plus tard, ils étaient 5 000, en Amérique latine, en Asie ou en Nouvelle-France. Les Jésuites ont finalisé l'arrêt de l'expansion du protestantisme. Après ce concile, les conflits qui avaient caractérisé le XVe siècle et le début du XVIe prirent une nouvelle dimension, une dimension religieuse.
Conséquence immédiate : les guerres de religion

Le XVIe siècle commença dans la violence et dans le sang avec les conflits entre la France et l'Espagne pour la domination de l'Italie. Les principaux protagonistes furent François Ier et Charles Quint. En 1529 la « paix des Dames » marquera la fin de la septième guerre d'Italie. Des considérations religieuses s'ajouteront à ces conflits dynastiques surtout après le concile de Trente et le début de la Contre-Réforme. Les guerres de religion ont été d'une ampleur incomparable, d'une extrême violence. Ces affrontements ont fait le tour de la carte de l'Europe que ce soit en Allemagne, en France ou aux Pays-Bas.
Répartition du phénomène

L'unité chrétienne n'étant plus qu'une utopie, des conflits d'une grande ampleur se préparèrent : nommés à tort ou à raison « guerres de religion » (on parlait à l'époque de « troubles »), la dimension religieuse étant variable selon les époques, les lieux et encore plus selon les individus. En France, aux Pays-Bas et en Allemagne les répressions sociales et religieuses étant sévères, des guerres civiles éclatèrent, puis avec les prises de position des princes et des magistrats, elles devinrent des « guerres de religion ». L'empereur Charles Quint combattit l'hérésie avec son armée. Les luthériens, pour se défendre, établirent la Ligue de Smalkade.

Après cette guerre, la paix d'Augsbourg (1555) permit aux princes de choisir eux-mêmes la religion de leurs sujets, selon le principe Cujus regio, ejus religio (tel prince, telle religion).

La France quant à elle, entra en convulsion un peu après l'Allemagne. Pendant 36 ans (1562-1598) les guerres de religion ne cessèrent pratiquement pas. C'est pendant ces guerres que les Provinces-Unies furent créées. En effet, une révolte où se mélangeait sentiment national, intérêts commerciaux et religieux éclata en 1566. Cette révolte, dont l'origine est lointaine, confronta les partisans des réformes calvinistes aux partisans de l'hégémonie espagnole et catholique. Dans les coulisses, plusieurs alliances s'étaient formées. Parfois, ces alliances étaient contre nature : François Ier, tout en réprimant les réformés français soutiendra les princes allemands pour gêner Charles Quint, de même, il fera alliance avec les Ottomans contre ce même Charles Quint. La papauté tergiversera entre la France et l'Espagne pour contrer la Réforme, du côté protestant Maurice de Saxe combattra au côté de Charles Quint contre d'autres princes protestants avant de faire volte-face et de le défaire à Innsbruck en 1552. Tous ces conflits contribuèrent au déclenchement de la guerre de Trente Ans.
Guerre de Trente Ans
Situation religieuse de l'Europe centrale en 1618, à la veille de la guerre de Trente Ans.

La guerre de Trente Ans commença en Allemagne en 1618 jusqu'en 1648. Cette guerre débuta par une révolte des Tchèques protestants à cause de l'archevêque de Prague qui avait interdit le culte réformé dans la ville d'où il détenait son pouvoir. Richelieu essaya d'arrêter la guerre, mais n'y parvint pas entièrement. L'Allemagne était complètement ravagée par cette guerre qui fut la plus meurtrière de ce temps. La fin de cette guerre fut établie par la paix de Westphalie (1648). Celle-ci affirma de nouveau le droit des princes d'imposer leur religion à leurs sujets.
Conséquences plus lointaines
Nouvelle vision du monde

Émile G. Léonard a parlé de Calvin comme étant le fondateur d'une nouvelle civilisation, c'est probablement vrai à bien des égards mais il ne faut pas attribuer l'œuvre de la Réforme du XVIe siècle à une seule personne ni dissocier ce mouvement de tout ce qui le préparait dans la société médiévale, des mouvements qui s'épanouirent ou s'affrontèrent lors de la Renaissance. Une chose est certaine : l'évolution des sociétés ayant adhéré à la Réforme présente de nombreux contrastes par rapport au reste de l'Europe, la France qui en fut considérablement influencée au XVIIe siècle représente ainsi un destin particulier.
Désenchantement du monde et alphabétisation

Dans leur lutte contre les superstitions de Rome et les dérives de la spiritualité anabaptiste, le luthéranisme et le calvinisme contribueront au désenchantement du monde. En effet dans ces deux traditions théologiques et particulièrement dans le calvinisme, cela n'est pas le diable, les êtres célestes ou le miraculeux qui sont omniprésents, mais Dieu. Pour le chrétien, Dieu est souverain et il a révélé sa volonté dans l'Écriture : (les 66 livres qui composent la Bible). Un Dieu tout-puissant contribue à rassurer le croyant face au surnaturel, aux peurs moyenâgeuses en tout genre : enchantements, possessions, sortilèges… Dieu, ses attributs, sa volonté et ses commandements sont connus par l'Écriture, par l'emploi de moyens ordinaires (la lecture, la réflexion), d'où l'usage de la raison. Dieu ne se révèle pas par des songes, des visions, des transes, des convulsions, ou par des êtres bénéficiant de révélations ou pouvoirs surnaturels (prêtres, saints, astrologues), mais par le texte biblique. La mesure d'un homme dans la spiritualité protestante réside dans sa compréhension, sa capacité à expliquer et son obéissance à l'Écriture. Le capitalisme sera plutôt le signe d'un affaiblissement de cette piété, d'où l'apparition de mouvements de réveil avec des leaders comme John Wesley ou Charles Finney qui insisteront beaucoup sur la sanctification, le renoncement à soi et la charité.
Liberté de conscience
À Worms, en 1521, Luther déclara : « Ma conscience est prisonnière des paroles de Dieu. Je ne veux ni ne puis me rétracter. Agir contre sa conscience est grave ; ce n'est ni sûr ni honnête. » Par cette déclaration, la conscience individuelle se révèle plus importante que le jugement d'un autre (le pape), et même d'un ensemble (le concile). Ce primat de la conscience individuelle est devenu pour une bonne part un acquis de l'homme moderne, même si grâce aux sciences humaines et aux enseignements de l'histoire, on en mesure mieux les limites du fait de différents types de pressions auxquelles on peut être soumis. Au début de la Réforme, dans les pays germaniques, le principe cujus regio, ejus religio (à chaque pays sa religion), a singulièrement réduit la liberté individuelle. La Révolution française a finalement entériné le principe de liberté de conscience, contenu notamment dans la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 (article 10 : « Nul de doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses... »54.
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MessageSujet: Re: Y'becca, La Vie et L'Histoire du Protestantisme   Mar 20 Sep à 9:38


27 septembre 1540
Fondation de la Compagnie de Jésus

Le 27 septembre 1540, le pape Paul III signe la bulle qui porte fondation de la Compagnie de Jésus.

Cet ordre consacré à l'évangélisation et à l'éducation est issu de la rencontre en 1529, à l'Université de Paris, d'un étudiant savoyard, Pierre Favre, d'un jeune noble navarrais, François de Jassu y Xavier (François-Xavier), et d'un vieux routier basque de 37 ans, boiteux de surcroît, Íñigo de Loyola (Ignace de Loyola).

Ils partagent la même chambre au Collège de Navarre.

Avec quelques autres étudiants désireux comme eux de vouer leur vie au Christ, ils entraînent leur corps et leur esprit par quelques exercices spirituels mis au point par Ignace de Loyola.
Marie Desclaux
Une obéissance aveugle au pape

Le 15 août 1534, les jeunes gens assistent à la chapelle de Montmartre à une messe de leur ami Pierre Favre, récemment ordonné prêtre. À cette occasion, ils font le voeu d'aller à Jérusalem en pèlerinage.

Mais à Venise, empêchés de se rendre à Jérusalem, ils tournent leurs pas vers Rome et proposent leurs services au pape. L'Europe et la France sont à ce moment-là secouées par la Réforme protestante de Luther.

C'est ainsi qu'est fondée la Compagnie de Jésus. Ses membres, les Jésuites, sont des prêtres qui s'obligent à accepter les traditionnels vœux monastiques (chasteté...) ainsi qu'à obéir en toutes choses au pape et à leur supérieur. Ce dernier, qui porte le titre de général de la Compagnie de Jésus, est élu à vie comme le pape et dispose d'un pouvoir sans limites.

Du fait de leur énergie, de leur compétence intellectuelle, de leur détermination et de leur discipline toute militaire, les Jésuites deviennent le bras armé de la Contre-Réforme catholique, en Autriche, en Allemagne, en France, en Amérique du sud...

La Compagnie de Jésus joue un rôle majeur pendant plusieurs siècles dans le développement du catholicisme et le renforcement de l'autorité papale.

Elle diffuse avec succès le catholicisme jusqu'aux extrémités du monde connu.

François-Xavier obtient des conversions massives en Inde, autour de Goa, où repose aujourd'hui sa dépouille, et également au Japon. Matteo Ricci se fait introduire à la cour de l'empereur de Chine, à Pékin, et obtient également de prometteurs succès.
Fatales jalousies

Au Japon, cependant, le gouvernement impérial, méfiant à l'égard des influences étrangères, expulse les missionnaires et persécute les nouveaux convertis.

En Europe même, les succès des Jésuites suscitent des jalousies dans les ordres rivaux, chez les franciscains notamment. Il s'ensuit une condamnation du compromis tissé par les Jésuites entre les rites traditionnels chinois et la foi chrétienne. Cette «querelle des Rites» brise l'élan missionnaire en Chine.

Au XVIIIe siècle, en Amérique, indignés par les exactions des colons européens, les Jésuites organisent les Indiens du Paraguay en colonies agricoles indépendantes, à la façon antique, ce qui leur vaut en haut lieu des haines fatales à leur Compagnie.

Celle-ci est abolie par décret dans les années 1760 au Portugal, en Autriche, en France et en Espagne. Le 21 juillet 1773, le pape Clément XIII se rend aux arguments des cardinaux français et espagnols qui l'ont élu et par le bref Dominus ac Redemtor, prononce la dissolution de la Compagnie de Jésus.

Elle renaîtra de ses cendres, plus active que jamais, après la tourmente révolutionnaire, sous le pontificat de Grégoire XVI.
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MessageSujet: Re: Y'becca, La Vie et L'Histoire du Protestantisme   Mar 20 Sep à 9:39

L'année n'est pas précisée sur la lettre, mais la réponse du destinataire laisse supposer qu'elle date de 1521.
↑ Lire le texte commenté par Arthur Heulhatd en ligne [8] [archive].
↑ Alcofribas Nasier, parfois orthographié Alcorfybas, sert de pseudonyme non seulement au deux premiers romans de Rabelais, mais également pour la Pantagrueline prognostication. Séraphin Calobarsy - autre anagramme de Phrançois Rabelais - apparaît dans Gargantua et comme l'auteur de la Pronostication pour l'an 1544.
↑ À cette époque, « librairie » signifie « bibliothèque ».
↑ Sur l'influence de Thomas More sur Rabelais, consulter « L'utopie de Thomas More à Rabelais, sources antiques et réécritures » d'Emmanuelle Lacore-Martin, p. 18 et suivantes. En ligne [9] [archive].
↑ Baie de Cnide, alors utilisée comme purgatif à faible dose.
↑ Il s'agit d'un débat contemporain de Rabelais, l'enjeu étant notamment la légitimité des enfants nés de veuves.
↑ À l'époque, on confondait fréquemment le chanvre, le lin.
↑ Il y manque les chapitres 24 et 25 de l'édition de 1564 mais il s'y trouve un supplémentaire, intitulé « Comment furent les dames Lanternes servies à soupper ».
↑ Il s'agit de fleuves.
↑ Le nom complet est la Schiomachie et festins faits à Rome, pour la nativité de Monseigneur le duc d'Orléans second filz du royaume treschrestien Henry deuxiesme du nom traduicte d'italien en françoys.
↑ Citation extraite de la lettre de Gargantua à son fils Pantagruel (Pantagruel, VII). L'humaniste introduit le mot « encyclopédie » dans la langue française.
↑ En prétendant commenter un texte de Bérose qu'il a écrit lui-même.
↑ Lefebvre écrit malencontreusement 1923 mais l'introduction en question date bien de 1922.
↑ En forme longue, Alcorani, seu Legis Mahometi et evangelistarum concordiae liber.
↑ Dans sa dédicace au De originibus seu de hebraicae lingua de 1538.
↑ Signifie « fléau du Christ ».
↑ Le rédacteur de cette pièce, le poète Sigognes, emprunte plusieurs personnages à la geste pantagruélique, comme le capitaine Riflandouille.
↑ Voir L'Autorité de Rabelais dans la Révolution présente et dans la Constitution civile du clergé Lire en ligne [10] [archive].
↑ Lire les préfaces en ligne : « http://athena.unige.ch/athena/bon/bon_prefaces_rabelais.html » (Archive • Wikiwix • Archive.is • Google • Que faire ?), consulté le 2016-02-14.
↑ Lire Le Songe de Pantagruelde François Habert sur Gallica [11] [archive].
↑ Lire Le Disciple de Pantagruel publié par Étienne Dolet sur Gallica [12] [archive]
↑ Voir en ligne sur le site de la BNF [archive]
↑ Voir en ligne sur le site de la BNF [archive]
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MessageSujet: Re: Y'becca, La Vie et L'Histoire du Protestantisme   Mar 20 Sep à 9:39


Talleyrand, le diable diplomate (1754 - 1838)
1- Un évêque au service de la Révolution

Charles-Maurice de Talleyrand-Périgiord, François Gérard, 1808, Metropolitan Museum of Art, New YorkHomme d’esprit, amoureux des plaisirs et du beau sexe, le prince Charles Maurice de Talleyrand-Périgord incarne l'art de vivre aristocratique au siècle des Lumières.

Personnage cynique et corrompu, doué d'une intelligence supérieure, c’est aussi le meilleur diplomate qu'a jamais eu la France !

Il a trahi tous les régimes qu'il a servis, mais jamais les intérêts supérieurs de l'État.

Évêque agnostique, il soutient la Révolution sans état d'âme, installe Bonaparte au pouvoir, complote contre l’Empereur qui refuse d'écouter ses conseils de modération, et vouera le reste de sa vie à replacer la France au cœur de l'échiquier européen.

Signes particuliers : un pied-bot, d’où son surnom de « diable boiteux », et une mauvaise réputation, à tort et à raison.
Un libertin éclairé

Premier-né de la grande famille aristocratique des Talleyrand-Périgord, Charles-Maurice grandit dans la société raffinée de l'Ancien Régime. « Qui n’a pas vécu dans les années voisines de 1789 n’a pas connu le plaisir de vivre », confiera sur le tard Talleyrand à François Guizot.

Empêché d'entrer dans la carrière militaire à cause d'une malformation du pied, il est réorienté vers l'Église bien que n'ayant pas de vocation religieuse.

Charles Maurice entre à 16 ans à Saint-Sulpice. Le plus souple et le plus mondain des séminaires de l'époque lui apprend « le bon ton, les bonnes manières et le bon maintien » ; ce savoir-vivre lui restera toujours.

Il se distrait dans la bibliothèque en lisant avec avidité Voltaire, Montesquieu, Diderot et d’Alembert. Il se console aussi avec les femmes et goûte les plaisirs raffinés des salons.

Ordonné prêtre à 24 ans, l'« abbé de Périgord », comme on l'appelle alors, devient agent général du clergé de France. Il s’initie aux mécanismes de la finance et découvre l’importance des biens de l’Église. En 1788, à 34 ans, le voilà enfin nommé évêque d’Autun par le roi.

La Fête de la Fédération au Champ de Mars, 14 juillet 1790, gravure de Isidore Stanislas Helman, BnF, Paris.
Un sens politique aigu

Le ciel s'assombrit. Confronté au déficit abyssal des finances publiques, le roi se résout à convoquer les états généraux afin de voter de nouveaux impôts. Talleyrand, élu député du clergé d’Autun, entre en politique. Le 26 juin 1789, avec la majorité du clergé, il rallie le tiers état.

Sous l'Assemblée nationale constituante (1789-1791), il fait partie du camp majoritaire des royalistes constitutionnels, comme son ami Mirabeau sitôt promu grand homme du moment.

Talleyrand n’est pas aussi bon orateur que son ami mais il a l’art de la formule. « Les droits des hommes étaient méconnus, insultés depuis des siècles ; ils ont été rétablis pour l’humanité entière, » déclare-t-il dans une Adresse solennelle aux Français, lue le 11 février 1790 à la tribune, à l'occasion de son accession à la présidence de l'Assemblée.

Fort de son excellente connaissance des biens de l'Église, du fait de ses fonctions antérieures, l'évêque d'Autun suggère à l'Assemblée de les nationaliser. C'est chose faite le 10 octobre 1789. Mais quid du clergé et de ses institutions sociales ? Mirabeau suggère que l'État lui-même les prenne en charge. 12 juillet 1790, il obtient le vote de la « Constitution civile du clergé ».

14 juillet 1790 : on retrouve Talleyrand en vedette à la Fête de la Fédération dont il a eu l’idée. Elle marque le premier anniversaire de la prise de la Bastille. Il célèbre la messe en tant qu’évêque d’Autun.

Mais l'entente nationale va se briser sur la question religieuse. Le pape refuse d'agréer les évêques élus par le peuple. En représailles, la Constituante exige des membres du clergé un serment de fidélité « à la nation, à la loi, au roi », dans les huit jours et sous peine de prison.

La moitié des curés s’y refusent, de même que tous les évêques, sauf quatre. Parmi ces quatre-là figurent Loménie de Brienne qui n’est toujours pas croyant en Dieu, et Talleyrand, qui ne l’est guère plus. La guerre religieuse va durer dix ans, jusqu’au Concordat, qui sera habilement négocié par... Talleyrand, ministre de Bonaparte.
Talleyrand rompt avec la Révolution

En janvier 1791, Talleyrand démissionne de sa charge d’évêque. Les événements se précipitent. La monarchie est renversée le 10 août 1792. Talleyrand, qui fait l'objet d'un décret d'accusation, part pour l'Angleterre puis de là aux États-Unis.

9-10 thermidor An II (27-28 juillet 1794) ! La chute de Robespierre le convainc de revenir au bercail. Le 16 juillet 1797, à l’occasion d’un remaniement, le voilà ministre des Relations extérieures. Il se montre avant tout soucieux de l'équilibre européen et hostile aux conquêtes.

Le nouveau ministre entre en correspondance avec Bonaparte, l’homme dont on parle, général en chef à 26 ans, qui s’est illustré dans la campagne d’Italie.
Talleyrand et Napoléon : une séduction réciproque

Première rencontre des deux hommes, 6 décembre 1797. Bonaparte ne pourra bientôt plus se passer de Talleyrand, lui demandant son avis sur tout et tous : incroyable addiction de la part de ce leader-né ! Talleyrand lance l’idée d’une campagne d’Égypte pour contrer l’Angleterre en lui barrant la route des Indes. Doublement habile, il flatte le rêve oriental de Bonaparte tout en le détournant d’un projet fou, attaquer l’ennemi par la Manche ! Pour le Directoire, c’est aussi un moyen d’éloigner le trop populaire général.

La campagne d’Égypte se révèle un piège, mais le général s’arrange pour revenir en vainqueur à Paris, avec un seul but : conquérir le pouvoir. Talleyrand a compris que ce personnage exceptionnel va marquer l’Histoire. Il va l’y aider, pressentant le bénéfice considérable qu’il peut en tirer.

Première mission de confiance : organiser le coup d’État du 18 brumaire (9 novembre 1799) qui met fin au régime du Directoire et préparer le Consulat avec une Constitution sur mesure, donnant tout pouvoir au Premier Consul.

22 novembre 1799, le voilà à nouveau ministre des Relations extérieures.
Pas d’État sans religion !

Sur un point, un seul, les deux hommes s’entendent miraculeusement : la politique religieuse. Dénués de sens moral en politique, ils croient dur comme fer à l’importance morale de la religion pour le peuple.

Madame Grand alias Catherine Noele Worlée, amante puis épouse de Talleyrand (1802), Elisabeth Vigée-Lebrun, 1783, Metropolitan Museum of Art, New York.Le Premier Consul contacte le nouveau pape, élu en mars 1800. Pie VII entend réunifier l’Église de France divisée en deux clergés. Talleyrand est là pour les rapprocher.

Parenthèse personnelle : relevé de l’excommunication et rendu à l’état laïc, Talleyrand peut épouser sa maîtresse, madame Grand.

Le Concordat est enfin signé (15 juillet 1801). Le pape reconnaît la République et renonce aux biens enlevés au clergé sous la Révolution.

De son côté, « le Gouvernement de la République française reconnaît que la religion catholique, apostolique et romaine est la religion de la plus grande majorité des Français ».
Le duo devient duel

Les deux hommes ne tardent pas à se diviser sur le traité de paix d’Amiens (25 mars 1802), Bonaparte reprochant à l'Angleterre de n'en pas respecter les clauses.

Talleyrand, lucide, voit venir le pire : « Cette paix n’avait pas encore reçu sa complète exécution, qu’il jetait déjà les semences de nouvelles guerres qui devaient, après avoir accablé l’Europe et la France, le conduire lui-même à sa ruine. »

Dans les mois qui suivent, les attentats royalistes se multiplent contre Bonaparte, au point que Paris est en état de siège : « L’air est plein de poignards ! » dit Fouché, ministre de la Police. Comme Talleyrand, il conseille de faire un exemple en arrêtant le « dernier Condé », même si le jeune duc n’est pas impliqué dans les complots.

Et Bonaparte décide de l’assassinat du duc d’Enghien. Cette exécution sommaire émeut la France, indigne l’Europe et toutes les têtes couronnées se ligueront contre l’empereur – là est « la faute ». Mais les royalistes se rallieront majoritairement à Napoléon. En cela, il a bien joué et Talleyrand l’a bien conseillé. Une action qui leur sera pourtant éternellement reprochée (...).
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MessageSujet: Re: Y'becca, La Vie et L'Histoire du Protestantisme   Mar 20 Sep à 9:40


12 février 1541
Fondation de Santiago du Chili

Le 12 février 1541, Pedro de Valdivia dresse l'acte de fondation d'une nouvelle ville, au sud de la cordillère des Andes. Il la baptise Santiago del Nuevo Estremo, en l'honneur de Saint Jacques et de la province espagnole d'Estrémadure où il est né.

La future capitale du Chili est située dans une magnifique vallée, verdoyante à souhait. L'Espagnol l'a découverte deux mois plus tôt, le 13 décembre 1540. Il l'a appelée Chili (Chile en espagnol), d'après un mot indien qui désigne la neige.

Le conquérant s'est assuré que la région contenait suffisamment de ressources pour un établissement humain important avant d'y fonder la ville de Santiago, sur instruction du roi d'Espagne Philippe II.
Un rude conquistador

Pedro de Valdivia, fondateur de Santiago du ChiliLe fondateur de Santiago est un rude «conquistador» (conquérant) qui fait partie de l'armée de Pizarre.

Après avoir renversé l'Inca qui règne sur le Pérou, Pizarre a envoyé une première mission d'exploration au-delà du terrible désert qui sépare le Pérou du Chili. Son chef, Almagro, se heurte à la farouche résistance des Indiens Araucans de la tribu des Mapuches. Il bat en retraite pour finalement se faire tuer par Pizarre.

L'expédition de Valdivia, avec 175 Espagnols et un grand nombre de supplétifs indiens, a plus de chance et, après avoir tracé la «plaza de armas» (place d'armes) de la future métropole, Valdivia entreprend la soumission de la région. Il succombe douze ans plus tard sous les coups des Araucans mais les Espagnols ne renoncent pas pour autant à leur nouvelle annexion et commencent à s'installer en nombre, recevant autorité sur de vastes territoires avec les Indiens qui y vivent, selon le principe de l'«encomienda».

250 ans plus tard, l'indépendance des Treize Colonies anglaises d'Amérique du nord et la Révolution française suggèrent aux colons espagnols, les créoles, l'envie de se libérer à leur tour de la tutelle monarchique. Le Chili devient alors indépendant.
Marie Desclaux.

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